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Michel Stefani

2021 : Ensemble, nous inventerons "le monde d’après".

31 Décembre 2020

2020 aura été une mauvaise année. Et ce n’est pas remué le couteau dans la plaie que de voir dans ces douze mois écoulés trente années de politique libérale désastreuse. Que n’a-t-on pas entendu à droite et de certains prétendument à gauche : nous vivions au dessus de nos moyens avec trop de services publics, de lits d’hôpitaux, de fonctionnaires… C’est vraiment dégueulasse d’être si égoïste, de penser à sa retraite, à son pouvoir d’achat, de vouloir une protection sociale digne de notre époque, de prétendre à une vie professionnelle stable et bien rémunérée… au mépris de nos enfants et petits enfants victimes de fait de notre insouciance et promis à éponger la dette que nous laisserons.

Et puis il y a eu ce virus sournois avec son cortège de drames, l’angoisse et le risque finalement contenu par le confinement indispensable pour éviter l’engorgement des services hospitaliers. Les personnels ont été d’autant plus exemplaires qu’ils étaient en sous effectifs et même privés au début des moyens indispensables les plus basiques pour se protéger. Austérité oblige, il fallait économiser, le stock de réserve de masques chirurgicaux a été sacrifié. Nous avons vu des sacs poubelles faire office de blouses et des respirateurs manquant comme les lits de réanimation. Les gouvernements successifs sont responsables de cette situation calamiteuse à défaut d’en répondre devant la Cour de justice de la République, il faudra une sanction par les luttes sociales et par le vote.

Au prétexte d’une règle d’or budgétaire européenne, le système sanitaire français a été vidé de sa substance par ces gouvernements complices des politiques exclusivement au service des marchés financiers, des grandes sociétés, des gros actionnaires habitués des paradis fiscaux. A ceux là, nos bons libéraux ne font pas reproche d’alourdir la dette de l’Etat. Si nous devons préparer "le monde d’après" c’est en ayant à l’esprit cette réalité sans oublier ceux qui en portent la responsabilité politique. Alors oui il faudra se battre contre la politique gouvernementale de la majorité présidentielle et résister à la pression antisociale, du MEDEF, sans se laisser tromper par la démagogie libérale de la droite et de son extrême haineuse.

On a vu l’argent public couler à flots sans contrôle ni contrepartie sociale et servir non pas au maintien de l’emploi et des salaires mais au contraire partir en dividendes et accompagner des plans de licenciements. L’indice boursier a même battu des records en pleine crise sanitaire et les cinq premières fortunes mondiales ont engrangé 237 milliards de plus.

En Corse toute proportion gardée la solidarité nationale est, de la même façon captée, au détriment de l’intérêt général. La publication du rapport de l’Autorité de la concurrence le confirme. Pourtant l’Assemblée de Corse a adopté unanimement un plan de relance de l’économie sans aucune contrepartie sociale pour l’emploi et les salaires. Mieux la cherté de la vie en Corse n’a même pas fait l’objet d’une interrogation sur la responsabilité de ceux qui depuis des décennies détournent les réfactions de TVA et se retrouvent dans les quinze premiers actionnaires du Consortium des patrons corses.

La lutte des classes menée par les forces du capital appelle à une union populaire de type nouveau contre l’exploitation, les suppressions d’emploi, la précarité et la pauvreté galopantes, pour permettre aux artistes et créateurs de sortir du silence auquel les contraint le pouvoir et offrir à la jeunesse, déjà privée de relations sociales, les moyens de son épanouissement plutôt que d’être une variable d’ajustement sur le " marché de l’emploi ". Alors, il dépend que de nous que 2021 soit l’année du refus de la fatalité et du sursaut. Malgré les incertitudes, avec tous ces combats à mener, si la colère se transforme en espoir l’union populaire trouvera son chemin et ensemble, nous inventerons "le monde d’après".

Bon annu. Pace e salute a tutti

Michel Stefani

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Ordures ménagères : la majorité nationaliste est prise à son propre piège

18 Décembre 2020

La majorité nationaliste s’est discréditée en retirant son dernier rapport sur le plan déchets. Les intérêts de la Corse passent ainsi après ceux de la majorité nationaliste prise à son propre piège par dogmatisme. Pour en arriver là il nous est dit que les élus de cette majorité ont rudement planché sur les 800 pages du rapport du président de l’Office de l’environnement.

Qui peut croire que celui-ci n’a pas été débattu en conseil exécutif ou il devait être présenté ? Qui peut croire que les présidents de groupes de la majorité ont découvert en Commission la teneur du rapport du président du conseil exécutif ? Si tel est le cas, sur une problématique aussi délicate, l’amateurisme accompagne l’inconséquence. A cela s’ajouterait l’incapacité chronique à tirer les enseignements de la période écoulée depuis la délibération de janvier 2016.

Sans doute, peu de Conseiller auront lu les fameuses 800 pages, décortiquées en commission par les plus téméraires, mais la plupart des élus aura lu les 23 pages du rapport qui entre temps est devenu celui du président de l’Exécutif. Ils auront comme nous constaté un infléchissement, sinon un revirement possible sur plusieurs questions jusque là écartées de manière intransigeante sans se dire que l’expérience permettait de corriger les erreurs d’une politique en échec.

Il était dit qu’en 2021 la Corse atteindrait le niveau de 60 % de tri à la source. Les chiffres indiquent qu’à cette date l’objectif sera à moitié atteint. La prudence semblait de mise dans ce dernier rapport qui visait 2033. Néanmoins, l’option peu honorable de faire incinérer nos ordures ménagères (OM) hors de Corse demeurait dans un projet de coopération avec la Sardaigne prévoyant une phase transitoire de 3 ans.

S’agissant de l’enfouissement, il se heurte au refus des populations alors que les casiers existants sont au bout de leurs capacités. Du coup la limitation de stockage des déchets ultimes à 90 000 tonnes par an en 2025 peut devenir obsolète. Si en cette fin d’année nous pouvons nous réjouir d’être épargnés par la traditionnelle crise des déchets, c’est plus en raison de la crise sanitaire et de son impact sur la fréquentation touristique, que par évolution positive.

Les ordures ménagères résiduelles (OMr) représentent 60% des déchets ménagers assimilés (DMA). On peut faire valoir que 30% des apports proviennent des entreprises, il n’en demeure pas moins que le taux de valorisation n’est au final que de 26%. Le rapport pointe la gestion non conforme des déchets des professionnels notamment ceux du BTP. Le volume estimé de 655 000 tonnes et la méconnaissance de ses caractéristiques appelle une réponse plus fine mais aussi plus ferme. A défaut l’objectif de 70 % de matière valorisée ne sera pas atteint non plus dans les délais.

L’économie circulaire ne peut constituer seule l’élément déterminant de sortie de la crise qui secoue la Corse depuis 4 ans. Voila pourquoi il y avait une lueur d’espoir à travers la proposition d’implantation de 2 centres de tri DMA pour 37 000 tonnes d’entrants et au moins 2 à 4 centres de tri de déchet d’activité économique (DAE) et déchets non dangereux (DND) du BTP pour 240 000 tonnes.

Il était également envisagé de créer une Unité de Valorisation Energétique pour 140 000 tonnes entrantes et deux centres de sur-tri pour 100 000 tonnes entrantes au fonctionnement modulable pour le tout-venant et les ordures ménagères résiduelles (OMr) avec valorisation des combustibles solides de récupération (CSR) (au moins une chaudière)…

Apparemment ce sont ces annonces qui motiveraient le retrait du rapport pour un examen ultérieur. Des amendements sont attendus précisément sur ces propositions, notamment la valorisation énergétique par procédé thermique. Cette volte face politicienne risque, si cela se confirmait en séance plénière, d’alourdir le fardeau déjà très pesant pour la Corse et les Corses.

Il revient donc à la CdC de réviser son plan de traitement des déchets et à l’Etat d’intervenir le cas échéant pour garantir la sécurité sanitaire dans un cadre où nombre d’objectifs sont définis par la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, les directives européennes de 2018, la loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire de 2020.

En l’absence de structures adéquates qui permettraient une plus grande efficacité de traitement, les mesures palliatives, empilées et incohérentes, font en définitive obstacle à un traitement vertueux intégrant des objectifs de tri sérieux, une valorisation des matières et une réduction du transport routier, l’arrêt du transfert sur le continent par voie maritime pour incinération de ce qui ne peut être enfoui ici faute de casiers.

Lavis de l’Autorité de la concurrence n’est pas si ancien pour l’oublier notamment en ce qui concerne la passation des marchés publics dans ces conditions dégradées ouvrant à des appétits affairistes. Au bout du compte cela se retrouve sur la feuille d’imposition avec des écarts très importants par rapport au continent alors que le potentiel fiscal des ménages insulaires est l’un des plus bas de France.

Ainsi, la TEOM en Corse coûte en moyenne 184 euros par habitant par an, soit 56 % de plus que la moyenne métropolitaine (118 euros par habitant par an). Cette surponction du contribuable doit inciter à ne pas se hasarder à ajouter une taxation incitative au bon comportement des ménages, alors que l’impasse actuelle est avant tout de la responsabilité des décideurs.

La mise en œuvre d’une politique nouvelle, un engagement doit être pris en ce sens, ne peut se solder par des augmentations supplémentaires de la fiscalité des ménages. Elle doit aussi tenir compte des conditions de travail des personnels de toute la filière. On mesure ainsi la nécessité de développer une maitrise publique sur la filière. Sans parler d’ambition il faut, au regard de l’expérience et des années perdues, passer de l’optionnel à la concrétisation de la valorisation thermique dans un panel de techniques retenues de manières complémentaires et efficace avec le tri à la source.

Cette approche permettrait de sortir de la crise et de maitriser les couts dans un cadre respectueux des enjeux sanitaires et écologiques.

Michel Stefani

 

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De quoi le Plan Salvezza e Rilanciu est-il le nom ?

2 Décembre 2020

Gille Simeoni n’est pas en campagne électorale son unique priorité est de sortir la Corse de la crise. Invité des médias en ce début de semaine, le président de l’Exécutif explique à ses détracteurs, frustrés de n’avoir pas été associés à la préparation du Plan de sauvegarde et de relance de l’économie, qu’il n’a pas de temps à consacrer à des polémiques stériles. Toutefois il leur concède que sa méthode peut être "bonifiée" et constate avec satisfaction qu’au final l’unanimité s’est faite sur sa proposition après quelques amendements formels.

Ce consensus à l’Assemblée de Corse est donc venu couronner des semaines de consultations et surtout répondre aux doléances patronales formulées à Borgo le 27 octobre dernier. Ce fut "un acte fondateur" selon les présidents de l’Exécutif et de la CCI de Corse réunis à la même tribune. Les deux sont tombés d’accord pour dénoncer un Plan de relance France qui s’adresse aux entreprises de 250 salariés et plus, mais qui de fait est inadapté à la Corse. C’est notamment le cas de la mesure d’allègement des impôts de production (20 milliards) qui ne concerne que 0,13% des entreprises insulaires. Evidemment c’est peu mais ce n’est pas rien.

le Préfet de Corse, a indiqué qu’entre le début du confinement, le 17 mars, et le 5 mai 2020, l’État a versé "un total de 730 millions d’euros pour la Corse répartis sur les différents dispositifs mis en place avec notamment 230 millions d’euros pour le chômage partiel, 360 millions d’euros pour le prêt garanti par l’État, 10,9 millions d’euros pour le fonds de solidarité au bénéfice de 3.300 petites entreprises, 57 millions d’euros pour les reports de charges fiscales et 52,5 millions pour les reports de charges sociales".

Et si le compte n’y est pas pour les très petites entreprises comme pour les salariés et les ménages c’est aussi parce que la politique gouvernementale sanctuarise les gros actionnaires des grandes entreprises et ne produit aucune évaluation des mesures qui ont été prises face à la crise sans contrepartie sociale. Des centaines de milliards d’argent public sont utilisés pour soutenir l’économie, pas toujours l’emploi. Quant au pouvoir d’achat lorsqu’il est impacté par la perte de 16 % de salaire, en chômage partiel, autant dire que pour la plupart des ménages populaires les fins de mois sont difficiles.

Que faire donc pour le salarié, le petit commerçant, l’artisan, le saisonnier, celles et ceux qui, de plus en plus nombreux sont dans l’obligation de se rendre au Secours populaire, aux Restos du cœur ou à la Croix rouge ? Si tel est le cas c’est bien en raison d’une déficience de ces plans dont la principale caractéristique est bien une mise en œuvre sans contrôle ni contrepartie sociale.

La France est un pays riche. Les 500 premières fortunes ont un patrimoine de 730 milliards et cette année, encore malgré la crise, plus de 30 milliards de dividendes seront versés aux actionnaires du CAC 40. Certains objecteront que cela n’a rien à voir avec la Corse. Pourtant, en y regardant de prés la réponse est oui sauf si comme le réclame Gille Simeoni il s’appliquait à la Corse un régime d’autonomie fiscale. Il faudrait alors se passer de la solidarité nationale.

Cela dit, il y a en Corse 1.160 ménages, 2500 personnes, 1 % de la population fiscale de l’île dont le revenu annuel médian est de 144 000 euros soit en moyenne 3,5 % de plus qu’en France de province. Dans la région métropolitaine où 18.7% de la population dispose d’un revenu inférieur aux 1 055 euros mensuel du seuil de pauvreté, ce rappel souligne la profondeur des inégalités. Il est un indicateur constant de l’urgence sociale et si la crise frappe plus dur en Corse que sur le continent ce n’est pas une raison pour oublier que la précarité et la pauvreté y sont installées depuis des décennies.

L’économie exclusivement touristique y est pour quelque chose mais il y a aussi une infime minorité, spécialisée dans la captation de la solidarité nationale au détriment de l’intérêt général, qui sévit en Corse comme l’Autorité de la concurrence, après l’Inspection générale des finances, vient de le préciser dans son rapport. Voila donc le problème qui se pose en Corse sans doute un peu plus qu’ailleurs et qui a été noyée une fois de plus à l’Assemblée de Corse.

L’injuste partage des richesses est bien une réalité en Corse, c’est pourquoi les organisations syndicales ont eu raison de ne pas donner quitus à ce Plan de sauvegarde et de relance auquel on peut reprocher comme le précédent de ne prévoir aucune contrepartie pour garantir les emplois et les salaires, ni aucune mesure contre la cherté de la vie.

Sur ce point, le rapport de l’IGF en 2018 indiquait : "plusieurs éléments spécifiques au territoire corse peuvent contribuer à la captation de rente par les acteurs dominants. […]L’application de taux de TVA réduits peut inciter les intermédiaires à privilégier le renforcement de leur marge plutôt qu’une répercussion complète sur le prix de vente à la consommation". Voila pourquoi nous disons : pas un centime d’argent public pour les 15 premiers actionnaires de CM Holding, le Consortium des patrons corses, pas un centime d’argent public pour le groupe Rubis et ses actionnaires.

La capitulation face à ces oligopoles qui ont la main mise sur l’économie de la Corse et structurent essentiellement les rapports sociaux, ne peut plus être établie au seul crédit d’une complaisance de l’Etat elle est ainsi partagée par ce vote unanime des élus de l’Assemblée de Corse en faveur du plan de sauvegarde et de relance.

La majorité nationaliste en place depuis 6 ans et à la tête de la collectivité unique depuis 3 ans tente de masquer dans des rapports artificiellement tendus avec l’Etat les fondements de classe qui en Corse comme partout ailleurs traversent les rapports sociaux et opposent les intérêts des riches à ceux des pauvres.

Si l’heure du bilan n’a pas encore sonnée selon Gille Simeoni, sa majorité qui dispose d’un pouvoir incomparable, ne pourra se contenter de mettre ses échecs en matière de transport maritime, de traitement des ordures ménagères, de logement social… comme ses renoncements face à la cherté de la vie au compte du "mauvais héritage" laissé par les précédentes et d’un impossible dialogue avec l’Etat.

Michel Stefani

 

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