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Michel Stefani

Crise agricole : avec les agriculteurs penser une autre politique

25 Octobre 2019

Le monde agricole insulaire est plongé dans une incertitude qui découle directement des choix opérés, aussi bien par les gouvernements que par la Commission européenne, dans le cadre de la politique agricole commune (PAC).

Cette politique libérale ignore volontairement les particularités des exploitations familiales notamment en bassin méditerranéen. Les modes de production et les filières qui font la richesse d’une agriculture de proximité et de qualité susceptible de répondre aux défis alimentaires, sociaux et écologiques de notre époque sont mis en cause au profit des grosses exploitations et de l’agrobusiness. Les accords de libre échange comme le CETA en sont la confirmation. Les importations qu’ils permettent ne font que stimuler le dumping social et commercial, les logiques spéculatives et financières.

C’est l’inverse de l’exigence d’autonomie alimentaire, de sécurité sanitaire et de préservation de l’environnement. Les exploitations familiales en sont le maillon essentiel. Leur existence est par conséquent déterminante. L’immense majorité des agriculteurs travaillent dur pour nourrir leurs concitoyens. Il faut donc penser une autre politique afin de préserver leurs exploitations, de garantir leur viabilité et leurs revenus et de permettre valablement d’isoler ceux, peu nombreux, dont il faut sanctionner les comportements contraires à l’intérêt général bien compris. En ce sens, s’il est inconcevable que les surfaces déclarées en parcours de pâturage puissent quasiment doubler en 3 ans, on ne peut en rendre responsable tous les agriculteurs.

Par ailleurs comment ne pas tenir compte que le ministre de l’agriculture négociateur de la nouvelle PAC en 2014 n’ait pas notifié à Bruxelles en temps et en heure le référentiel des parcours de pâturages ouvrant droit au paiement des primes. Au bénéfice du classement en « parcours méditerranéen » par le ministre, l'enveloppe de droit au paiement de base (DPB) était passée de 13,9 millions d'euros à 36,8 millions par an, profitant notamment dans l'intérieur aux élevages bovins, ovins et caprins. Dés lors, le chantage libéral de la Commission européenne interroge tout autant avec la menace de ne pas payer 1.4 milliard d’euros d’avance de paiement faite par l’Etat en 7 ans à l’échelle nationale si aucune clarification de situation n’intervient en Corse.

Dans l’immédiat il faut donc réaliser les procédures contradictoires et les contrôles (terrain et photo interprétation) concernant les "anomalies" relevées et possiblement litigieuses. Ce faisant, l’arrêt brutal du paiement des primes, y compris les ICHN, ne peut se justifier sauf à risquer la disparition de dizaines d’exploitations familiales en Corse. Voila pourquoi, les communistes expriment leur soutien aux agriculteurs dont les exploitations sont gravement impactées par cette situation en demandant à l’Etat de mobiliser les moyens nécessaires pour sortir rapidement de cette impasse en faisant toute la transparence.

Michel Stefani

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Municipales : quel rassemblement à gauche et quel contrat de confiance avec les Bastiais(e)s ?

14 Octobre 2019

Les groupes de l'opposition municipale bastiaise ne sont pas parvenus à s'accorder pour la constitution d'une liste commune dès le premier tour pour les prochaines élections municipales de 2020.

A la suite de plusieurs mois de discussions, le groupe MCD et le PRG ont décidé de soutenir la candidature de Maître Jean-Sébastien De Casalta, personnalité classée à gauche mais jusque là muette sur la gestion mise en œuvre par la municipalité nationaliste. Leur choix est justifié par la volonté de faire « une offre politique incarnée par des hommes et de femmes représentatifs et fédérateurs », pour le MCD, ou par un « fédérateur » assurant « le portage du rassemblement de la gauche », pour le PRG.

Présentée comme le moyen de surmonter « les conflits d’égos » à l'origine, selon eux, de la division fatale de 2014, la construction autour d'une « personnalité providentielle » avait, à leurs yeux, le mérite, non démontré, d’être la meilleure candidature représentative de fait de la diversité des forces politiques de gauche sans jamais avoir eu avec elles la moindre action commune concernant la politique de la Ville actuelle et à venir.

Pour les communistes, l'union doit procéder en premier lieu d’une base programmatique partagée, susceptible de répondre aux enjeux présents et à venir de Bastia comme aux aspirations politiques fondamentales des Bastiais(e)s appelés ainsi à se rassembler. Le contrat passé entre les forces politiques de gauche et les citoyen(ne)s doit, en conséquence, être totalement transparent tant sur le programme que sur les valeurs politiques défendues. A défaut, cela aboutirait à une « alliance baroque », comme Maître De Casalta qualifie celle de la liste (Simeoni-Tatti-Milani-Degentile) victorieuse en 2014.

Dés lors, on peut s’interroger sur les options politiques qui ont pu prévaloir au ralliement du MCD et du PRG constamment opposés à certaines revendications nationalistes soutenues par Jean Sébastien de Casalta comme l'inscription de la Corse dans la Constitution octroyant une « pleine citoyenneté au peuple corse », le statut de résident ou l'amnistie des prisonniers « politiques » sans écarter les crimes de sang.

Difficile d'imaginer que le MCD et le PRG aient pu sous estimer cette dimension politique et dans le cas contraire de ne pas y voir une façon de faire passer un message aux déçus de la majorité nationaliste et d’anticiper y compris sur les prochaines régionales.

Ce faisant, le MCD laisse supposer qu’il n’a pas renoncé à sa stratégie politique sans principes et le PRG, en lui emboîtant le pas, à l’encontre même des attentes des électrices et électeurs de la gauche bastiaise, semble pour sa part ne pas craindre d'y diluer ses valeurs républicaines.

En ce sens, le choix politique du MCD et du PRG donne un éclairage significatif à leur volonté d'abandonner, au premier tour, l’objectif décisif d’une liste d'union de toute la gauche et l’espoir du meilleur résultat possible, au profit d'une alliance d'apparence « baroque » d'ores et déjà. Cela porte à croire que, coté MCD et PRG, les enseignements de 2014 n'ont pas tous été tirés.

Pour notre part, nous avons fait le choix de la clarté politique. Il respecte le travail de reconstruction de la gauche entamé dans l'opposition à la politique de la majorité municipale. Il respecte les valeurs politiques communes sans faiblesse électoraliste. Au premier comme au second tour, nous resterons cohérents sans déroger à nos principes et à la moralité politique.

Voilà le contrat de confiance que nous proposons aux Bastais(e)s.

Michel Stefani

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Desserte maritime de la Corse : Vers un duopole Corsica Linea Corsica Ferries ?

12 Octobre 2019

L’assemblée de Corse devrait, lors de sa prochaine session, examiner le rapport concernant la desserte maritime des ports de Porto Vecchio et Propriano dont les appels d’offres avaient été déclarés infructueux.

Cette énième DSP transitoire, au ligne par ligne, reflète aussi bien le parcours chaotique que les incertitudes du scénario retenu par la majorité régionale nationaliste depuis le protocole du 26 janvier 2016, avalisant sous l’autorité de l’Exécutif le coup de force opéré à l’encontre de la décision du Tribunal de commerce de Marseille après l’affrètement illégal du Stena Carrier et en définitive la prise de contrôle de l’ex SNCM par le consortium des patrons corses sans que l’Etat ne dise un mot.

Ce cadre nouveau fragilisera la CMN dont la présence empêche une répartition plus profitable du marché entre la Corsica Linea disposant des moyens nécessaires pour desservir tous les ports de la DSP en transport de marchandises et la Corsica Ferries en capacité elle d’absorber hors DSP tout le trafic passagers. Le duopole qui se dessine ainsi est également un avatar de la déspécialisation de l’enveloppe de continuité territoriale et la possibilité ouverte dés lors plus largement de réaliser des excédents pouvant être affectés à d’autres opérations voulues par la CdC.

Cette DSP de 11 mois aura aussi une incidence structurelle sur la DSP suivante théoriquement prévue pour 10 ans avec à la clé une compensation publique de l’ordre de 700 à 800 millions d’euros sur la durée de la convention. L’enjeu est donc considérable et on s’interrogera, comme les organisations syndicales, sur la modification des amplitudes horaires des traversées intervenue au cahier des charges, offrant ainsi la possibilité à Corsica Ferries de répondre à l’appel d’offres sur les deux lignes, sans oublier cette fois ci la clé USB, avec un navire de plus de 35 ans ne dépassant pas les 18.5 nœuds.

Ces offres seront surement plus basses en compensations financières que celles de la CMN dont la survie est en jeu avec des dizaines d’emplois en balance en cas de rejet de ses offres. Reste deux points et non des moindres : la législation sociale donc les règles de pavillon et la prise en compte des objectifs de transition écologique. Les deux commandent de ne pas céder au dumping social et environnemental low cost. Le pavillon français 1er registre doit donc rester une exigence de l’autorité délégante dans cette procédure temporaire comme dans la future de 10 ans.

Michel Stefani

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UBER, le libéralisme numérique, la Corse et le progrès social.

10 Octobre 2019

Les dirigeants de la multinationale UBER veulent installer en Corse une plateforme numérique de travail pour effectuer des livraisons.

La modernité, la facilité d’usage évoquées sont des prétextes au contournement du droit du travail. Ces plateformes proposent des prestations de services et de fait pratiquent une concurrence déloyale au détriment des entreprises traditionnelles respectueuses de la réglementation et évoluant sur les mêmes créneaux.

Leur arrivée peut d’abord paraître bénéfique aux consommateurs et aux travailleurs, avec des prestations et des rémunérations avantageuses. En réalité, ce n’est que pour « casser le marché » dans lequel elles s’insèrent. Une fois que les entreprises traditionnelles sont affaiblies les prix augmentent et les salaires chutent. C’est de la concurrence déloyale et l’évolution de la desserte  maritime de la Corse nous instruit à ce propos avec les opérateurs low cost.

Les travailleurs des plateformes numériques (TPN) sont soumis à une exploitation digne du siècle dernier. Privés du statut de l’emploi, ils n’ont aucun droit : Paiement à la tache, absence de salaire minimum ou d’assurance chômage, pas de protection face à la hiérarchie la rupture du contrat s’opère par : la « désactivation », aucune protection en cas d’accidents professionnels. Ces conditions de travail conduisent aussi au travail des mineurs et à l’exploitation des travailleurs sans papiers. Pour ces travailleurs la révolution numérique n’est pas une émancipation mais un carcan supplémentaire imposé par le libéralisme.

Pourtant, les juges ont reconnu la qualité de salarié des TPN, en l’occurrence, pour les deux types de plateformes de travail les plus problématiques au regard de la place qu’elles prennent sur le marché : une plateforme de livraison de repas et une plateforme de transport individuel de personnes (d’autres activités font l’objet d’un contournement de la réglementation par l’organisation en plateforme, telles que celle d’entretien domestique ou de menus travaux). En ce sens, l’implantation en Corse d’une plateforme UBER est d’autant plus inacceptable que le droit du travail y est déjà souvent bafoué.

Pour autant, les TPN se sont organisés notamment avec la CGT et leurs actions ont permis d’obtenir des évolutions réglementaires favorables en droit. En tenant compte de cela les parlementaires communistes ont déposé une proposition de loi ayant pour objet de poursuivre l’amélioration des conditions de travail des TPN après les décisions de la Cour de cassation. Cette proposition de loi vise à établir un cadre légal et contractuel respectueux des droits sociaux et garantissant l’autonomie à laquelle les TPN aspirent en termes de choix des jours, de durée et d’horaires de travail.

Tourner le regard face aux évolutions liées à la révolution informationnelle ne suffit pas il est indispensable de combiner celle-ci avec le progrès social et l’émancipation humaine. C’est ce combat que les communistes mènent partout contre UBER et le libéralisme numérique.

Michel Stefani

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Parlement européen: François Alfonsi vote une résolution qui fait tache

3 Octobre 2019

François Alfoni, député européen élu sur la liste « EELV » compte parmi les parlementaires qui ont voté la résolution scélérate censée souligner l’« importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ». En réalité, cette mémoire est bafouée par les considérants révisionnistes de ce texte laissant présager un « avenir » sombre pour l’Europe.

En ignorant l’histoire même de la Corse, ce vote fait injure aux Résistants morts, sur cette terre, à l’image de Jean Nicoli, en raison de leur engagement communiste et antifasciste. Les communistes, notamment avec les gaullistes, furent les artisans de la Libération de la Corse puis de la France. Sur les cendres du nazisme, de la collaboration et de l’irrédentiste, ils ont contribué à la reconstruction nationale et à l’édification des institutions républicaines et sociales.

Un grossier raccourci historique, situant le déclenchement de la seconde guerre mondiale dans le pacte germano-soviétique, étaye cette résolution honteuse du Parlement européen. Les conséquences du Traité de Versailles ont été évacuées comme le sacrifice de la jeune République espagnole en 1936, les accords de Munich en octobre 1938, la collaboration active des puissances d’argent avec les régimes fascistes et nazi durant toute cette décennie. Le principe d’équivalence, développé ainsi entre nazisme et communisme, permet d’exonérer les régimes nationalistes d’inspiration fasciste des années 1930 autant que les gouvernements et ministres d’États, membres de l’Union européenne, qui les célèbrent aujourd’hui.

Cette résolution est également une insulte aux 20 millions de Soviétiques morts pour libérer l’Europe du joug nazi, aux centaines de milliers de communistes engagés dans la Résistance et les combats libérateurs dans tous les pays européens. Sans aucun égard pour ces sacrifices qui ont abouti à l’éradication du nazisme, elle vient s’appuyer sur la volonté, exprimée dans certains pays, d’interdire « l’idéologie communiste ». De fait, tous les Etats membres de l’Union européenne sont englobés dans la banalisation de ces dérives revanchardes des extrêmes droites. Enfin et ce n’est pas anodin s’ajoute, à l’adresse des peuples de l’Est européen, l’inféodation à l’OTAN, affirmée comme gage de liberté.

S'il y a des actes politiques qui font tache. Le vote de cette résolution assurément en fait partie.

Demain, sera-t-il encore possible de se dire communiste sans enfreindre cette résolution scélérate ? La question se pose à tous les démocrates, les progressistes, à celles et ceux qui, attachés à la liberté d’expression, trouveront légitime de construire avec le communisme une alternative au capitalisme. François Alfonsi, lui, ne se la pose pas.

Michel Stefani

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