Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Michel Stefani

Prix des carburants en Corse : les tergiversations du gouvernement sont préoccupantes

22 Juillet 2019

La détermination du Collectif « Agissons contre la cherté des carburants en Corse » a permis d’apprendre que les engagements de la préfète de Corse ne seraient pas tenus concernant la publication du rapport de la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Ces engagements avaient été pris au plus fort de la mobilisation sociale des gilets jaunes notamment face à la cherté des carburants en Corse et des écarts de prix injustifiés avec le continent au regard des allègements fiscaux de TVA et de TICPE.

La communication de ce rapport devrait intervenir fin aout et on peut légitimement s’interroger sur les raisons de ce retard et surtout sur la façon dont le gouvernement traite cette question après avoir eu à sa disposition depuis novembre 2018 le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) déjà très précis.

Cela laisse perplexe quant à la volonté politique de prendre les dispositions nécessaires pour faire la transparence sur la formation des prix des carburants en Corse comme pour remédier à cette situation scandaleuse connue depuis 30 ans et particulièrement pénalisante pour les ménages populaires injustement ponctionnés depuis sur leur pouvoir d’achat.

S’agissant d’une responsabilité d’Etat et du respect des principes républicains, les tergiversations du gouvernement sont en conséquence très préoccupantes.

Michel Stefani

Lire la suite

Desserte maritime : aléas et risques du cheminement chaotique de la majorité régionale

10 Juillet 2019

Depuis l’ouverture à la concurrence, la desserte publique maritime, a été l’objet d’une guerre sans merci, suscitée par une déréglementation libérale mise au point à Bruxelles et déclinée via Paris dans le seul but d’octroyer aux opérateurs privés sinon low cost l’exécution de ces services vitaux pour la Corse.

L’objectif est double réduire l’enveloppe de continuité territoriale et permettre aux opérateurs prives de faire de bonnes affaires. A l’évidence les perdants sont toujours du même côté celui des salariés dont les emplois sont menacés en permanence celui des usagers auxquels la baisse des tarifs est toujours promise sans jamais être réelle.

Le processus de casse du service public a pris plus de 15 ans avec des étapes décisives notamment la privatisation puis la liquidation de la SNCM avec en toile de fond les scandales financiers d’Etat à travers l’épisode Buttler, puis la cession par le Tribunal de commerce de Marseille pour une somme dérisoire des quelques 250 Millions d’euros d’actifs de la compagnie constitués à partir de l’argent des contribuables. On se souvient que cela a été rendu possible par des décisions fallacieuses de la Commission européenne et d’amendes infligées à la compagnie pour justifier cet autre scandale.

Aujourd’hui, après une OPA cautionné par l’Etat et réalisée par le consortium des patrons corses avec le soutien de la majorité territoriale nationaliste, un épisode nouveau peine à s’écrire dans l’accumulation de procédures transitoires et de tests marché qui effectivement tranchent avec ce qui a pu se faire précédemment sans toutefois correspondre aux principes de clarté si souvent affichés.

La plus grande incertitude demeure alors que la procédure essentielle, celle qui devrait déboucher sur une DSP de dix ans, est lourde d’enjeux économiques et sociaux comme budgétaires avec la compensation financière prélevée sur l’enveloppe de continuité territoriale qui pourrait avoisiner le milliard d’euros sur la durée de la convention.

Et de ce point de vue, il est assez cocasse de lire l’un des principaux actionnaires de CM Holding dirigeant de Corsica Linéa expliquer qu’il s’était trompé quand il affirmait avoir la capacité à prester le service sans compensation financière. Le montant des compensations financières versées à Corsica Linéa pour 15 mois sur les trois lignes de Marseille vers Ajaccio, Bastia et Ile Rousse sera respectivement de 32.2 millions d’euros, 31.8 millions d’euros et 15.9 millions d’euros soit 80 millions d’euros au total.

Les temps changent les avis aussi mais le cynisme demeure surtout quand cette construction politique, économique et sociale repose sur la dénonciation permanente du « monopole public » prétendument « défaillant et coûteux ». La modestie ne s’affichant pas dans ces propos « socioprofessionnels » on rappellera simplement la décision de justice, mettant un terme à l’opération Stena Carrier, ce navire affrété par le consortium des patrons corses et mis en service illégalement sur la desserte Marseille Bastia en janvier 2016.

Les personnels de la CMN ont légitiment des reproches à adresser aux dirigeants de la compagnie et à son actionnaire principal STEF TFE qui n’ont pas répondu correctement à l’appel d’offres. Cependant l’arbre ne peut cacher la forêt et, à ce stade, s’agissant des lignes non attribuées de Marseille Porto Vecchio et Marseille Propriano, les interrogations peuvent surgir quant à la suite.

La procédure étant relancée, il est impossible que la CMN soit seule candidate. Corsica Linéa et Corsica Ferries le seront aussi probablement et les offres devront en tous points satisfaire aux critères du règlement d’appels d’offres identique au précédent. Alors que les compensations financières demandées sur ces deux lignes par les deux candidats CMN et Corsica Linea ont été considérées comme surévaluées d’environ 9 millions d’euros par la CdC autorité concédante qui a déclaré l’appel d’offres infructueux.

La nouvelle procédure se déroulera en connaissance de causes et cela pour tous les candidats potentiels. Sauf à nier l’évidence, il y a de quoi susciter l’inquiétude des personnels au delà des engagements de la direction de la CMN consistant à garantir l’emploi jusqu’en 2021 ou théoriquement la DSP de dix ans devrait commencer.

Dans les tous prochains mois la majorité devra enfin donner une traduction concrète, compréhensible et fiable, à ses propos concernant l’architecture de cette DSP après avoir été obligée par le Parquet national financier de renoncer au rachat des navires Paglia Orba et Monte d’Oro. On voit bien dans son cheminement chaotique, arcboutée qu’elle est sur sa revendication politique de compagnie régionale, les aléas et les risques, d’autant que les propos des dirigeants de Corsica Linéa portent à croire que l’ambition d’opérer seuls en tant que « privé » la desserte de la Corse au départ de Marseille demeure intacte.

Ce qui se passe aujourd’hui témoigne et ne peut être déconnecté de ce qui se passera avec cette procédure nouvelle qui en plus du ligne par ligne reposera sur la création inédite de deux SEMOP distinguant les ports principaux des ports secondaires. Dans la première société desservant les ports principaux l’actionnariat privé serait majoritaire dans la seconde ce serait au contraire l’actionnariat publique avec la CdC qui serait majoritaire. Dans tous les cas la volonté de constituer des excédents sur l’enveloppe de continuité territoriale déspécialisée à cet effet s’affirmera toujours afin de dégager les marges de manœuvre budgétaires permettant de pallier aux baisses de dotations. Voila pourquoi il est impératif de faire valoir l’intérêt général comme le demande les personnels des deux compagnies CMN et Corsica Linéa et de faire en sorte que les deux opérateurs historiques renouent les fils du partenariat dés à présent.

Michel Stefani

Lire la suite

Après la visite du premier ministre : la mobilisation sociale et populaire est nécessaire pour la démocratie, le progrès social et écologique

5 Juillet 2019

Le pouvoir d’achat est un mot tabou pour le gouvernement comme pour le président de la République qui, à chacune de leurs visites en Corse, évitent soigneusement d’appuyer là où ça fait mal. Le premier ministre n’a pas dérogé à la règle et pendant ce temps celles et ceux qui ont du mal à arriver à la fin du mois n’en peuvent plus d’être injustement ponctionnés chaque fois qu’ils passent à la pompe à essence ou au supermarché.

La vie est chère en Corse mais le sujet est classé secret défense. Pourtant, lorsqu’il est question de centaines de millions d’euros d’argent public détournés, il serait élémentaire que le gouvernement y accorde la plus grande attention. Il n’en est rien la transparence est dans ce cas un mot tabou, la captation d’une grande partie de la solidarité nationale par une minorité contre l’intérêt général, il faut le croire, est considérée comme une situation normale.

Il n’est donc pas question de justice sociale face aux inégalités si fortes en Corse et encore moins de justice fiscale. Ce gouvernement comme les précédents ferme les yeux pour mieux vanter la réussite économique également soutenue par un ensemble de dispositifs d’allègements divers et variés d’environ une centaine de millions d’euros par an.

Le premier ministre ne s’interroge pas par conséquent sur la faiblesse des salaires qui est une autre spécificité insulaire. Plus les entreprises perçoivent d’aides publiques plus l’écart de salaire avec la moyenne nationale se creuse.

Voila pourquoi les ménages insulaires comme les travailleurs, en attente d’un acte 1 contre la cherté de la vie en Corse et les bas salaires, peuvent exprimer colère et frustration. Une fois encore la transparence ne sera pas faite sur les mécanismes de formation de prix en Corse qui aboutissent malgré les réfactions de TVA 200 millions d’euros, l’enveloppe de continuité territoriale et le franco port 190 millions d’euros, les allègements fiscaux et de cotisations sociales des entreprises 100 millions d’euros, à ce que tout soit plus cher qu’ailleurs.

Les mesures dites sociales annoncées sont un cautère sur une jambe de bois quand 20 % de la population est frappée par la pauvreté. Il appartient à l’Etat de regarder au plus prêt l’impact social que peut avoir sur l’économie de la Corse le consortium des patrons corses essentiellement responsable de la cherté de la vie comme des bas salaires. Le pacte social républicain en dépend.

En même temps le premier ministre a confirmé la volonté du gouvernement de mettre en cause le décret gouvernemental de décembre 2015 concernant la programmation pluriannuelle de l’énergie. Il ne serait plus question de réaliser la centrale d’Ajaccio avec une puissance de 250 Mégawatts, ni de l’alimenter par un gazoduc connecté à la centrale de Lucciana le tout approvisionné à partir d’une barge implantée en mer face à la cote orientale.

Le risque de rupture et le spectre d’une nouvelle crise énergétique comme en 2005 sont désormais envisageables avec le chamboulement de calendrier que cette politique d’austérité impose sous couvert de choix parés des plus grandes vertus écologiques.

Le droit à la différenciation locale, inscrit dans le fameux pacte girondin, trouve ici par anticipation une traduction avant la réforme institutionnelle dont l’objectif central, outre le recul démocratique attendu, est la réduction de la dépense publique pour satisfaire aux critères de la doxa budgétaire européenne. Plus que jamais la mobilisation sociale et populaire est nécessaire pour faire reculer les tenants de cette politique antidémocratique contraire au progrès social et écologique.

Michel Stefani

Lire la suite

Contre la cherté de la vie : le premier ministre doit annoncer des mesures de transparence, de justice sociale et fiscale

2 Juillet 2019

Le premier ministre Edouard Philippe sera en Corse deux jours pour une visite au cours de laquelle il devrait rencontrer les élus, les représentants de la vie économique et sociale pour échanger sur les enjeux majeurs de l’Île.

Il défendra les politiques du gouvernement mises en œuvre « pour transformer le quotidien des habitants », également sur la stratégie de lutte contre la pauvreté, et enfin sur les opérations de développement des territoires inscrites au programme « Action Cœur de ville » à Ajaccio et Bastia.

De toute évidence les deux premiers points sont ceux sur lesquels on est en droit d’attendre des mesures concrètes qui se traduiraient positivement en termes de pouvoirs d’achat des ménages et de lutte contre la cherté de la vie. Gageons en effet que cette visite soit mise à profit pour honorer l’engagement pris il y a quelques mois par la préfète s’agissant du prix des carburants et de l’étude des services de l’Etat qui devait être rendue fin juin.

Pour les carburants comme pour les biens de consommations courantes la transparence doit être faite sur la formation des prix alors que les dispositifs de réfactions de TVA sont en grande partie détournés de leur objet au détriment des consommateurs. Cette part de solidarité nationale, détournée, s’élève pourtant, à elle seule, à prés de 200 millions d’euros par an. Néanmoins l’Etat accepte depuis des décennies que cela se passe.

Mieux depuis deux ans, il ferme totalement les yeux sur la domination sans partage que le consortium des patrons corses exerce sur l’économie insulaire. Constitué en oligopole, il maîtrise désormais toute la chaîne d’approvisionnement de l'ile alors que sa responsabilité dans la cherté de la vie et la captation de ces dispositifs fiscaux est évidente.

Dans ces conditions pour confirmer la volonté de transformer en bien la vie quotidienne des Corses et pour cela de lutter contre les inégalités, le premier ministre devra commencer effectivement par annoncer des mesures de transparence susceptibles de mettre fin à cette situation scandaleuse facteur d’injustice fiscale et sociale.

Michel Stefani

Lire la suite