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Michel Stefani

Une impasse politique de trois décennies

9 Avril 2009

La Cour spéciale d'assise a condamné Yvan Colonna à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période incompressible de 22 ans, ses avocats ont introduit un recours en cassation. Après ce verdict, malgré les interrogations que le déroulement de ce procès suscite, on ne peut que souligner l'impérieuse nécessité de sortir de l'engrenage mortifère de la violence indépendantiste. Un homme est mort assassiné au nom d'une logique poussée à son paroxysme alors que d'autres, après s'y être enfermés, doivent en subir la sanction pénale. En définitive aucune famille n'est épargnée par la souffrance même si la distinction entre victime et assassin doit être faite. Les conséquences humaines sont terribles et en même temps inéluctables. C'est absurde et regrettable.

Au regard de son impact sur la société corse, de l’image qu’il en renvoie dans une certaine mesure, l'assassinat du préfet Erignac reste le point culminant d'une impasse politique de trois décennies. "Tirer sur un homme dans le dos, c’est bien un assassinat prémédité. C’est un acte lâche, il n’y a aucune gloire à en tirer". Cette phrase d’un des membres du commando en résume sans détour la dimension. Au sens politique des choses, il s’agit bien d’une faute majeure qui, indépendamment du non respect de la vie humaine, caractérise la violence indépendantiste. Au moment même où les dirigeants nationalistes renvoient l'indépendance à un futur très lointain, la cohérence politique voudrait que ceux qui la pratiquent y renoncent définitivement.

L'histoire politique enseigne qu'à vouloir résoudre théoriquement les questions par avance afin de convaincre ensuite du bien-fondé de la solution retenue à quelques uns revient à ignorer le rôle et la place du peuple et à accentuer tous les risques de dérives. Ainsi les pressions, les intimidations, les attentats, autant de données qui participent de la définition d’une action terroriste, ne peuvent valablement s’inscrire dans une visée politique émancipatrice. Au lendemain de l’assassinat du préfet Erignac 40 000 Corses ont, à juste titre, condamné cet acte et affirmé leur exigence de démocratie, de transparence et de vérité. Incontestablement ce message fort reste d'actualité. La famille Erignac a droit à la vérité, la Corse aussi car c’est la seule façon, non pas de réparer l’irréparable, mais de pouvoir regarder l’avenir de façon différente.

Les imperfections de l’enquête, la concurrence des services police, les errements graves du préfet Bonnet, les failles de l’instruction, les propos irresponsables du ministre de l’intérieur mettant en cause la présomption d'innocence, tout cela existe mais cette réalité qui altère gravement l'action de la justice ne peut en soi atténuer l’impérieuse nécessité de connaître la vérité. L'enquête, l'instruction et le procès doivent contribuer à sa manifestation. Les hommes directement concernés aussi. Sans mettre en cause la sincérité de leur engagement, dont nous combattons démocratiquement les termes politiques, il leur appartient, de dire ce qu’ils sont les seuls à connaître. C’est une question d’éthique, à l’égard de la famille Erignac, c’est une question politique à l’égard de la Corse et de son devenir.

Cette position n'est pas de circonstance, elle s'appuie sur la condamnation politique de cet assassinat mais également sur l'exigence pour le justiciable du droit à une justice équitable. Les juridictions spécialement composées, sans jury populaire, ne correspondent pas avec cette affirmation. C'est pour cette raison que les communistes s'y opposent depuis toujours. Et si effectivement une Commission d'enquête parlementaire peut amener les éclaircissements attendus au regard de principes dont on ne peut s'affranchir sans dommage pour la démocratie, sa lettre de mission devra par conséquent porter sur tout le dossier concernant l'assassinat du préfet Erignac.

Michel STEFANI

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