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Michel Stefani

« In cauda venenum »

28 Janvier 2015

L’année commence, c’est le moment des audiences solennelles de rentrée. Dans son discours le président du Tribunal de commerce dresse l’état des lieux de l’économie insulaire après avoir rappelé en préambule que les 3 200 juges consulaires de France n’avait « aucune carrière à défendre, aucun salaire ni rémunération à préserver, aucun intérêt personnel à sauvegarder ». Jean Marc Cermolacce dénonce à juste raison une réforme négative portée par le gouvernement Valls Hollande de plus en plus sensible aux sirènes du libéralisme et de la concurrence débridée.

Le point commun dans ces discours de bons libéraux c’est de vouloir résister « aux tenants de l’immobilisme ». De ce point de vue le président du Tribunal de commerce se place en porte à faux en expliquant que le gouvernement agit par pure idéologie pour démonter une institution qui « depuis 400 ans donne satisfaction ». Le gouvernement en effet se targue d’agir dans le sens des évolutions nécessaires, de la modernité économique. Les moins affectent l’intérêt général et la dépense - publique et sociale - utile les plus se lisent inversement sur le volume des transactions financières et les dividendes versés aux gros actionnaires.

Dans cette course à l'accumulation de richesses, la France du CAC 40 arrive en deuxième position derrière les Etats Unis du Dow Jones. La doxa européenne néolibérale s’impose ainsi dans notre pays dans tous les secteurs d’activités pour préserver la domination des marchés financiers et ces critères d’enrichissement de quelques uns au détriment du plus grand nombre.

Selon le rapport de l’ONG Oxfam, « la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016 ». Cela signifie que s'ils continuent à s'enrichir, ils posséderont plus que l'ensemble des autres habitants de la planète réunis. La quasi-totalité des 52 % de patrimoine restant sont aux mains des 20 % les plus riches. « Au final, 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5 % des richesses ».

Autant le dire Jean Marc Cermolacce ne fait aucune allusion à cette situation d’inégalité et d’injustice sociale qui s’est affirmée en Corse aussi durant les 25 années écoulées. C’est bien le résultat d’un modèle économique d’autant plus défaillant chez nous qu’il repose quasi exclusivement sur le tourisme, la rente fiscale et la commande publique. Trop sensible aux aléas conjoncturels ce modèle révèle toute sa fragilité avec la crise et son corollaire la politique d’austérité. L’aggravation du chômage de manière continue et forte depuis 2009 y compris en pleine saison touristique est tout aussi révélatrice de cette faiblesse que le nombre de procédures ouvertes au Tribunal de commerce pour cessation de paiement.

« Nous allons connaître une situation de crise comme nous n’en avons plus connue depuis 1989 ». Le spectre du grand mouvement social ressurgit dans son discours. Ainsi les victimes de cette politique seraient les principaux responsables de la situation « avec un énième conflit à la SNCM qui s’annonce en forme d’apothéose ». Le président du Tribunal de commerce redoute un « scénario à la grecque » et s’inquiète « des lourds nuages qui s’amoncellent dans le ciel de notre compagnie régionale ». La concurrence déloyale des low cost dans l'aérien et le maritime ne retient pas son attention contrairement « à l’afflux massif de main d’œuvre étrangère à bas couts » dans le BTP qui « permet d’affirmer que la bataille du chômage et perdue d’avance ».

Cette capitulation face aux 21 309 chômeurs recensés dans notre région est conforme à la réglementation, que le patronat revendique et applique parfois avec abus, selon la directive européenne, dite « services », incluant la possibilité de recourir aux « travailleurs détachés ». C’est d’ailleurs cette directive « bulldozer » qui vient aujourd’hui percuter les professions de notaires ou d’avocats dont Jean Marc Cermolacce se dit solidaire. De même, il doit savoir que les parlementaires européens de droite ont refusé que les Services d’intérêt économique général (SIEG) soient exclus du champ d’application de cette directive antisociale.

Donnant libre court à sa réflexion, on ne sait plus qui parle le dirigeant du MEDEF ou le président du Tribunal de commerce, Jean Marc Cermolacce crie cependant son amour du service public, non pour dénoncer les milliers de postes supprimés et le recul du service à la population, du fait de cette politique néolibérale désastreuse, mais pour fustiger les Chemins de fer de la Corse qui percevraient 25 millions de subvention pour seulement 5 millions de recettes. Indépendamment du chiffre inexact, on est à 22 millions de compensation financière versée au titre de la convention et du service effectué, il ne peut ignorer que cela est conforme au choix de la délégation de service public comme dans l’aérien et le maritime où toute proportion gardée le schéma est identique.

Faut-il penser dés lors, que Jean Marc Cermolacce préférerait voir les nuages qui obscurcissent le ciel de notre compagnie régionale étendre leur voile sur les Chemins de fer de la Corse ?

Alors dans un élan de générosité, il préconise la gratuité totale pour un « vrai service public » laissant entendre qu’aujourd’hui produire un million de kilomètres trains et transporter un million de passagers, parmi lesquels 1 250 étudiants gratuitement, ce ne serait pas du vrai service public. A défaut de pouvoir mettre en cause une telle évidence, le président du Tribunal de commerce défend en fait avec cynisme cette position qui n’en doutons pas fera hurler les détracteurs du service public ferroviaire en faisant croire aux usagers une chose improbable dans l’immédiat.

Comme il a pu le dire avec gourmandise dans son discours nous lui retournons l’expression latine utilisée dans la Rome antique : « In cauda venenum ».

Michel Stefani

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France : les illusions [trompeuses] d’Edmond Simeoni

3 Janvier 2015

Alors que la somme des richesses créées n’a jamais été aussi importante, 2014 s’affirme comme l’année de toutes les inégalités. Même le FMI et l’OCDE s’en alarment. Pour autant Edmond Simeoni après avoir lu le Nouvel Economiste du 12 décembre n’a pas mesuré certains aspects de la réalité économique imposée par le système capitaliste et ceux qui le dirigent.

Dans la Corse votre Hebdo du 2 janvier, il nous explique que la France (voir également sur edmondsimeoni.com France : les illusions) serait malade de sa rigidité administrative dans deux domaines celui des institutions, « archaïques » et trop « centralisées », et celui du code du travail « pléthorique mais malthusien et dans des réglementations ubuesques » qui corsettent l’entreprise à travers « un modèle économique français en retard de modernisation, donc moins compétitif ».

Edmond Simeoni parle de la France jamais du MEDEF ni du gouvernement. Il parle aussi de l’Europe jamais de la Commission ou du Conseil qui pondent des directives ultralibérales pour permettre à la concurrence déloyale de s’y déployer sans entrave. Il rêve d’une Corse dégagée du fardeau de la France « conservatrice, - « les droits acquis » - frileuse, corporatiste ; elle est sceptique sur l’union Européenne modernisée - une carte maîtresse - et à fortiori sur une évolution fédérale indispensable pour conférer une harmonie et une efficacité à l’ensemble disparate de 27 nations ».

« La France et ses prétentions ont-elles encore un avenir en tant que nation pesant un poids déterminant sur l'évolution du monde demain ? Très rares sont les prévisionnistes français ou non à tenir ce pari audacieux. Quel que soit le domaine examine (politique, économique, social, culturel) ce pays est déclassé. Et plus il perd son rang qu'il imagine encore être le premier, plus il se crispe sur des dénis de réalités. ». Une telle interrogation suivie d’une telle affirmation mérite qu’on s’y arrête.

Edmond Simeoni oublie toujours dans ses propos, c’est symptomatique, la France de 1789 de 1936 ou de 1945 comme celle des gros actionnaires. Or 2014 a été l’année de tous les records pour ces derniers. Plus de 80 milliards d’euros ont été distribués par les entreprises du CAC 40 qui ont ainsi reversé plus de dividendes que de bénéfices dégagés puisque leurs profits ont reculé de 8 % pour s’établir à 48 milliards. La voracité de la finance est telle que même le magazine « Challenges », peu suspect d’anticapitalisme, parle « d’un très gros effort qui se fait au détriment de l’investissement ». Et, s'il ne parle pas des salaires... Michel Sapin, le ministre des Finances, lui l'a fait, en exhortant les patrons à « faire en sorte que les salaires n’augmentent pas plus que la productivité de leur entreprise ».

La France capitaliste est au deuxième rang mondial, derrière les États- Unis, pour ce qui est de la rétribution des actionnaires. L’année 2014 a donc été celle de l’accélération brutale de la voracité du capital. Dès lors comment parler de « crise » sans préciser qu’elle est consubstantielle de cet appétit démesuré. Depuis 2009 la hausse cumulée des dividendes approche les 60 % dans le monde. Cette année, les 1 200 plus grandes entreprises mondiales ont distribué un peu moins de 1 200 milliards de dollars (980 milliards d’euros), soit 133 milliards de plus qu’en 2013. C’est un record.

Orange, BNP Paribas, Axa, Société générale... caracolent en tête des sociétés françaises les plus généreuses avec leurs actionnaires. De l’autre côté l’austérité fait son œuvre chômage, précarité, pauvreté, mal vie... L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans un rapport paru le 9 décembre s’en émeut : les inégalités se creusent trop. « Jamais en trente ans le fossé entre riches et pauvres n’a été aussi prononcé ».

À l’échelle de la zone de référence (pays pour la plupart du monde occidental), le revenu des 10 % les plus riches est aujourd’hui 9,5 fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres : ce rapport était de 1 à 7 dans les années 1980. Loin des antiennes libérales qui répètent que déverser des montagnes de cash au sommet de la pyramide permet un ruissellement jusqu’à la base de la société et profite à tous, le rapport établit que ces inégalités ont coûté... 8,5 points de PIB sur 25 ans.

Et de poursuivre : « Ce n’est pas uniquement la pauvreté ou le revenu des 10 % de la population au bas de l’échelle qui inhibe la croissance. Les pouvoirs publics doivent se préoccuper plus généralement du sort des 40 % les plus défavorisés. (...) Lutter contre les inégalités par l’impôt et les transferts ne nuit pas à la croissance. »

Edmond Simeoni nous interpelle : « La France peut-elle sortir de la crise historique qui la mine ? Oui, elle en a les moyens. Par de violentes secousses sociales, conformes à son histoire et capables d’amorcer une révolution démocratique et sociale authentique. C’est une hypothèse plausible ». Le pas suivant est de combattre ce système, la politique injuste et inégalitaire qu’il suscite. Cela commence maintenant. Encore faut-il qu’Edmond Simeoni ne choisisse pas, comme en 1989, le camp hostile au mouvement social.

Michel STEFANI

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2015 sera sans attendre l’année du rassemblement et de l’action pour changer de politique et reconstruire l’espoir à gauche.

1 Janvier 2015

Nous voilà à l’aube d’une nouvelle année dans un contexte où l’horizon dégagé qui nous était promis s’obscurcit invariablement. La première crainte c’est celle qui noue l’estomac de ces dizaines de milliers de personnes qui n’ont pas d’emploi, plus de 21 000 en Corse, dont le nombre augmentera toujours et plus encore si le démantèlement de la SNCM intervenait conformément au choix du gouvernement, des actionnaires Transdev et Veolia et du président de l’Exécutif.

Perdre son emploi subir la précarité, s’interroger sur l’absence de logement, la pauvreté qui guette, la mal-vie sans pouvoir manger à sa faim, se soigner... dans notre pays qu’est la France des Lumières, cette angoisse envahit le quotidien de dizaines de millions de personnes. La Corse n’y échappe pas. L’année, s’achevant ainsi, a été marquée par la désolation laissée dans le sillage d’une politique gouvernementale d’austérité d’autant plus dure qu’elle accentue la crise renoncement après renoncement.

Les responsables de ce glissement à droite mortifère avaient promis de combattre la finance pour être élu en 2012. Désormais ils se couchent dans son lit en expliquant que la gauche ses valeurs et ses principes ont vécu. L’homme symbole de cette métamorphose ultralibérale porte un nom à la prononciation synthétique. En lançant sa loi éponyme, le clone de banquier fait table rase du pacte de responsabilité dont il reconnaît l’inefficacité et veut aller plus loin dans le dé-tricotage du droit du travail.

Le MEDEF revendique et obtient d’un premier ministre acquis à sa politique antisociale. Même la réforme territoriale et le "choc fiscal" sont dictés par le syndicat patronal avide de "compétitivité". Paradoxalement ce mot ils l’associent à "modernité", or nous voyons bien, sous le vernis clinquant, apparaître la sombre couleur des réductions budgétaires. Le rouleau compresseur du libéralisme déloyal est ainsi actionné depuis la Commission européenne jusqu’à la plus petite commune de Corse.

Les moins sont partout : moins de services publics, moins de fonctionnaires, moins d’investissements... alors que la pression fiscale est augmente sur les ménages populaires. L’impôt sur le capital lui se veut « non dissuasif » jusqu’à la caricature. Bon élève notre gouvernement se félicite d’avoir empêché à Bruxelles l’instauration d’une taxe sur les transactions financières en Europe. C’est dans ce cadre de l’adaptation à l’austérité budgétaire que les projets d’une collectivité unique et d’un paquet fiscal ont été adoptés par l’Assemblée de Corse. Dans les deux cas, le groupe des élu(e)s communistes et citoyens du Front de gauche a voté contre en toute logique.

En effet, l'organisation administrative locale avec ses 4 échelons : commune, intercommunalité, département, région, n’est ni le facteur de l’urgence sociale ni l’obstacle pour y trouver réponse. Avec des sources de financement multiples les politiques publiques locales ont plus de chances d’aboutir en donnant tout son sens à la clause de compétence générale appelée à disparaître. Voila pourquoi, comme nous l’avons défendu, toute réforme fiscale devrait reposer les principes, républicains conjuguant justice fiscale et sociale avec solidarité nationale et péréquation.

Cependant, s’il on s’en tient à la date prévue pour les prochaines cantonales, les futurs candidat(e)s une fois élus seraient promis à disparaître aux prochaines élections territoriales. C’est peu démocratique et peu compréhensible pour l’électeur qui sera fondé à s’interroger sur l’intérêt de son vote dans ces conditions sauf à choisir les candidats anti-austérité qui seront à la fois pour le maintien du département et la consultation des Corses.

Le réveil tardif des Conseiller généraux de Haute Corse, évoquant « le mépris » manifesté à leur égard par les élus de l’Assemblée de Corse, est sans doute dû à l’analyse de cette contradiction. Pour ce qui nous concerne, nous y voyons une atteinte à la souveraineté populaire et une mise à l’écart plus importante du citoyen alors qu’il réclame participation et proximité. Face à cela nous demandons que soit organiser un référendum avant l’adoption définitive de la loi pour vérifier si cette réforme est effectivement conforme à la volonté du peuple.

Et si 2015 ne peut être l’année du démantèlement de la SNCM et du service public de continuité territoriale, de l’avènement sans référendum de la collectivité unique avec ses corollaires, le pouvoir unique et la réforme fiscale injuste, elle sera sans attendre celle du rassemblement et de l’action pour changer de politique et reconstruire l’espoir à gauche.

È sobra à tuttu ch’ella sia per tutti un’annada cun Pace e Salute.

Michel Stefani

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