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Michel Stefani

La SNCM, la CGPME et l’imposture des économistes « pédagogues »

20 Mai 2015

L’étude réalisée par MM Guidoni et Siméoni pour le compte de la CGPME sur la grève des personnels de la SNCM en juillet 2014 fait la UNE de Corse Matin depuis deux jours. Le scoop repose sur le manque à gagner estimé à 125 M€. Pour arriver à ce chiffre conséquent les économistes « pédagogues », comme ils se définissent, ont consulté de nombreuses données. Ils ont pris en compte tous les modes de transports aériens et maritimes, compter les passagers « directs et induits ». Au final, ils constatent une perte de 124 200 passagers, après avoir appliqué la méthode de calcul par « ricochet » incluant les mois d’aout et de septembre. C’est d’autant plus surprenant qu'à l’Assemblée de Corse les 17 et 18 juillet 2014, il a été affirmé par l’Exécutif que sur les 30 000 passagers, détenteurs d’un titre de transport à la SNCM sur la période de grève, 27 000 ont quand même été acheminés en Corse.

De fil en aiguille les chiffres étayent une argumentation tellement à charge qu’elle devient saugrenue. La louche est large et les secteurs touchés, selon eux, représentent 29 % des établissements marchands soit 9 815 parmi lesquels 54 % sont uninominaux. Ils totalisent 21 418 emplois. Sans doute, trop influencés par la CGPME, coutumières du fait dès lors qu’il s’agit de la CGT et de la SNCM, les rédacteurs de l’étude en ont oublié l’élémentaire objectivité de la rigueur scientifique. Les négociations avec le gouvernement pour obtenir des aides y sont sans doute pour quelques choses. Quelques unes des aberrations relevées découlent de cette approximation. Notamment celle qui consiste à affirmer que ce montant de 125 M€ est équivalent en termes de salaires à 4 000 emplois. Cela ne veut rien dire le premier divisé par le second donne 31 250€. Il s’agit d’un salaire annuel chargé (17 432,5 en net 1452,63 mensuel) pas d’un emploi mais le raccourci permet d’alimenter la critique habituelle contre le droit de grève et l’action syndicale ouvrière destructrice d’emplois.

L’idée est la suivante 21 418 emplois ont été menacés (le type d’emploi n’est pas précisé temps partiel ou pas) et 4 000 emplois auraient pu être créés avec 125 M€. Quand chaque mois le chômage augmente pour atteindre 22 000 personnes le poids de ces arguments sur l’opinion n’est pas anodin. Pour enfoncer le clou, il est même précisé qu’en 40 ans il y aurait eu 1 000 jours de grèves 25 jours chaque année. c'est extravagant mais peu importe le contenu pourvu qu’on ait l’ivresse. On se souvient des inscriptions réactionnaires et menaçantes (CGT Fora !) et les dénonciations scandaleuses (« La CGT veut affamer la Corse ! »). Voila comment en détournant la colère contre les marins et la CGT, sans aborder la menace que cela fait peser sur les entreprises sous-traitantes et leurs salariés, la mort de la SNCM est sournoisement préconisée, la réduction du service public de continuité territorial est préparée et la concurrence déloyale plébiscitée.

Il se disait ici bienvenue aux low cost sur mer et dans les airs. Le pont d’or fait à ces opérateurs habitués des paradis fiscaux, a un impact, non pris en compte par nos économistes, notamment pour ce qui est du vol de la taxe de transport, du non respect du droit social ou encore de l’environnement. En quelques chiffres, il s’agit des 180 M€ d’aide sociale versés essentiellement à Corsica Ferries France, des 60 M€ donnés à Buttler, grand gagnant de la privatisation de la SNCM en 2006, des 5 M€ de taxe de transport subtilisés en trois ans. À cela peuvent s’ajouter les détournements de réfaction de TVA (environ 250 M€ annuels) qui ne bénéficient pas aux consommateurs.

La pédagogie libérale, même nustrale, fait l’impasse sur cette réalité. Marc Siméoni explique qu’on injecte 30 M€ chaque année dans les Chemins de fer. Il en déduit que cette somme réservée à l’action économique et la recherche tous les ans aurait permis « de découvrir la téléportation avant la micheline ». Ce faisant, il ne fait pas la distinction entre l’investissement annuel environ 10 M€ et la contribution financière 20 M€ et surtout il feint d’ignorer que cet argent public destiné au service public de transport ferroviaire est quasiment réinjecté dans l’économie locale. Ainsi il souligne l’enjeu du débat sur la politique de transport en traduisant la volonté patronale de capter plus d’argent public au détriment de l’intérêt général bien compris.

Enfin il eut été plus pertinent, pour ces économistes « pédagogues », de prendre le temps de consulter les notes de conjoncture pour ne pas ignorer des choses aussi élémentaires que les effets de la crise depuis 2008, la baisse du pouvoir d’achat (2/3 de la fréquentation touristique repose sur les continentaux) qui en résulte ou encore la politique d’austérité qui pèse sur la commande publique essentielle en Corse. Sans doute rendraient-ils une analyse plus conforme à la réalité économique et sociale de la Corse.

Michel STEFANI

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SNCM : l’insupportable diktat de la Commission européenne

5 Mai 2015

Pour ceux qui en doutent voici la preuve de l’insupportable volonté de la Commission européenne exprimée par la Direction générale de la concurrence pour couler la SNCM et le service public de continuité territoriale. Dans un courrier adressé à la Représentation permanente de la France à Bruxelles le 27 avril, cette instance attend des autorités françaises qu’elles se plient à l’exigence qu’elle formule : hors de question que le Tribunal de commerce de Marseille suive les conclusions du procureur général prononcées devant cette instance le 22 avril dernier.

Tout au plus cette instance non élue, sans légitimité populaire, mais comme chacun sait ultralibérale jusqu’au bout des ongles, permet aux administrateurs de prolonger d’un mois la période d’observation ouverte dans le cadre d’un dépôt de bilan sans fondement mais voulu par les actionnaires déloyaux que sont l’Etat Transdev (CDC) et Veolia.

La Commission veut un repreneur fut-il peu sérieux, insincère voire devant les tribunaux pour des affaires peu scrupuleuses, pourvu qu’il y ait, sans transmission de la DSP, discontinuité.

Dans des conditions qu’elle a elle-même établies, en réclamant à la SNCM les amendes anti-service public pour un montant de 440 M€, la Commission considère même que la SNCM ne doit plus percevoir de compensation financière au titre de la DSP en cours et déjà résiliée par le Tribunal administratif de Bastia à la demande des dirigeants de Corsica Ferries France.

Pour autant elle se garde bien d’avoir la même rigueur à l’égard de cette compagnie low cost qui a perçu plus de 150 M€ de subvention d’aide sociale. Force est de constater également que les détournements de la Taxe de transports laissent la Commission européenne comme Bercy totalement indifférents.

Comble de la provocation, la Commission estime que la baisse des réservations ne permettrait pas à la compagnie de dégager la trésorerie nécessaire pour fonctionner six mois supplémentaires en redressement judiciaire. Après avoir passé le nœud coulant elle tire de cet argument, au demeurant contestable puisque la SNCM génère de la trésorerie, pour aboutir en fait à ce qu’elle attend : la liquidation judiciaire.

Aujourd’hui l’Etat et l’Exécutif de la CTC doivent dire non au diktat de la Commission européenne qui s’immisce outrageusement dans une procédure judiciaire française pour peser sur l’organisation de la desserte de service public entre le continent et la Corse et y faire place nette aux low cost.

Michel Stefani

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