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Michel Stefani

A propos du prix des carburants et de la cherté de la vie en Corse

23 Septembre 2021

L’Assemblée de Corse sera prochainement appelée à délibérer sur le rapport du Conseil Exécutif relatif au prix des carburants en Corse.

Etrangement le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF Octobre 2018) n’est pas évoqué par le Conseil Exécutif. Pourtant Il comporte beaucoup d’indications qui peuvent éclairer le débat sur les carburants et plus largement sur la cherté de la vie en Corse alors que tout augmente. Les Taxes foncières arrivent en ce moment même lestées par plusieurs hausses notamment celle de la TEOM.

A aucun moment le rapport ne fait état de la captation des réfactions de TVA. La question première est bien là. A qui cela profite et au détriment de qui. Sur les carburants il est question de 28 millions d’euros sans compter la TICPE. Il faut donc dire s’il y a eu détournement et éventuellement sanctionner.

Il y a des surmarges de 5 à 6 cts du litre qui pénalisent l’usager. (Annexe 3 rapport IGF "L’étroitesse du marché intérieur corse est favorable à la constitution d’oligopoles captant une part des avantages fiscaux accordés à la Corse et générant une concurrence déloyale").

Il faut de la transparence pour démanteler ce système. L’établissement du contrôle des prix est indispensable. Baisser encore la TVA ou jouer sur la TGAP ne réglera rien si les mécanismes de captation demeurent. La solidarité nationale doit servir l'intérêt général non des intérêts particuliers.

Il n’est pas normal, non plus, que l’absence d’investissement pèse au final sur l’automobiliste. Les dépôts de carburants doivent être dimensionnés en conséquence des besoins et structurés pour les types de carburants sur le marché. Les DPLC doivent passer sous statut de régie publique.

Un droit de regard de la CdC au Conseil d’administration ne changera rien sur la situation de monopole acquise par RUBIS. Sur cet aspect il faut, à tout le moins, suivre l’IGF et demander l’abaissement du seuil de contrôlabilité.

Une étude de l’INSEE de 2015, portant sur l’année 2008, montre que le taux de vulnérabilité des ménages pour leurs dépenses de carburant place la Corse au 1er rang des régions Française en dépit de la TVA réduite. 28 % des ménages corses sont ainsi en situation de vulnérabilité énergétique pour leurs dépenses de carburant, contre 10,2 % au niveau national.

Dans les prochains mois, l’impact sera d’autant plus lourd sur le pouvoir d’achat des ménages populaires, que le MEDEF s’oppose à l’augmentation des salaires alors que le gouvernement favorise la flambée des tarifs de gaz et d’électricité. Selon UFC Que choisir, l’augmentation sera de 150 euros en moyenne par ménage en 2022. Pour celles est ceux qui sont privés d’emplois, la réforme de l’assurance chômage entrainera de surcroit une baisse moyenne d’indemnisation de 355 euros annonce l’UNEDIC.

Pour l’Assemblée de Corse, il s’agit, en conséquence, de rompre le pacte établi l’an dernier sous les auspices de la Chambre de commerce (CCI) avec le consortium des patrons corses et ceux qui aujourd’hui ont la maitrise totale de l’économie insulaire. Concernant la cherté de la vie, ces derniers ont une importante part de responsabilité.

L’Assemblée de Corse doit, par conséquent, prendre une orientation claire afin que l’argent public de la solidarité nationale serve l’intérêt public. Pour cela, il faut s’attaquer aux mécanismes qui entretiennent cette cherté de la vie. La lutte contre les inégalités implique ce juste partage de la richesse. Dans ce cadre, le gouvernement ne peut se contenter d’avoir, comme c’est le cas depuis 1989 et le rapport Prada, une attitude passive basée sur le simple constat. Il est impératif de remettre en cause ce système et cette action dépend de l’Etat.

Si la question du pouvoir d’achat et de l’augmentation des salaires revient dans l’actualité, l’intérêt des salariés les plus modestes, c’est bien aujourd’hui de se mobiliser pour en faire la question centrale de la période à venir. En ce sens, ils peuvent compter sur le Parti communiste et ses militant-e-s.

Michel Stefani

 

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La Corse a besoin de démocratie et de solidarité pour le progrès social et écologique

4 Septembre 2021

La réalité sociale de la Corse est depuis des décennies structurée par les inégalités, entre les plus riches, quelques uns, et les plus pauvres, les ménages populaires en grande majorité. En cette rentrée où la nécessité d’un fort mouvement social est indispensable pour imposer des choix politiques en faveur de ceux-ci la communication des FLNC, annoncée en pleine campagne des territoriales, intervient pour dévoyer le mécontentement populaire avec une reprise possible de la violence indépendantiste.

Les dirigeants nationalistes ainsi détenteurs de tous les pouvoirs en Corse, à défaut de ceux de l’Etat, creusent leurs désaccords pour masquer leur incapacité à partager un pouvoir hyper concentré afin de gérer ensemble la Collectivité unique aux compétences si importantes mais mal exploitées dans la mandature écoulée. Eux-mêmes n’ont pas manqué de critiquer cette gestion.

Pour autant les résultats électoraux ont été favorables aux listes nationalistes. C’est incontestable indépendamment du niveau élevé d’abstention à 42 %. Cela n’enlève rien aux 68 % de votes exprimés obtenus par ces listes nationalistes. Mais on ne peut pas ne pas tenir compte de cette désaffection, moins importante que sur le continent, car elle est aussi le reflet du mécontentement.

Et si le pouvoir régional, si centralisé, est de surcroit aux mains d’une seule sensibilité nationaliste on ne peut ignorer le mode de scrutin antidémocratique et la fameuse prime de 11 sièges, octroyée à la liste arrivée en tête, assurant avec 41 % des suffrages exprimés une majorité absolue.

Pour autant, il faudrait engager la Corse, nous dit-on, dans une évolution institutionnelle pour les uns au titre d’une autonomie de plein droit et de plein exercice et du transfert de la compétence fiscale pour les autres dans la perspective d’une indépendance sachant que les 2 listes indépendantistes ont totalisé 15 % des suffrages exprimés.

Le communiqué remis à la presse parle ainsi d’adhésion la plus large de l’électorat à la politique et aux projets nationalistes. Néanmoins, il faudrait dire de quel projet il s’agit surtout que, de manière paradoxale, il est précisé que l’actuelle majorité régionale n’a pu gagner qu’en se laissant séduire par les pratiques autrefois critiquées des anciens clans.

Néo-clanisme, clientélisme, recyclage politique des maires précédemment opposés, tout est dit et de fait cela ne peut qu’atténuer l’argument valorisant la conquête de l’électorat au vote nationaliste. Manifestement il y a des votes plus ou moins porteurs du message historique et de ses objectifs et à tout le moins institutionnels.

Vouloir réduire le malaise ou le mal vivre en Corse à la seule question des rapports entre l’Exécutif régional et l’Exécutif gouvernemental est donc un raccourci risqué voire une impasse. Quoiqu’il en soit il faudra donner la parole aux Corses et comme la mandature actuelle sera de presque 7 ans peut-être restera-t-il du temps à consacrer à l’action publique en faveur des plus modestes.

Cela veut dire engager une politique audacieuse contre les inégalités, contre la cherté de la vie, contre la pénurie de logements sociaux, contre les bas salaires, contre l’emprise affairiste et mafieuse, contre la domination économique et sociale d’une poignée d’entreprises et de patrons…

En l’état des compétences de la Collectivité de Corse il est possible de mettre en œuvre des politiques qui se traduisent autrement que par la hausse de 50 % de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, par exemple, ou encore par la mise en œuvre d’une politique de transport qui s’appuie sur les principes d’un véritable service public plutôt que sur une hypothétique compagnie régionale et l’augmentation des tarifs et la dégradation des prestations, par la définition, également, d’une politique énergétique efficiente…

La Corse a donc besoin de solidarité nationale dans l’intérêt bien compris des plus modestes, de progrès social et écologique. Voila pourquoi, la politique du gouvernement généreuse pour les riches et dispendieuse en aides publiques, versées aux actionnaires du CAC 40, doit être combattue comme la fuite dans les paradis fiscaux.

Le juste partage de la richesse n’est pas une question administrative nécessitant une réforme institutionnelle. C’est avant tout une question de choix politiques. On le voit avec le détournement des réfactions de TVA, prés de 200 millions d’euros par an, effectué au détriment du pouvoir d’achat des ménages insulaires. Tout récemment encore le gouvernement s’est refusé à rétablir un contrôle des prix et à faire la clarté sur ce scandale qui dure depuis des décennies s’agissant des carburants comme des biens de consommations courantes. C’est à cela qu’il faut s’attaquer !

La Corse à donc besoin de démocratie, non d’explosions nocturnes, d’une démocratie dynamisée par le mouvement social qui, comme en 1989, sera facteur de conquêtes sociales et d’amélioration des conditions de vie et de travail en Corse.

Michel Stefani

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