Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Michel Stefani

Majorité régionale: La fuite en avant et l’impasse nationaliste

30 Janvier 2021

L’interpellation se voulait solennelle. C’est donc à l’issue de la réunion du Conseil Exécutif de Corse que la majorité nationaliste s’est exprimée pour dénoncer l’attitude de l’Etat à l’égard de la Corse.

Il va s’en dire que la Corse se trouve représentée en totalité par la dite majorité institutionnelle et l’expression du président du Conseil Exécutif de Corse Gille Simeoni. Les mots sont durs "C'est la première fois depuis 1982 qu'un gouvernement fait le choix politique de décider qu'il n'y a pas de question corse et qu'elle ne se pose pas en termes politiques".

Alors que la Corse comme le reste du monde est confrontée à la crise sanitaire devenue multidimensionnelle en débordant sur les champs économiques et sociaux, cette charge lourde de la majorité nationaliste écarte toute autocritique et s’affirme dans la certitude d’une "autovictimisation". Le refus du plan Salvezza et le maintien du statut de DPS de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, marquent ainsi, selon les dirigeants nationalistes, une volonté de rupture. "On sait d’où l'on vient et ce que nous sommes capables de faire" précise Gilles Simeoni. Ce rappel n’est pas anodin, il est fréquent même. Néanmoins, cette fois, il émane du président du Conseil Exécutif.

On peut l’interpréter, sinon pour une menace, comme une mise en garde non dépourvue de risques. Certains mécanismes nourrissent la fuite en avant. Celui-ci en est un qui reflète l’impasse dans laquelle la majorité nationaliste s’est elle-même enfoncée par des décisions et des postures laissant supposer que la Collectivité de Corse pouvait s’affranchir des règles d’un fonctionnement institutionnel qui s’imposent à toute région. On peut vouloir en changer mais dés lors qu’on accepte, dans ce cadre d’être porté aux responsabilités, à plus forte raison à la tête de la région métropolitaine la plus décentralisée, ignorer cette réalité ne peut conduire qu’à des déconvenues.

En tenir compte, ne veut pas dire accepter une politique gouvernementale qui est marquée du sceau de l’ultralibéralisme. La casse des services publics, de la protection sociale, des régimes de retraites fait très mal y compris en Corse. La politique d’austérité, conduite depuis des années par les gouvernements successifs, sert les intérêts du capital au détriment des besoins sociaux. Faire croire que la Corse aurait à souffrir d’un traitement particulier parce qu’elle serait dirigée par une majorité nationaliste n’a pas de sens sinon pour masquer de trop nombreux échecs.

Dans le contexte de crise actuel, en concentrant tous les pouvoirs locaux, cette majorité aurait du user de toutes les compétences de la CdC et des moyens de la solidarité nationale mis à disposition, pour établir un véritable bouclier social au service des plus faibles. Au lieu de ça elle n’a fait qu’un copier coller des 70 mesures, rédigées par le patronat, et a considéré maladroitement, après un vote unanime de l’Assemblée de Corse, que sa demande, baptisée "Salvezza", pouvait directement être adressée au président de la République.

La volonté de passer, ainsi, outre le représentant de l’Etat en Corse pour entretenir l’idée d’une Corse, sinon indépendante au moins autonome, qui parlerait d’égal à égal avec "le pays ami", est d’autant plus saugrenu que par ailleurs il est fait appel à la solidarité nationale. En l’occurrence, il s’agissait de demander à l’Etat une rallonge de 300 millions d’euros pour ce seul plan Salvezza. Ce dernier volet serait venu en complément des précédentes mesures qui mises bout à bout atteignent le montant de 1.6 milliards d’euros.

Le président de la République dans sa réponse n’a pas manqué de le détailler. Toutefois ni lui ni son interlocuteur ne font cas de la nécessité d’exiger des bénéficiaires de ces aides publiques des contreparties sociales et plus encore ici s’agissant de la cherté de la vie alors que le rapport de l’Autorité de la concurrence vient à nouveau d’en souligner l’importance.

La capitulation face aux oligopoles qui ont la main mise sur l’économie de la Corse et structurent essentiellement les rapports sociaux et économiques, se vérifie ainsi de part et d’autre à Ajaccio comme à Paris. On ne peut pas dire que ce soit la meilleure façon de s’attaquer aux inégalités et de réduire l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Si question corse il y a c’est bien celle là qui se pose avec plus de force encore alors que l’urgence sociale s’accentue avec la crise sanitaire.

C’est pourquoi les organisations syndicales ont eu raison de ne pas donner quitus à ce Plan de sauvegarde et de relance auquel on peut reprocher comme le précédent de manquer de transparence et de ne prévoir aucune disposition pour garantir les emplois et les salaires, ni aucune mesure contre la cherté de la vie.

Les rapports, artificiellement tendus avec l’Etat s’ils permettent de reconstituer ponctuellement une unité du mouvement nationaliste, ne parviennent plus à masquer les échecs politiques de la mandature, les divisions internes de la majorité régionale comme les fondements de classe qui, en Corse comme partout ailleurs, traversent les rapports sociaux et opposent les intérêts des riches à ceux des pauvres.

Au cœur de cette logique capitaliste se développent le détournement de la solidarité nationale et les dérives affairistes et mafieuses. Au-delà des postures, le libéralisme, pilier de cette logique, n’est aucunement remis en cause alors que la collectivité unique, par essence sans contre pouvoir, laisse apparaître un système puissant piloté par un néo-clan dont les choix politiques s’inscrivent dans cette logique.

Il sera déterminant de faire le bilan de la majorité régionale nationaliste qui est en place depuis 6 ans et à la tête de la collectivité unique depuis 3 ans. Elle ne peut plus mettre sur le compte, d’un mauvais héritage des mandatures précédentes, les effets négatifs de ses choix politiques incertains souvent guidés par le dogmatisme qui conduit à la paralysie sur des dossiers essentiels comme les déchets, les transports maritimes, le port de Bastia, l’extension du réseau ferré en plaine orientale… Quant à "la maison de cristal" ce fut un bon slogan.

Reste à donner corps et force à une dynamique nouvelle pour ouvrir une perspective, redonner espoir et confiance. C’est la volonté qu’expriment les communistes en s’adressant aux femmes et aux hommes de gauche, épris de justice sociale, qui attendent un sursaut et un rassemblement citoyen pour faire grandir une alternative de progrès social et écologique.

Michel STEFANI

Lire la suite