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Michel Stefani

2022 : d’autres choix politiques porteurs de progrès social pour la Corse

31 Décembre 2021

Nous sommes nombreux à penser qu’il eut été plus agréable que 2022 ne commença comme 2021 se termina. Mais la cinquième vague épidémique et son avatar Omicron se foutent de savoir si nous avons changé d’année.

Malgré les promesses du Ségur santé, entre deux vagues précédentes, des milliers de lits d’hôpitaux ont encore été fermés. La revalorisation des métiers de santé a été ignorée et désormais les démissions compliquent la situation malgré la provocante et insuffisante prime de 100 euros. Des soins sont repoussés faute de lits ou de bras et la logique comptable à l’œuvre depuis des années amplifie la fragilité de l’ensemble du système de soins.

De même, le démantèlement de la médecine scolaire prive de la capacité de tester massivement les enfants et de les faire vacciner dans le milieu scolaire pour désengorger les centres de vaccination qui manquent déjà de bras alors qu’une probable quatrième dose se profile.

Le Covid est un terrible révélateur de la logique désastreuse du néolibéralisme tant sur le plan économique que social. Du point de vue idéologique, cette logique de division de la société entre « ceux qui réussissent » et « ceux qui ne sont rien » promeut la concurrence individuelle au détriment de l’intérêt général construit collectivement. Les sociétés humaines, ont en effet besoin de solidarité et de services publics autant que nous pouvons compter au plus fort de l’épidémie sur notre carte vitale.

En 2022, ce combat contre la domination des forces capitalistes de l’argent, il nous faudra le mener comme l’ont fait nos ainés en 1945 pour créer la Sécurité sociale et les grands services publics de la santé, de l’énergie et des transports.

L’épisode Covid sera d’autant plus marquant dans les mémoires que trop de vies ont été fauchées prématurément. La main mise des bigpharma sur les vaccins est inacceptable. La levée des brevets pour permettre une production mondiale ouverte à tous les peuples est une nécessité pour affronter les vagues répétitives et leurs nouveaux variants.

Au lieu de cette politique humainement audacieuse consacrant les moyens nécessaires à la santé et à la solidarité, le gouvernement nous inflige une gestion de crise à la petite semaine avec des mesures restrictives de droits et contradictoires. En arrière plan avec le "quoi qu’il en coute", il déverse beaucoup d’aides aux entreprises sans aucune contre partie sociale. Résultat le MEDEF écarte toute idée d’augmentation des salaires.

En France sur 50 milliards d'euros d'allégement de la fiscalité, la moitié aura bénéficié aux entreprises : en plus de la diminution de l'impôt sur les sociétés, celles-ci ont profité depuis cette année d'une baisse des impôts de production de 10 milliards.

Ainsi le patrimoine cumulé des 500 plus grosses fortunes françaises a augmenté de 30% entre juin 2020 et juin 2021 pour approcher les 1000 milliards d’euros quand à l’échelle mondiale le petit club des 1% les plus riches affichent 3600 milliards de dollars de gains, l'équivalent des dépenses annuelles de santé de tous les pays du monde.

Le niveau d'inégalité s'est encore accentué. 10% des plus riches de la planète concentrent 52% des revenus mondiaux, alors que la moitié de la population mondiale n'en partage que 8.5%.

La question du juste partage de la richesse produite s’impose de toute évidence du mondial au local et ce n’est pas en Corse que ce constat sera contredit. La seule perspective d’une réforme institutionnelle pour l’instant sans contenu concret autre que le concept "d’autonomie de plein droit et de plein exercice" ne peut avoir valeur de réponse.

La cherté de la vie, les bas salaires, la concentration économique et la captation de la solidarité nationale par une minorité d’intérêts privés contre l’intérêt de tous, implique d’autres choix politiques porteurs de progrès social pour la Corse. Comme lors des grandes mobilisations sociales de 1989 et 1995 le rassemblement populaire et l’action démocratique de masse seront indispensables en 2022.

Allora, per avè sta forza più chì maì, pace è salute a tutti.

Michel Stefani

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Cherté de la vie en Corse : l’Autorité de la concurrence doit s’attaquer à l’ensemble du problème.

23 Décembre 2021

L’Autorité de la concurrence, nous serions tentés de dire enfin, s’est « saisie d’office de pratiques présumées dans le secteur de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution des carburants en Corse ».

4 ans après le rapport de l’Inspection générale des finances relevant l’existence de sur marges et plus de 30 ans après le plus grand conflit social que la Corse ait connu en raison de la cherté de la vie : il était temps !

Aujourd’hui le mécontentement et la colère enflent à nouveau. La baisse du pouvoir d’achat en Corse est d’autant plus pesante pour les ménages populaires que les salaires sont les plus bas et les prix toujours plus élevés par rapport au continent. Cependant, le président de la CGPME, Jean André Miniconi, expliquait récemment sur RCFM qu’une augmentation des salaires en Corse serait impossible.

Force est de constater ainsi que la conférence sociale de janvier 2019 initiée par la CdC n’a donné que très peu de résultats. « La création d’un panier de 200 produits de première nécessité accessibles aux plus précaires » n’a pas engendré de baisse significative des prix de la grande distribution.

S’agissant des carburants le rapport du Conseil exécutif, présenté à l’Assemblée de Corse en septembre 2021, indiquait qu’il fallait « prendre en compte l’ensemble des paramètres et des enjeux des dispositifs de fixation de prix, pour que les acteurs insulaires de la filière dont les marges ont été jugées correctes et non abusives par l’Autorité de la Concurrence, ne pâtissent d’éventuels effets de bord d’un mécanisme de plafonnement des prix ».

Pourtant la TVA est minorée pour les denrées alimentaires de base comme pour les carburants. De toute évidence, cet allègement fiscal de 200 millions d’euros par an ne bénéficie pas aux consommateurs. Néanmoins, il nous est expliqué qu’il faut encore étudier les mécanismes de formation des prix en Corse.

Alors qu’à l’Assemblée de Corse les motions du groupe communiste réclamant le contrôle des prix et des réfactions de TVA étaient régulièrement rejetées par des votes très majoritaires, les gouvernements successifs ont laissé filer tout en sachant que s’opérait cette captation de la solidarité nationale par quelques monopoles d’intérêts privés au détriment de l’intérêt général.

Il faut donc que le gouvernement exprime la volonté politique de s’attaquer à ce système et de démanteler les situations de monopole pour rendre du pouvoir d’achat aux ménages populaires. Voila pourquoi la décision de l’Autorité de la concurrence reste et restera insuffisante sans une approche visant à faire la clarté sur l’ensemble du problème de la cherté de la vie en Corse.

Plus que jamais le rassemblement et l’action populaire de masse sont indispensables et c’est ce à quoi les communistes consacrent leurs efforts notamment avec la pétition (https://www.change.org) « Front uni contre la vie chère ».

Michel Stefani

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Entretien avec Michel Stefani Secrétaire régional du PCF : « Il y a ici une captation de la solidarité nationale »

7 Décembre 2021

A quelques mois des présidentielles, Michel Stefani, secrétaire régional du PCF, nous livre son analyse sur cette échéance où la gauche semble en difficulté pour être audible auprès des électeurs. La raison pour laquelle le choix s’est porté sur un candidat issu des rangs communistes, Fabien Roussel. Il nous livre aussi son sentiment sur la situation insulaire sans oublier de commenter le fameux dossier du « contentieux Corsica ferries »…

L’éparpillement à gauche n’empêche-t-il pas de jouer un rôle décisif dans la présidentielle ?

Il faut être objectif le problème ne vient pas de cette échéance mais de ce qui se passe depuis des décennies pendant lesquelles la gauche à peser mais sans faire la politique qui était attendue d’elle. Si la gauche est en grande difficulté pour se rassembler largement c’est avant tout pour cette raison et non du fait de la pluralité de candidatures. Cela étant, nous proposons aux autres formations de gauche un pacte d’engagements pour construire une majorité de gauche à l’Assemblée Nationale. Nous parlons en ce sens avec chacune sans exclusive.

Les scores annoncés relativement bas plaident pour ce rassemblement. Pourquoi ne pas l’avoir fait dès la présidentielle ?

La présidentielle est la clé de voute du système politique dans notre pays. Il s’impose à nous même si nous considérons qu’il faut en finir avec et faire respirer la démocratie. Cependant, nous avons pu mesurer en nous effaçant à deux reprises que cette absence conduisait à une impasse.

C’est un reproche que vous faites à Jean Luc Melenchon ?

En politique on ne fait pas des reproches mais des choix. Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie mais, par exemple en 2017, il a détruit l’union que nous avions faite en Corse pour la territoriale en prétextant qu’il s’agissait d’une « tambouille ». En fait, il ne voulait pas d’accord avec les communistes. « La mort et le néant » disait-il. Quand on veut rassembler on se doit de respecter celles et ceux avec lesquels on veut une union. Ce n’est pas une question de préséance mais d’efficacité politique pour servir l’intérêt général, autrement dit celui des plus fragiles face aux politiques libérales et contre la droite et ses extrêmes.

Vous donnez l’impression de vouloir cultiver votre différence ?

Nous avons des choses à dire que d’autres, dont nous ne contestons pas l’appartenance à la gauche, ne diront pas. Notre volonté est de faire entendre un message fort à celles et ceux qui ont été déçus des renoncements du quinquennat Hollande. Avec Macron, le président des riches, la situation des plus modestes et les inégalités se sont aggravées. Donc notre objectif c’est d’aller chercher ces électrices et électeurs qui aspirent à de véritables changements pour les faire voter aulieu de s’abstenir. Nous n’enlevons de voix à personne nous nous efforçons d’élargir la base électorale d’une gauche de transformations sociales et de réduire la droite et ses extrêmes.

Vous ne craignez pas d’avoir un discours revendicatif ?

C’est un compliment. Nous tenons compte des préoccupations de celles et de ceux qui ne peuvent compter que sur leur force de travail pour vivre : le pouvoir d’achat et l’emploi. Avec Fabien Roussel nous proposons d’augmenter les salaires, de porter le SMIC à 1800 euros brut, de revaloriser les retraites et les prestations sociales. Nous voulons récupérer les 123 milliards attribués aux entreprises sans contrôle ou offerts aux actionnaires en dividendes. Il s’agit de tripler l’Impôt sur la fortune et de créer un impôt exceptionnel Covid sur les bénéfices de plus de 500 000 euros. Pour réindustrialiser le pays il faudra aussi nationaliser les banques comme la BNP, la Société Générale ou AXA. Au niveau de l’Europe nous préconisons un pacte de non austérité en mobilisant 6% PIB soit 900 milliards pour développer les services publics plutôt que de les détruire au bénéfice des low cost. Cela nécessite de changer la réglementation européenne qui le permet avec perversité au service d’intérêts privés, habitués des paradis fiscaux. Quand on voit ce qui se passe avec l’énergie, la santé, les transports et la flambée des tarifs c’est d’autant plus urgent…

A ce propos vous vous êtes exprimé sur le contentieux CdC Corsica Ferries en dénonçant la mise en concurrence, est-ce bien le cas ?

Oui, car depuis le règlement cabotage de 1992 et le Traité de Maastricht ce qui a prévalu c’est la « concurrence libre et non faussée ». Et nous étions les seuls à l’Assemblée de Corse comme à l’Assemblée Nationale et au Parlement européen à combattre cette politique ultralibérale fondée sur le dumping social, fiscal et commercial. Le bras de fer obsessionnel avec l’Etat est un rideau de fumée. Il y a une responsabilité partagée des uns et des autres à Ajaccio, Paris et Bruxelles. Droite, nationalistes, autonomistes, gauche non communiste ne peuvent y échapper. Il fallait détruire « le monopole public » et la SNCM en particuliers, en 2001 avec l’ouverture à la concurrence au départ de Toulon et l’aide sociale pour Corsica Ferries, en 2005 avec la privatisation de la SNCM, en 2007 avec le service complémentaire. Au bout de cette logique la Commission européenne réclame la fin de la délégation de service public et de la dotation de continuité territoriale. Cette remise en cause du droit au transport entre le Continent et la Corse est inacceptable.

Vous n’êtes pas tendres avec des dirigeants de Corsica Ferries.

En ce qui nous concerne, nous n’aurions pas dressé un monument en leur honneur en expliquant qu’ils contribuent « au rayonnement de la Corse et à son développement économique » comme l’a fait la municipalité nationaliste bastiaise. Venir nous expliquer que les 90 millions accordés généreusement par les tribunaux, vont permettre de renouveler leur flotte en rajoute au scandale. Les actionnaires de Corsica Ferries dont les intérêts fructifient en Suisse ont encore tout récemment émargé au dispositif d’aide aux armements français. Après les 170 millions d’euros d’aide sociale ce sont 30 millions de plus qu’ils ont perçus à ce titre. Il est assez curieux que du côté du gouvernement comme de la Commission européenne aucune enquête ne soit diligentée. Ainsi la politique de casse du service public, à l’avantage des low cost, a un coût que les libéraux, dont c’est le choix, répercutent sur l’usager et le contribuable.

Vous ne pensez pas que si la Corse pouvait légiférer il en serait autrement ?

La Corse région métropolitaine dispose de la compétence d’organisation de la desserte publique et d’une enveloppe de 187 millions d’euros chaque année. Le problème ne vient pas du cadre institutionnel mais bien des choix politiques relatifs à la mise en œuvre de la « concurrence libre et non faussée ». C’est pourquoi je ne partage pas l’analyse faite par le Député Michel Castellani qui affirme que ce dispositif n’est pas bon pour la Corse. Il faut au contraire le défendre bec et ongle car il a été arraché de hautes luttes dans les années 60/70 alors que la desserte privée subventionnée était une faillite économique et sociale, pesant sur le cout des marchandises et la mobilité des Corses.

Justement on ne peut pas dire que l’effet sur la cherté des produits ait été probant.

La cherté des produits vendus en Corse ne découle pas de la continuité territoriale qui intègre le franco de port. En 2018 les tarifs de fret ont baissé de 18 % sans répercussion sur le prix. Il en est de même avec les réfactions de TVA prés de 200 millions dont le consommateur ne voit pas la couleur. L’exemple le plus significatif est celui des carburants. Il y a « captation » de la solidarité nationale. L’Inspection générale des finances et l’Autorité de la concurrence l’ont démontré. La levée du contrôle des prix en 1986 et la complicité gouvernementale ont encouragé à ce qu’il en soit ainsi. Des monopoles privés ont pu se constituer. Rubis et le Consortium des patrons corses concentrent et contrôlent l’économie comme jamais. Ils sont les principaux acteurs de cette captation de la solidarité nationale. C’est à cette domination qu’il faut s’attaquer mais ni l’Exécutif de la CdC, ni le gouvernement ne sont prêts à croiser le fer avec ces patrons pour défendre le pouvoir d’achat des ménages. C’est pourquoi nous avons manifesté le 4 décembre à Ajaccio devant la préfecture de Région.

On vous a vu aussi devant la CAB contre la hausse des impôts mais était-il possible de faire autrement ?

Oui, nous avions en effet alerté la population dés le mois d’avril. Avant le vote du budget, il était possible d’éviter la hausse de la fiscalité. Nous avons fait des propositions en ce sens. L’augmentation votée ne se justifiait pas sinon pour rester dans des choix libéraux ignorant la réalité quotidienne des ménages de la CAB. De suite après ce vote honteux le président de la CAB à rencontrer les acteurs économiques en les assurant du maintien des investissements. En Octobre les taxes foncières sont arrivées et le coup de massue est tombé. Augmentation de la TEOM 50 %, création d’une taxe supplémentaire sur le foncier bâti, augmentation de la GEMAPI. Donc nous allons continuer la bataille pour obtenir dès le prochain budget une baisse de la fiscalité.

Propos recueillis par Mo

Le Petit Bastiais n°910 du 6 au 12 décembre 2021

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