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Michel Stefani

Le reconfinement confirme l’échec du Président et de son Gouvernement

29 Octobre 2020

Après des années d’abandon de l’Hôpital public, le Président Macron qui affirmait le 14 juillet : "nous serons prêts pour la 2ème vague" a été contraint d’annoncer un reconfinement.

C’est désormais le seul instrument permettant de limiter la circulation du virus et de diminuer la charge virale afin de prévenir une catastrophe sanitaire dans les 15 prochains jours. Ce reconfinement généralisé signe l’échec de la politique gouvernementale en matière de santé publique, d’Emmanuel Macron et de Jean Castex qui se sont montrés incapables de déconfiner en toute sécurité. Il faut de toute urgence apporter les réponses dont le pays a besoin plutôt que d’accumuler les restrictions de libertés et d’arroser abondamment les amis du CAC 40.

Depuis le 11 mai, les tests ont été réalisés en dépit du bon sens et sans un traçage sérieusement réalisé. Le port du masque a été rendu obligatoire tardivement. Sans prise en charge à 100% comme nous l’avions demandé, son usage et son renouvellement sont restés trop irrégulier.

Un plan d’urgence immédiat doit être porté sur l’Hôpital. Nous sommes revenus à un niveau de lits de réanimation équivalent au mois de février, alors que la deuxième vague était attendue. Comment s’en sortir à présent avec seulement 5 000 lits de réa, des soignants épuisés et en sous-effectif. L’Hôpital a besoin de moyens financiers et humains pour reconstituer ses capacités d’accueil en lits notamment de réanimation ; ouvrir des postes de médecins, d’infirmiers, d’agents ; relever les rémunérations de l’ensemble des personnels. En outre, les acteurs privés de santé doivent être pleinement mobilisés en renfort de l’hôpital public.

La jeune génération ne doit pas être sacrifiée. La scolarité des élèves, de la maternelle à l'université, doit être une priorité. Les mesures de sécurité sanitaire doivent être renforcées sans délai dans toutes les classes et ainsi garantir le déroulement de la scolarité sans danger. A l’université, les étudiants contraints de suivre leurs cours à distance doivent être dotés du matériel adapté qui doit leur être fourni gratuitement comme les masques qui doivent être fournis quotidiennement aux élèves.

Préserver l’économie et ses emplois est essentiel. Il faut en conséquence garantir la sécurité des travailleurs à leur poste et encadrer par le droit les mesures de télétravail. Alors que le gouvernement a profité de la crise pour arroser de cadeaux les grandes sociétés du CAC40, des pans entiers de l’économie ont été abandonnés et sont aujourd’hui au bord du dépôt de bilan. Les prêts garantis par l’Etat doivent être transformés en aides publiques, non remboursables, assorties de l’exigence de maintien de l’emploi et du pouvoir d’achat. C’est la seule possibilité d’empêcher un tsunami social, de sauver les commerces, les artisans, les TPE, le monde associatif, de la culture et du sport. Pour lutter contre la précarité, les salaires doivent être augmentés et le chômage partiel payé à 100%.

Les gouvernements libéraux successifs ont asphyxié notre système de santé, ce qui met gravement en danger nos vies. Le confinement a eu des conséquences dramatiques, psychologiques, sociales, économiques. C’est la faillite des politiques libérales et capitalistes. Ce système est en train de s’effondrer. Les profiteurs qui continuent de s’enrichir et d’enrichir leurs actionnaires tout en licenciant, doivent être durement et sévèrement sanctionnés. Il faut un contrôle effectif de l’utilisation de l’argent public et de la solidarité nationale qui, comme nous le voyons en Corse avec la domination économique du consortium des patrons corses, est captée par quelques uns au détriment de l’intérêt général.

Il faut déconfiner la Démocratie. Nous ne sommes pas en monarchie aux ordres d’un roi, mais dans une République avec des représentants du peuple qui doivent être associés à la politique du pays. C’est le sens de l’action des députés, sénateurs et des élus communistes qui agissent en proximité au service des gens quand Emmanuel Macron est lui au service de l’argent roi et du capital. D’autres choix sont possibles privilégiant le travail pour tous, la lutte contre la précarité, et plaçant la vie et la santé d’abord. Cela implique de reprendre le contrôle social de l’économie afin de promouvoir le progrès social et écologique et de reconstruire un système de santé digne d’un pays développé comme la France.

Michel Stefani

 

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L’hommage à Samuel Paty doit se prolonger dans un rassemblement et une dynamique populaire d’émancipation sociale et démocratique.

23 Octobre 2020

Le sauvage assassinat de Samuel Paty marque un basculement. L’acte est abject, ignominieux. Ceux qui s’en sont rendus coupables, au-delà de l’individu meurtrier, ont souligné plus encore, sous l’éclairage de la haine qu’ils portent en eux, la visée politique d’un projet de société déshumanisé, intolérant, antidémocratique.

Fondé sur l’intimidation, la pression fanatique, le terrorisme, c’est l’exact contraire des valeurs républicaines, dont nous sommes les héritiers depuis 1789 dans la prise en compte et la défense des principes découlant de la devise révolutionnaire clamant pour tous : Liberté - Egalité - Fraternité.

Sous l’impulsion des Lumières, c’est le creuset original d’une société, associant dans la Nation, non des sujets, mais des citoyens co-constructeurs de cette originalité française. Souvent maltraitée par des politiques gouvernementales antisociales, elle perdure néanmoins en raison d’un attachement populaire à cette histoire politique qui a fait société au fil du temps.

Cette mémoire collective, constituée d’avancées démocratiques et sociales arrachées et des reculs possibles quand le mouvement populaire s’affaiblit, est au cœur des mobilisations citoyennes exprimant avec dignité la condamnation de cet acte abominable et de ce qu’il charrie d’insupportable et d’inacceptable dans cette République laïque et sociale âprement préservée du fascisme par la Résistance.

Le programme de ceux qui ont consenti jusqu’au sacrifice suprême, pour libérer le pays de ce joug nazi, était intitulé "Les jours heureux". C’était au sortir de la nuit fasciste qui s’était abattue sur la France comme sur le monde. Le contexte est différent mais l’exigence demeure : ne rien céder aux fascistes.

Le fanatisme islamiste et ses adeptes barbares et fascisants veulent détricoter cette histoire collective et fermer les portes du savoir, de l’élévation intellectuelle et culturelle, de l’esprit critique. Voila comment le bras de l’assassin s’est armé pour frapper en son cœur la République en ôtant la vie à celui en charge de cet enseignement auprès des enfants.

La menace vaut pour tous les enseignants. C’est bien là le danger qui pèse désormais sur eux. Ils étaient nombreux pour témoigner dignement de leur colère et exprimer leur tristesse. Ils n’étaient pas seuls et c’est dans cette manifestation commune du refus de l’obscurantisme que penser un autre avenir devient possible pour réduire à néant les intentions de cette minorité usurpatrice qui, au nom d’une religion placée au dessus de la loi des hommes, montre son irrespect de la laïcité et de toute humanité.

La justice doit passer pour sanctionner les responsables de l’assassinat de Samuel Paty. Cela doit permettre de distinguer et d’isoler les individus qui cherchent à opposer, à diviser et à empêcher, pour ceux qui le désir, d’exercer leur culte dans le respect de l’autre, croyant ou non, de manière sereine. La laïcité en est la garante et ainsi le rempart à toute instrumentalisation ouvrant à la stigmatisation ici celle des musulmans.

Faire comprendre c’est de fait promouvoir l’émancipation, la démocratie, les droits de la personne humaine, la primauté de la connaissance sur l’ignorance. C’est à cette tache que Samuel Paty se consacrait. Ce choix lui a valu une mort atroce. C’est pourquoi, la sécurité des enseignants, de l’Education nationale et de tous ses agents doit être garantie. Cela relève de l’Etat de droit.

Ce faisant, l’action démocratique et populaire contribuera à ce que la société se débarrasse de l’obscurantisme et assèche la source du terrorisme qu’il nourrit. De ce point de vue, le projet de loi sur le séparatisme entretient le doute en confondant Etat et religion. Alors que la laïcité suppose la séparation de l’un et de l’autre, le président de la République, préconise un tutorat étatique sur une religion. C’est risqué et dangereux.

De même, il est risqué et dangereux, de vouloir concurrencer l’extrême droite, comme le ministre de l’intérieur s’y prête en dénonçant la commercialisation de produits alimentaires susceptibles, selon lui, de réveiller les communautarismes. Dans le contexte, c’est une façon ignoble de désigner par amalgame à l’opinion publique nos concitoyens musulmans. C’est irresponsable et indigne de la fonction qu’il exerce au gouvernement.

Lui qui ne s’est jamais trop interrogé sur le financement du terrorisme islamiste devrait sans doute commencer à ouvrir les yeux sur les Etats théocratiques qui financent à travers le monde la promotion d’un islam fanatique dans un but éminemment politique. La France serait bien inspirée de ne plus dérouler le tapis rouge aux dirigeants de ces pays, et de changer sa politique extérieure au proche et moyen orient pour y faire progresser la paix plutôt que les intérêts capitalistes sources de conflits.

Sur notre sol, il faut mettre hors d’état de nuire les organisations factieuses et démanteler les circuits de leur financement. La reconstruction du lien social, là où depuis trop longtemps l’abandon a prévalu, doit prendre le dessus sur les logiques d’enfermement dogmatiques et obscurantistes. La République doit y retrouver toute sa place et offrir une autre perspective que le repli communautarisme. L’Education nationale doit être dotée des moyens nécessaires pour remplir son rôle émancipateur.

Enfin, ce qui s’est passé à Conflans-Saint-Honorine, ce mois d’octobre 2020, rend impératif d’empêcher que les réseaux sociaux ne se transforment en réceptacle de la vindicte, délétère, haineuse et intolérante. Tout autant il faut s’interroger sur la façon dont est donnée l’information au mépris du pluralisme avec un logiciel de prêt à penser anesthésiant trop souvent l’esprit critique.

L’hommage rendu à Samuel Paty doit ainsi se prolonger de manière exigeante et lucide dans un rassemblement et une dynamique populaire d’émancipation sociale et démocratique.

Michel Stefani

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Combattre la pauvreté et la précarité en Corse exige une mise en cause du système existant de captation de l’argent public

13 Octobre 2020

L’Exécutif de la CdC et les dirigeants de la Chambre régionale consulaire se sont retrouvés récemment pour sceller un "partenariat fort" entre les deux institutions. Quelques enjeux majeurs étaient à l’ordre du jour de cette réunion convoquée "symboliquement" dans l’aérogare de Poretta à proximité immédiate du site choisi pour implanter prochainement "un centre d’affaires". Le décor est planté, pourrait-on dire.

Les échanges ont été consacrés au renouvellement des concessions portuaires et aéroportuaires, au plan de soutien marketting étalé sur 3 ans afin de dynamiser les flux de passagers sur la Corse, le plan d’investissement des infrastructures portuaires et aéroportuaires pour un montant 558 millions d’euros.

La dynamique attendue, avec le plan de soutien marketting, s’est semble-t-il confirmée. 5 millions d’euros pour l’aérien et 1.5 million d’euros pour le maritime c’est ce qu’il a fallu d’argent public. Ce n’est pas négligeable. Raison de plus pour être exigeant avec les bénéficiaires. Que ce soutien aille aux opérateurs qui ont leurs sièges en France et y emploient des salariés relevant du droit français n’a rien de choquant.

En revanche que les opérateurs low cost, généralement peu scrupuleux en matière de droits des salariés, puissent recevoir un tel soutien, interroge quand on sait au final que cet argent prend, pour partie, le chemin des paradis fiscaux. On notera que l’omnipotente Commission européenne qui n’a de cesse d’imposer ses critères ultralibéraux quand il s’agit des opérateurs du service public, ne considère pas qu’il s’agisse là "d’aides d’Etat" comme ce fut le cas pour liquider la SNCM.

De toute évidence la crise sanitaire a eu un impact sur l’économie de la Corse mais au lieu d’entendre tous ces décideurs appeler de leurs vœux un autre modèle économique, c’est toujours la même musique. Personne dans leurs rangs ne le remet en cause.

Or c’est bien lui qui génère autant d’inégalités en Corse entre les plus riches et les plus pauvres. En 20 ans le PIB a gagné 13 points et la production de richesse à progresser de 72 % avec un taux de croissance de 1.2% par an entre 1995 et 2015. La seule courbe qui n’infléchit pas c’est celle de la pauvreté des ménages populaires.

Ce phénomène de croissance économique inconnu dans les autres iles méditerranéennes est essentiellement dû à la commande publique, notamment au plan exceptionnel d’investissements, aux différents dispositifs de soutien à l’économie et à la consommation pour compenser les contraintes d’insularité. La grande question absente des débats dans ces cercles de "décideurs" c’est bien le juste partage de cette richesse produite grâce à l’argent public.

Hors dotation de continuité territoriale (187 millions d’euros), s’il on tient compte des réfactions de TVA (196 millions d’euros), du crédit d’impôts pour investissement en Corse (56 millions d’euros) et de la réduction de l’impôt sur le revenu au titre du Fonds d’investissements de proximité Corse (35 millions d’euros), en 2018 on comptabilise 474 millions d’euros provenant de la solidarité nationale.

Pourtant les salaires sont inférieurs à la moyenne nationale, les produits de consommation courante sont plus cher que sur le continent, 1 emploi sur 5 et précaire. Voila l’autre axe sur lequel il faut être exigeant : les entreprises qui reçoivent un soutien public doivent en contrepartie augmenter les salaires, offrir des emplois stables, et dans la distribution agir contre la cherté des produits de consommation courante.

Partant de là, il est impossible de faire l’impasse sur la responsabilité qui incombe en grande partie aux décideurs du consortium des patrons corses. Cet oligopole, qui impose sa domination sur toute l’économie insulaire, capte l’essentiel de cette solidarité nationale au détriment des consommateurs, des usagers, des ménages populaires. C’est pareil pour Rubis s’agissant du prix des carburants.

L’Autorité de la concurrence, comme le rapport de l’Inspection des finances il y a 2 ans, constate des situations de monopole mais oublie les détournements opérés sur les réfactions de TVA ou encore le Franco port. Depuis 1989 et le rapport Prada consécutif au grand mouvement social contre la cherté de la vie en Corse, l’Etat en à connaissance mais il s’en tient à un silence complice.

Aujourd’hui les dirigeants économiques qui se retrouvent la fois à la tête du consortium des patrons corses et des Chambres consulaires réclament au gouvernement 1 milliard d’euros supplémentaire dans le cadre du plan de relance économique avec lequel 1.5 milliard d’euros a déjà été injecté en Corse ces 6 derniers sans contrepartie sociale pour les salaires et l’emploi.

Néanmoins, l’Exécutif de la CdC, l’ensemble des groupes à l’Assemblée de Corse ont fait consensus à ce propos avant de sceller à Poretta un pacte de confiance avec la CCI. Dans ces conditions, sans que les règles ne changent au niveau du contrôle et de l’utilisation de l’argent public, provenant de la solidarité nationale, les inégalités persisteront.

Combattre la pauvreté et la précarité concrètement exige une remise en cause ferme de ce système de captation de l’argent public qui garantit depuis 30 ans l’enrichissement d’une minorité au détriment de l’intérêt général. C’est ce que les communistes défendent et qu’ils porteront dans la campagne des territoriales.

Michel Stefani

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Desserte maritime : il faut renforcer le service public.

2 Octobre 2020

La desserte maritime de service public entre la Corse et le Continent est une nouvelle fois remise en cause sous l’injonction de l’omnipotente Commission européenne qui depuis l’Acte unique en 1986 conteste les principes et les fondements républicains de la continuité territoriale.

Dans cette longue entreprise de destruction du service public, les commissaires européens ont pu compter sur la complicité des gouvernements successifs comme des exécutifs de la Collectivité de Corse convertis aux logiques libérales de la "concurrence libre et non faussée". Tous ont vanté les mérites de la déréglementation et de l’ouverture du marché aux opérateurs low cost. Cette politique devait produire de la "respiration commerciale" et "la baisse des tarifs". Nous avons eu la guerre commerciale et la hausse des tarifs.

La fin de la convention de 1976 a ouvert le cycle des appels d’offres et de la mise en concurrence de deux modèles économiques radicalement opposés celui d’un service public fondé sur les principes républicains de solidarité et d’égalité issu du Conseil National de la Résistance et celui de la prestation de service, d’entreprise du privé, fondée sur le moins disant, économique et social, issu du Traité de Maastricht.

En 2001 la Collectivité de Corse organisera dans le cadre de sa compétence, la desserte maritime avec, sur Marseille, ses délégataires SNCM et CMN attributaires du contrat d’exploitation des lignes de service public et de la compensation financière prévue à cet effet et sur Toulon Corsica Ferries France (CFF), bénéficiaire de l’aide sociale devenue rapidement une subvention déguisée d’un montant total de 170 millions d’euros. Ainsi la Collectivité de Corse versait, au concurrent direct de ses délégataires, une prime au dumping social et fiscal, qualifiée de "rééquilibrage" face au "monopole public".

Ce dispositif, unique en son genre et peu économe d’argent public, produira ce pourquoi il était fait : la casse du service public de continuité territoriale. Ce n’est pas rien quand on sait que les Corse l’ont arraché de hautes luttes excédés, qu’ils étaient avant 1976, par la médiocrité du service des compagnies privées subventionnées. Se posait également la question de la cherté de la vie et du coût du transport des marchandises amorti par le franco de port inclus dans la continuité territoriale. Mais comme les réfactions de TVA, il sera détourné au détriment des consommateurs.

En 2007, la majorité régionale de droite invente le service de base et le service complémentaire. Les élus communistes sont les seuls à voter contre. Cette distinction constituait une brèche dans le service public autant qu’un angle d’attaque pour les actionnaires suisses de CFF particulièrement procédurier. La compensation financière versée à la SNCM au titre du service complémentaire sera qualifiée à posteriori d’aide de l’Etat par la Commission européenne qui réclamera une amende de 400 millions d’euros à la compagnie précipitée ainsi vers la liquidation judiciaire.

Certains élus de l’Assemblée de Corse, nationalistes compris, voyaient dans cette politique à court terme la possibilité de dégager des excédents sur l’enveloppe de continuité territoriale, déspécialisée à cet effet, pour faire couler du béton et du goudron. Le gouvernement Sarkozy y verra lui la démonstration que la dotation de continuité territoriale, non consommée intégralement, pouvait être gelée à 187 millions d’euros, son montant de 2008. Dans le schéma actuel, la prochaine étape sera celle de la réduction drastique.

Contrairement à ce que nous avons entendu, ce n’est donc pas la SNCM qui est responsable aujourd’hui de la situation mais bien l’accumulation de choix politiques conforme aux objectifs de la déréglementation pilotée par Bruxelles via Paris et Ajaccio. La majorité nationaliste, prisonnière de sa revendication visant à créer une compagnie régionale, a contribué à rendre la situation sinon ingérable au moins plus complexe. Elle a eu beau promettre la fiabilité juridique en s’alignant sur les exigences libérales de la Commission européenne rien n’y a fait.

Le retour de boomerang est cinglant. Les tests marchés, les DSP transitoires ou de raccordements se sont multipliés poussant à leur tour les 600 marins et sédentaires de la CMN dans l’angoisse de perdre leurs emplois et au final, apparemment non instruit par l’expérience d’un acharnement procédurier des actionnaires de CFF, l’Exécutif territorial, en se disant surpris de la volonté politique affirmée par la Commission européenne, révèle son inconséquence.

Voila comment, la dénonciation d’un prétendu "lobby marseillais" par les socioprofessionnels a permis, des années durant avec un large soutien politique à l’exception du Parti communiste, de faire prévaloir en 2016 l’intérêt privé du consortium des patrons corses. Les 350 millions d’euros d’actifs de la SNCM, passeront alors sous le contrôle de ce "lobby corse" pour la modique somme de 25 millions d’euros après le sulfureux épisode du Stena Carrier. On comprend aussi, pourquoi en 2005 est intervenue la privatisation de la SNCM puis en 2014 sa liquidation sacrifiant des centaines d’emplois avec la bénédiction du gouvernement Hollande et du président de l'Exécutif de la CTC.

Parallèlement, l’acharnement procédurier des actionnaires de CFF a porté ses fruits auprès des instances européennes dont l’objectif central a toujours été de liquider la desserte publique de continuité territoriale. A l’évidence, l’enquête à charge, de la Commission européenne, diligentée le 28 février, prépare à cette évolution. Ces conclusions visent à en limiter le périmètre au seul acheminement du fret sur les ports principaux en obligations de service public, sans compensation financière et à laisser le trafic passager "s’autoréguler" sous le seul contrôle des opérateurs notamment CFF d’ores et déjà en position dominante en détenant 75 % des parts de marché.

Les dirigeants de CFF, à l’origine d’un énième recours, contre la procédure d’appel d’offres, sans y avoir candidaté, ne s’en plaindront pas. Dans ce contexte, son interruption pour infructuosité intervient au détriment de Corsica linea et de La Méridionale qui y ont répondu conjointement après une période dommageable de conflit entre elles. Forte de ces constats, la CdC aurait dû peser beaucoup plus en faveur de la négociation afin de rapprocher la demande de compensation financière du montant de son estimation.

Ces derniers rebondissements doivent, non pas comme l’explique le président de l’Exécutif, amener la CdC, autorité délégante, à se soumettre aux directives de la Commission européenne mais au contraire à exercer pleinement ses compétences. Elle doit choisir de renforcer le service public pour donner de la visibilité aux opérateurs et rassurer les personnels des compagnies délégataires comme les usagers. Ce choix est aussi celui du développement durable exigeant des opérateurs les critères sociaux et environnementaux les plus élevés et l’exécution par délégation du service public sous pavillon 1er registre français dans l’intérêt bien compris de la Corse.

Michel STEFANI

 

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