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Michel Stefani

Il est plus qu’urgent que l’Autorité de la Concurrence rende son avis

10 Novembre 2020

Cela fait deux ans, en octobre 2018, que l’Inspection générale des finances a rendu son rapport intitulé "Pour une économie corse du 21ème siècle". Cela fait un an, octobre 2019, que le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a demandé un diagnostic sur quatre secteurs-clés : la distribution de carburants, la grande distribution, le transport maritime et la gestion des déchets.

L’Autorité de la concurrence missionnée en ce sens est venue en Corse pour clôturer ses investigations. Cela fait un mois. C’était fin septembre, et nous aurions du un mois après avoir communication du rapport et de l’avis final. Nous sommes en novembre et pour l’instant nous n’avons rien. Au moment même où des milliers de ménages insulaires sont en grande difficulté ce silence prolongé de la puissance publique s’apparente à une complicité de fait.

Depuis le grand mouvement social de 1989, l’essentiel des mécanismes de concentration, de monopole, d’ententes illicites ont été analysés, décortiqués sans que rien ne soit fait en faveur du pouvoir d’achat et pour réduire les écarts de prix à la consommation entre la Corse et le continent.

La crise actuelle, même multidimensionnelle, ne peut servir de prétexte à la prolongation de cette course de lenteur qui en définitive préserve des gros intérêts privés au détriment de l’intérêt général. La transparence est d’autant plus nécessaire et urgente que le Plan de relance économique, 1,5 milliard d’euros, activé depuis 6 mois s’ajoute aux réfactions de TVA, 200 millions d’euros par an, au franco de port inclus dans la dotation de continuité territoriale, 187 millions d’euros par an, comme, au Crédit d’impôt corse et au FIP, 91 millions d’euros par an.

Alors qu’en temps normal le pouvoir d’achat des ménages modestes est déjà mis à rude épreuve, en raison de la cherté de la vie en Corse, l’impact social de cette crise s’annonce encore plus dévastateur pour eux. Voila pourquoi il est plus qu’urgent que l’Autorité de la Concurrence rende son avis afin que la puissance publique prenne les dispositions nécessaires pour d'une part mettre fins à la captation de la solidarité nationale opérée par une minorité, notamment le consortium des patrons corses, dont la domination économique n’est un secret pour personne, et d'autre part pour permettre une réorientation de l'argent public en faveur de l'emploi, du pouvoir d'achat et des salaires.

Michel Stefani

 

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L’émancipation que nous voulons construire découlera toujours de la devise révolutionnaire clamant pour tous : Liberté - Egalité - Fraternité.

3 Novembre 2020

Corse matin, le 2 novembre 2020, a ouvert ses colonnes au président de l’Observatoire de la Corse "Corsu e Fieru" et de l’Association "Corsica Cristiana". Le discours de Monsieur Castellani qui préside et s’exprime au nom des deux associations pourrait être résumé par cette exclamation : "Ne nous laissons pas aveugler par les Lumières".

Le 13 février 2012, toujours dans Corse Matin, Monsieur Castellani expliquait : "Avec l'Observatoire, nous défendons le côté identitaire de la Corse. Donc, il serait difficile, voire impossible, de dissocier l'histoire humaine de la Corse de son histoire religieuse, sachant que la présence chrétienne constitue certainement la composante sociale et culturelle qui a marqué, plus profondément que tout autre, les femmes et les hommes ainsi que le paysage de l'île sur une aussi longue durée".

A l’évidence il y a une continuité. Dans une autre période et dans un autre contexte, cela ne mériterait pas que l’on s’y attarde mais au moment même où se pose avec force la nécessité de dresser un rempart aux visées obscurantistes, cette personne érudite vient avec ses arguments ténébreux piétiner la laïcité et dire son aversion pour la loi de 1905.

Point de séparation de l’église et de l’Etat et la cécité dont il fait preuve sur certaines périodes historiques valent plus que toute démonstration. 1789 n’existe pas, 1943 encore moins, et pour cause Monsieur Castellani et ses amis militent pour une Corse "indépendante" placée "sous tutelle spirituelle du Saint Siège". (Corse Net Info 12 02 2019)

Voila comment la laïcité, loi des hommes garante de leur vivre ensemble et respectueuse de toutes les religions, est réduite par un raisonnement simpliste au risque d’engendrer la "destruction de la Corse comme de toutes les nations". Ainsi, on comprend pourquoi "La séparation de l'Église et de l'État est [décrétée] étrangère à la mentalité corse".

On pourrait en rester là mais la vision du futur, développée sur ces principes opposés à "l’évolution post moderne" si dangereuse, repose sur le constat tout a fait identitaire de la "substitution de population qui entraînera, si elle n’est pas endiguée, la disparition pure et simple de notre peuple". (Corse Net Info 04 05 2018).

Autrement dit le danger vient de l’extérieur, mais pas seulement. Partant du postulat que la "Corse a sa spécificité : à la fois mariale, franciscaine et vaticane", Corsica Cristiana, en mars 2019, s’était élevé, avec véhémence, contre l’organisation à Ajaccio de la Marche des fiertés en dénonçant : "l’injure faite à nos ancêtres et à notre foi. A-t-on oublié que Marie est Reine de la Corse". Bonjour la tolérance !

Dans ce florilège de la pensée rétrograde, on retiendra enfin que la parabole du Bon Samaritain doit prévaloir à l’accueil des migrants sans "charité administrative, idéologique. Il faut ouvrir son cœur, sa bourse et sa maison...". Quand des milliers d’êtres humains meurent engloutis dans les eaux de la méditerranée pour fuir la misère et la guerre dans leurs pays, on peut douter que la seule bonté individuelle suffise à laver la cruauté de ce monde capitaliste.

Assurément, nous avons besoin de vivre dans un autre monde, un monde juste, fraternel et pacifique. Pour ce faire et pour surmonter les difficultés de la période troublée que nous traversons, plus que jamais, il est indispensable de défendre et de promouvoir la laïcité et les valeurs républicaines, dont nous sommes les héritiers depuis 1789. Citoyens et non sujets, l’émancipation que nous voulons construire, ainsi, découlera toujours de la devise révolutionnaire clamant pour tous : Liberté - Egalité - Fraternité.

Michel Stefani

 

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