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Michel Stefani

Aléria 21 août 1975

25 Août 2014

Le 39ème anniversaire des événements d’Aléria a été marqué par l’édification d’une stèle sur les lieux mêmes où « l’acte fondateur de la résistance contemporaine » aurait été posé. Celui qui conduisait le commando à l’époque n’a aucune hésitation.

Pourquoi cette année et pas l’année prochaine qui sera celle du 40ème anniversaire ? L’interrogation a du sens. Peut être parce que cette année est celle du sacre du fils à Bastia ?

Edmond Simeoni parle à cette occasion de la France. « Après Ponte Novu, de 1769 à 1812, la France enferme la Corse dans une répression terrible, féroce, avec les colonnes infernales dans les villages, les pendaisons, les viols… S’en suit une politique de francisation forcenée. Quand la contestation renait, dès les années 1960, la France n’admet pas une seule seconde que la Corse peut échapper au carcan du droit commun de la mise en valeur coloniale... ».

Plus de 200 ans d’histoire d’où sont extraites deux dates celle du 30 novembre 1789 et celle du 9 septembre 1943. La référence à ces dates est en soi une démonstration opposée qui donne une autre vision de la lente et complexe évolution de notre société. Le 23 août 1975 la Fédération de la Corse du Parti communiste français fait une déclaration qui sera tirée à plusieurs milliers d’exemplaires et distribuée. Elle donne toujours des éléments de compréhension de la situation politique de l’époque. Elle était intitulée : Vive la France.

Michel Stefani

le 23 août 1975

Vive la France

Après Aléria, Bastia

Après les morts de la plaine orientale, les morts de la Place St Nicolas !

Assez !

C’est le pouvoir giscardien qui porte la responsabilité principale des événements que la Corse connaît.

C’est le pouvoir de la grande bourgeoisie qui refuse de faire droit aux revendications légitimes du peuple Corse.

C’est le pouvoir qui fait obstacle à l’épanouissement de la culture insulaire. C’est le pouvoir qui refuse aux Corses leur droit à une large démocratie.

C’est le pouvoir qui, en se lançant brutalement dans la répression, porte la responsabilité du sang versé.

La suspension de deux fonctionnaires ne saurait suffire.

Poniatowski démission ! Tous les Corse exigent que le principal fauteur de désordres soit exclu des hautes responsabilités qu’il est incapable d’assumer. Ils exigent de même :

- Le retrait du dispositif exceptionnel de répression dont la présence constitue une source de provocation.

- La réunion sur le champ de l’Assemblée régionale.

- L’inscription de la question corse à l’ordre du jour de la session extraordinaire du Parlement. Après la série de plasticages qui dure depuis des années, après la série de saccages et de pillages des magasins, voici la série des affrontements armés, voici la série des morts. Nous l’avions hélas prévue : la répression ne règle jamais rien.

A qui fera-t-on croire que, depuis des années, avec des forces de police aussi nombreuses, avec la publicité que recherchent les auteurs de ces actes, que nous ne sommes pas en présence d’une immense machination politico-policière.

Devant de tels faits, l’alternative : le pouvoir d’Etat est-il faible ou complice ? Mérite la seule réponse possible : complicité !

Complicité ! Le pouvoir d’Etat est complice lorsqu’il fait la sourde oreille aux multiples avertissements de mise en garde venant de tous côtés : IL FAUT SAUVER LA CORSE DE LA MISERE.

Complicité : le pouvoir d’Etat est complice lorsqu’il couvre les agissements frauduleux des milliardaires de la côte orientale, Corses ou rapatriés, devant les accusations de petits et moyens viticulteurs honnêtes : IL FAUT ARRETER LES FRAUDEURS ET LES TRAFIQUANTS DE VINS ET DE TERRE !

Complicité ! Le pouvoir d’Etat est complice lorsqu’il laisse se déployer librement des bandes de gens armés qui mettent à sac des magasins, fruits du travail et de l’épargne des petites gens. Corses ou non.

§ § §

Mais un pouvoir d’Etat peut être complice sans cesser d’être faible : il est aussi faible parce qu’il n’a pas et n’aura jamais le concours de la population laborieuse. Comment pourrait-il en être autrement, cette population a été réduite à la misère : le coût de la vie est chez nous 30 % plus cher que sur le continent et les salaires y sont les plus bas de France.

Comment pourrait-il en être autrement ? Cette population a été privée de sa véritable représentation, par des charcutages de cantons, par le scrutin d’arrondissement, par l’absence d’un système électoral fondé sur la représentation proportionnelle : notre Parti n’a pas les représentants auxquels lui donne droit son influence réelle.

Mais cet Etat, c’est l’Etat des grands monopoles. Il n’a cure de la Corse et de ses intérêts ! Cet Etat engendre naturellement injustices et scandales parce que le plus grand des scandales c’est cet Etat lui-même, l’Etat des grands capitalistes qui mettent tout le pays en coupe réglée.

§ § §

Cet Etat est l’Etat qui ne veut et ne peut régler les problèmes économiques, sociaux, culturels et politiques que par la police.

Or, lorsque cette police est dirigée par un Ministre dont les sentiments à l’égard des Corses sont bien connus, il n’est qu’une solution qui s’offre au Parlement et au Président de la République : IL FAUT DEMISSIONNER PONIATOWSKI.

C’est la seule mesure d’apaisement qui vaille dans l’immédiat.

La fébrilité a réagir à Aleria, sans aucune tentative sérieuse de négociation préalable, son incapacité à assumer la simple sécurité publique depuis des années en Corse où pratiquement chaque nuit retentit le plastic, bref, son irresponsabilité est totale. Elle est amplement démontrée par le sang versé tant en France continentale qu’ici même.

Si l’on veut éviter l’escalade, il faut que Poniatowski s’en aille.

La France, notre France celle pour qui sont morts nos frères, les Jean Nicoli et les Dominique Vincetti, les Emile Reboli et les Jules Mondolini, ce n’est pas celle des grands capitalistes qui l’ont toujours trahie, qui ont fait le lit des irrédentistes qui hier voulaient faire de cette île une province du fascisme italien et qui aujourd’hui poussent au désespoir notre population et sa jeunesse, créant ainsi le terrain propice à tous les séparatismes.

Le drapeau de l’unité nationale brandi par le pouvoir ne trompera personne.

La Corse n’a pas de leçon de patriotisme à recevoir des monopoles capitalistes et de leur pouvoir. La France, notre France, c’est celle de la grande révolution de 1789 à laquelle nos pères se sont librement rattachés, c’est celle à laquelle s’est ralliée la grande insurrection libératrice de septembre 1943.

Nous communistes de Corse qui nous sommes levés avant le jour pour combattre le fascisme qu’il vienne d’Italie ou qu’il soit de France, nous disons NON au mot d’ordre chauvin, raciste et fasciste « I Francesi Fora ! ». De tels mots d’ordres racistes peuvent être retournés par les groupes réactionnaires continentaux à l’égard des centaines de milliers de nos compatriotes installés sur le continent.

Nous pour qui tous les ouvriers sont frères, nous reprenons le vieux mot d’ordre : PROLETAIRES DE TOUS PAYS UNISSEZ-VOUS !

Nous en appelons à tous les Corses, à tous les travailleurs de Corse, d’où qu’ils viennent, pour qu’au coude à coude avec les travailleurs, nos frères, qu’ils soient d’Arras ou de Marseille, qu’ils soient arabes, portugais ou italiens, ils trouvent sur cette terre d’hospitalité la solidarité nécessaire pour crier avec nous : LES GRANDS CAPITALISTES, FORA !

Nous en appelons à tous les travailleurs de Corse pour qu’ils s’unissent et s’organisent dans des comités d’action et de défense de la Corse afin d’agir pour faire de cette Corse une terre où il fera bon vivre.

Vive la Corse, vive la France.

FEDERATION DE LA CORSE DU PARTI COMMUNISTE FRANCAIS

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Michel Stefani : je vais me présenter aux sénatoriales

9 Août 2014

Le conseiller territorial et secrétaire du Parti communiste en Haute Corse annonce à Corse Matin qu’il sera candidat aux élections du 28 septembre. Il fait un tour d’horizon de l’actualité régionale.

Interview réalisée par Jean Baptiste Croce parue ce jour dans Corse Matin

Socioprofessionnels inquiets, chômage en hausse la Corse s’enfonce dans la crise ?

La suractivité estivale ne permet plus de freiner le chômage. L’économie du low cost et de la mono activité touristique, tributaire de la conjoncture, s’étouffe alors que la commande publique recule.

La grève à la SNCM n’a rien arrangé !

Imputer cette dégradation à ce conflit est faux, comme stigmatiser le syndicalisme en visant la CGT est dangereux pour la démocratie.

Les organisations syndicales auraient pu renoncer à prendre la Corse en otage ?

En négligeant le préavis d’un mois, c’est le gouvernement qui a pris la Corse en otage !

Pour autant l’impact est réel !

Des chiffres fantaisistes ont été annoncés 230 000 passagers perdus, 120 millions d’euros en moins pour l’économie locale. En réalité sur 30 000 passagers concernés 28 000 ont pu venir en Corse. L’impact économique, non encore vérifié, serait d’environ 15 millions. Par contre la SNCM c’est 25 millions par an et 600 emplois directs quant au vol de la taxe de transport par les low cost c’est 5 millions sur 3 ans.

« ouvrir la perspective sur un cap à gauche »

A l’assemblée de Corse vous avez voté contre une motion réclamant le service minimum ?

Cette motion de la droite parlait aussi de « violence faite à la Corse ». Quand, contrairement aux engagements écrits du ministre des transports, une procédure collective doit être engagée au Tribunal de commerce avec des milliers de licenciements à la clé, à qui est-il fait violence ?

La compagnie est en difficulté ne faut-il pas accepter qu’elle change ?

La concurrence déloyale impose une logique prédatrice du service public et destructrice des droits sociaux. Pour faire bonne mesure, les travailleurs devraient accepter docilement d’être licenciés. Le service minimum, voté par tous les groupes de l’Assemblée sauf le notre, vise à ça.

Néanmoins, ne devraient-ils pas renoncer à des avantages ?

Pourquoi ne pas inverser le raisonnement et exiger de Corsica ferries qu’elle s’aligne au pavillon 1er registre français. Non seulement pendant 10 ans ça n’a pas été fait mais avec l’aide sociale une prime au dumping social, fiscal et commercial lui a été versée.

Le gouvernement a fait publier le décret de pavillon national

Il a tardé mais si les contrôles sont faits, il devrait permettre d’assainir les pratiques.

Le Concordia est arrivé à Gênes sans incident.

Toutefois, si la maîtrise technologique a tourné à la démonstration, chaque jour des dizaines de navires naviguent dans le canal de Corse après être passés par Bonifacio. La course aux profits dans le transport maritime est ici un risque permanent. Dernièrement un navire de Corsica ferries est entré au port de Bastia à la remorque avec une brèche sous coque.

Mélenchon s’éloigne du PC, le Front de gauche, s’étiole ou en êtes-vous ?

S’il y a des choses à changer au Front de gauche, nous devons y travailler sans instrumentaliser les désaccords. L’objectif des communistes est ainsi de le faire rayonner pour ouvrir une perspective sur un cap à gauche.

Municipales et européennes ne lui ont pas été favorables ?

Le dénominateur commun de ces deux élections c’est la sanction du renoncement de François Hollande. Sa politique de droite assèche l’espoir à gauche. Même si nous résistons bien dans les villes dirigées par un maire communiste, nous avons soufferts du mécontentement qu’elle produit à gauche.

« le peuple doit être consulté »

Mais, peut-on rester enfermés sur le clivage droite-gauche ?

La recomposition politique c’est le « non changement ». Les démarches sont comparables entre la réforme pour établir des régions de taille européenne aptes à la compétition économique la plus féroce et la surenchère permanente qui dans ce cadre, toujours plus libéral, situe la Corse en marge de la solidarité nationale incontournable dans son cas.

Vous êtes en désaccord avec Paul Giacobbi ?

Sa fuite en avant sur la réforme interpelle et le désaccord ressort dans les votes. De même quand il explique qu’à Bastia, la gauche n’a pas perdu, il conforte une stratégie d’alliances « hors clivages » et l’affaiblissement de la gauche.

Toutefois François Tatti et Emmanuelle de Gentili ont été élus !

Sans la trahison des électeurs de gauche c’eut été mieux et Bastia serait restée à gauche. Incontestablement la principale force politique à gauche était la liste de la majorité sortante avec laquelle ils n’ont pas voulu d’union.

Les partis et leur logique d’appareil n’ont-ils pas empêché cette union ?

François Tatti vient de constituer un parti après les avoir dénoncés. Mais au delà de sa volte face la mise en cause des partis consacre l’exercice d’un pouvoir personnel. Dans une région où la démocratie est fragilisée par la dérive mafieuse, elle peut avoir des conséquences graves.

La majorité régionale a souffert de cet épisode ?

Bien sur il y a eu des tensions d’autant que les positions divergent sur l’évolution institutionnelle et constitutionnelle devenue au fil de la mandature un préalable à tout.

Jean Charles Orsucci parle de cheminement vers la paix ?

Cela interpelle plus encore si dans cet esprit cette évolution est en quelque sorte une monnaie d’échange...

La visite de Marylise Lebranchu a semble-t-il relancé le dialogue ?

Elle n’a que confirmé ce que nous savons depuis le longtemps. La représentation de la Corse ne peut à elle seule décider de changer la Constitution du pays. En revanche nous pensons que le peuple doit être consulté dans tous les cas.

« déposer les armes, c’est bien, les mettre au pilon, c’est mieux »

Elle a mis l’accent sur le logement social ?

C’est le bons sens. Pour cela pas besoin de passer par le Congrès du parlement. La spéculation, la pénurie de logements sociaux, comme la cherté de la vie et les bas salaires, relèvent avant tout de choix politiques non « d’obstacles institutionnels et constitutionnels ».

Serez-vous candidat aux sénatoriales ?

Oui avec Marie Jeanne Fedi, adjointe au maire de Vescovato.

Avec quel message

Défendre la décentralisation contre le projet libéral destructeur de la démocratie locale, des emplois statutaires et des services publics. Une fois l’Etat dégagé de ses obligations de solidarité, sa tutelle sera renforcée pour décliner la politique européenne des marchés financiers.

Les régionales auront lieu en décembre 2015, plusieurs élus de la majorité régionale ont interpellé Paul Giacobbi, vous non ?

Notre préoccupation n’est pas de savoir si Paul Giacobbi nous accepte sur sa liste mais ce qu’il faut faire pour reconstruire l’espoir à gauche. Empêcher la droite de reprendre la région, nécessite, à nos yeux, d’être lisibles et identifiables à gauche face à l’urgence sociale.

Le rapprochement de Paul Giacobbi avec les nationalistes vous met hors jeu ?

Les libéraux en rêvent. Sur le fond il s’agit de substituer au positionnement et au contenu de gauche le préalable institutionnel et constitutionnel. Si cette confusion persiste la manœuvre de Bastia pourra se répéter à la région pour nous écarter et avec nous la contestation du libéralisme.

Les clandestins ont déposé les armes est-ce un tournant politique ?

Déposer les armes c’est bien les mettre au pilon c’est mieux. Après des années de plomb, d’attentats, de morts, ce climat ne pouvait perdurer. C’est une situation nouvelle. La jeunesse et le monde du travail la transformeront en tournant politique s’ils se mobilisent sur la question sociale.

Jean Guy Talamoni propose un scénario à l’écossaise, avec un processus de dévolution qui conduirait à terme à un référendum sur l’indépendance, qu’en pensez-vous ?

C’est au peuple d’écrire le scénario.Seulement au peuple.

Propos recueillis par

Jean Baptiste Croce

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Di sparte si a manghjatoghja cum’elli ferebbenu i porchi (se partager l’auge comme le feraient les porcs)

5 Août 2014

E Ghjurnate internaziunale di Corti ont accueilli plusieurs élus qui sous ce même chapiteau auraient été qualifiés, il y a peu, de représentants de « la classe politique traditionnelle ». Désormais ils sont « progressistes » et le microcosme médiatique insulaire les adule. « Corsistes », ils incarnent forcément la modernité et le dynamisme.

Récemment ils ont même voté le service minimum dans le transport maritime. C’est dire si lutter contre la déréglementation, le dumping fiscal et social, est archaïque. Pour ces néolibéraux, il faudrait voir le progrès dans la concurrence déloyale et ainsi accepter le low cost, les « travailleurs détachés » sous payés, avec une couverture sociale inférieure, « afin de passer d’une société perfusée à une société productive » nous dit Emmanuelle De Gentili.

Les détournements de réfactions de TVA au détriment des consommateurs ou de la Taxe de transports au détriment des usagers sont certes le fait de gens indélicats mais ils perdurent sans perturber la dirigeante nationale du PS encore moins son gouvernement. Aussi sa formule a dû en ravir plus d’un au cabinet du premier Ministre où on taille dans la dépense publique. Les moins sont pour ces nantis retraités, salariés, fonctionnaires les plus pour le MEDEF. Dans la foulée les budgets des hôpitaux comme des services publics en général fondent aussi vite que les dotations aux collectivités locales. La « société productive » c’est finalement celle des chômeurs en masse. En Corse ils sont plus de 20 000, nouveau record. Pour eux c’est la lourde peine : chomage, vie chère, précarité et pauvreté.

La vie en low cost existe chez nous mais elle était absente des discours de Corté. « La place de la Corse dans la réforme », engagée par le président de la République, en revanche y était. Et si la spécificité insulaire doit être maintenue par rapport aux autres régions métropolitaines, il faut surtout dire pour qui et pour quoi. Car après trois décennies, évolution après évolution, l’amplitude des inégalités s’est accrue et l’usage des compétences dévolues, notamment dans les transports n’a pas été convaincant.

A présent il faudrait supprimer les départements, vider de leur substance les communes créer des méga régions aptes à la compétition économique européenne la plus féroce opposant les territoires et les hommes. Des pays entiers sombrent dans la crise entretenue par cette politique de prospérité des marchés financiers et la Corse devrait s’y précipiter au lieu de s’en préserver en suivant l’exemple de la Catalogne ou de l’Ecosse. Dans cette course à l’abîme des grandes régions européennes la Corse, à plus forte raison à la périphérie de la solidarité nationale, ne peut avoir un avenir radieux.

Voila pourquoi, un débat sur ces enjeux eut été instructif au-delà des poncifs antijacobins d’autant que Jean Guy Talamoni a enfoncé le clou : « Quelle que soit l’évolution que connaîtra la Corse sur le plan institutionnel dans les années à venir, nous ne reconnaîtrons jamais le principe de la tutelle française sur notre pays ». C’est bien du rapport à la France qu’il est question et au cœur de celui-ci, de la juste répartition de la richesse produite dans le pays.

Au menu également, « de ce rendez-vous politique incontournable » : les prochaines régionales. Le préalable de la violence indépendantiste étant tombé, l’accès au pouvoir des élus nationalistes de toutes tendances devient possible. Jean-Baptiste Luccioni confirme : « Le préalable est bien levé, sans compromis, ni compromission ». Au concert des louanges le Maire de Pietrosella, tout un symbole, ajoutera même : « Le FLNC a contribué à préserver l’équilibre de la Corse et lui a permis d’être ce qu’elle est ».

A retenir enfin une phrase de Jean Guy Talamoni : « si tout ce qui est immatériel est écarté au nom du pragmatisme, que reste-t-il de la politique : di sparte si a manghjatoghja cum’elli ferebbenu i porchi ? » (se partager l’auge comme le feraient les porcs). Celle-ci, destinée aux « nationalistes modérés », n’a que survolé la nouvelle première adjointe PS de Bastia, alliée de Femu a Corsica et de l’UMP, pour laquelle « il faut regarder devant ». Ainsi le consensus des élus doit être préservé et la cible désignée « la haute administration jacobine ». La formule est du Conseiller Exécutif candidat aux sénatoriales Pierre Ghionga. C’est la posture libérale classique plus on tire sur l’Etat plus les responsabilités politiques sont diluées.

Michel STEFANI

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Jaurès en notre temps

1 Août 2014

Dans le cadre de la soirée d’hommage à Jean Jaurés, organisée à l’Espace d’éducation populaire Albert Stefanini sous l’égide de Terre Corse, Michel Stefani a prononcé cette allocution.

Homme de l'avant 1914, Jean Jaurès pourrait ne rien avoir à dire aux femmes et aux hommes de 2014. Célébrer le centenaire de sa disparition serait alors, au mieux, un passage obligé dépourvu de sens. Avec Jaurès, dont on a envie de dire qu'il est plus que jamais notre contemporain, tel n’est pas le cas. A l’heure où une partie de la gauche perd son identité, où la République s’affaiblit dans le libéralisme insatiable, où l'idéal le cède facilement au pragmatisme, où les nationalismes menacent la paix du monde, se tourner vers lui est indispensable. Nous aurions tort, effectivement aujourd’hui, de nous passer de ses réflexions.

Comment penser la fraternité des peuples dans le respect des nations ? Comment défendre la justice sociale et résister au diktat d’un capitalisme financier mondialisé ? Comment penser la révolution ? A toutes ces questions qui continuent de se poser, il a tenté de répondre. Autour de la dernière interrogation va se structurer la scission à gauche, entre communistes et socialistes... La controverse de Lille avec Jules Guesde le 26 novembre 1900 en sera l’un des moments les plus marquants.

Après l’attentat de Sarajevo, il fera tout pour empêcher la déflagration militaire en Europe. Son assassinat met un terme à ses efforts et précipite la majorité de la gauche française dans l’Union sacrée, beaucoup de socialistes et de syndicalistes qui refusaient jusque-là de soutenir la guerre changeront d’avis. Proche des milieux monarchistes et d’extrême-droite son assassin Raoul Villain sera acquitté en 1919. Inspiré par ces courants de pensée réactionnaires, il voulait, en tuant Jaurès non seulement, tuer l’homme opposé avec force à la guerre et à ses atrocités, mais également tuer l’espoir d’un règlement pacifique.

Ainsi, commémorer n’est pas célébrer, c’est faire œuvre de mémoire afin de comprendre en honorant ceux qui ont souffert et donné le meilleur d’eux-mêmes, souvent leur vie. Ils ont droit à ce respect. Mais il ne s’agit pas d’abdiquer les droits de la raison, de tout céder à l’emballement sentimental. Jaurès a su penser et parler librement de la patrie, la démocratie, la République, le socialisme, la condition ouvrière. Contrairement à ce qu’a dit François Hollande il ne s’agit pas de s’accaparer l’homme et son action remarquable mais de commémorer un événement mondial de première importance.

Personne ne peut se réjouir de la souffrance et du drame, mais quand ils sont le fait des hommes, il faut comprendre et pour cela, penser et connaître. Au-delà de la compassion humaine, c’est à cela que les commémorations sont utiles. Aux lycéens d’Albi Jaurès dira : « L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir.» Il était un penseur et un acteur politique de première importance. Pensée comme action sont d’autant plus complexes, évolutives et difficiles qu’elles cherchent à être efficaces dans un monde changeant sans cesse.

Jaurès savait bien que la guerre entraînerait un recul de civilisation, que tout son effort pour une évolution progressive de la démocratie et de la République sombrerait avec un tel déchaînement de violence et de massacres, que les antagonismes sociaux et politiques allaient se manifester tout autrement. Jaurès avait pressenti d’ailleurs la révolution russe et n’aurait surement pas été surpris de sa forme bolchévique. L’aurait-il acceptée ? La question se pose.

Toute sa réflexion est en effet tournée vers ce qu’il appelle «l’évolution révolutionnaire» nourrie par cet antagonisme. Il y voit une grande loi des sociétés où tout se transforme sans cesse. Le combat politique et social doit, selon lui, intégrer cette donnée fondamentale et se placer dans la perspective de sociétés démocratiques où il faut rassembler, s’adapter et construire les meilleurs rapports de forces. Pour connaître l’analyse de Marx qu’il partageait sur bien des points Jaurès n’en contestera pas moins la méthode pratique. Il bouscule ainsi la tradition communiste comme il bousculait de son temps les guesdistes. Il bouscule au moins autant sinon plus la tradition socialiste car il refuse l’adaptation au capitalisme, le renoncement aux idéaux et aux objectifs. Jamais il ne perd de vue la nécessité d’insérer dans la réalité plus de démocratie, plus de droits, plus de formes de vie collective et sociale, plus d’éléments socialistes…

On peut dire beaucoup de choses de nos jours mais on ne pourra pas contester ses choix fondamentaux : justice, démocratie, paix, république, socialisme, au minimum le primat de la propriété sociale. C’est sans doute le secret de l’évolution de son image. Dans les premières décennies après la guerre, on retient davantage le premier aspect, et Jaurès semble camper à la droite du mouvement ouvrier, dans une posture à la fois critique et républicaine. Il est davantage sollicité depuis quelques décennies pour la partie de son œuvre consacrée à l’alternative au capitalisme, et du coup, Jaurès se replace bien à gauche, là où est son idéal.

Symbole de la lutte contre la guerre, contre les guerres, en ce moment cela a du sens, Jaurès est aussi celui qui s’empara de la question sociale pour faire de la République le régime de tous par tous, le socialisme. L’épanouissement de chaque individu était, à ses yeux, toujours plus complet dans la vie collective. Et pourtant, cela n’était pas si évident car il aurait pu avoir un tout autre destin. Né à Castres en 1859 dans une famille de la petite bourgeoisie, déclassée par le retour à la terre, il intègre l’école normale supérieure. Meilleur de sa génération, il est promis à un brillant avenir au sein de l’élite républicaine.

En 1885, il est élu député et devient à 26 ans, le plus jeune élu de la Chambre. Dans ses premiers engagements, il sera plus proche de Jules Ferry et des républicains modérés, il est alors moins à gauche que Clémenceau qui condamne la colonisation. Mais Jaurès est un républicain sincère qui croit à la raison, cherche à analyser les événements qu’il vit et affronte avec courage parfois même physique.

En 1892, il est scandalisé quand le propriétaire de la mine de Carmaux veut renvoyer un de ses ouvriers qui a été élu maire de Carmaux contre son gendre. Jaurès se lance dans cette grande campagne de mobilisation pour obtenir la réintégration, fait le lien avec Paris, intervient dans la presse et gagne. Il sera élu à l’élection législative partielle qui suit immédiatement ce qui fut le premier affrontement de classe pour cet enfant de la République. Il sera réélu lors des nouvelles élections générales de 1893. A partir de cette date, il s’engage de plus en plus dans le camp du socialisme et de la classe ouvrière, il démultiplie son activité journalistique. Il est présent partout pour soutenir la cause de ceux qui travaillent. C’est ainsi qu’en 1896, il soutient les verriers d’Albi et apporte tout son soutien à la création de leur coopérative. Mais il est aussi l’homme de la lutte contre toutes les injustices.

En 1898, il s’engage dans la défense de Dreyfus accusé et condamné parce que juif. Jaurès ne fut pas le premier de ses soutiens et a cru comme beaucoup à sa culpabilité. Mais devant les faits, il s’engage à fond, intervient à l’Assemblée et relance la mobilisation pour obtenir l’annulation du jugement car il ne voulait pas se contenter d’une grâce octroyée d’en haut. C’est à propos de l’affaire Dreyfus et de la place que devait tenir la campagne de mobilisation dans l’action des socialistes que Jaurès débat avec Jules Guesde, l’autre grand dirigeant socialiste de l’époque. Fallait-il que les socialistes s’engagent dans la défense de Dreyfus issu des milieux bourgeois et militaires ? Ou fallait-il donner la priorité seulement à la question sociale ?

Pour Jaurès, le socialisme est dans l’accomplissement de la justice, il ne fallait donc accepter aucune injustice. Malgré leurs désaccords, sous les auspices de l’Internationale socialiste, Guesde et Jaurès engageront l’unification de tous les courants socialistes pour créer la SFIO en 1905.

Jaurès est aussi un des principaux artisans de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat et quoi qu’on en dise parfois fonde aujourd’hui notre vivre ensemble, il sut là trouver la voie d’un compromis mais d’un compromis de progrès, une loi qui permette à tous de se retrouver dans le respect de la liberté de conscience et de la neutralité de l’état en matière religieuse.

Oui Jaurès avait le sens du compromis et, à l’inverse de ce que l’on peut entendre dans la bouche de nos gouvernants, ce n’était pas pour accepter ou faire accepter des régressions sociales mais bien pour changer la société avec, toujours, la visée progressiste chevillée au corps. En 1910, il œuvre ainsi pour les retraites ouvrières premiers pas vers une sécurité sociale. Et s’il n’a jamais participé au pouvoir, il a toujours pensé que les révolutionnaires devaient y prendre toute leur responsabilité à condition d’aller vers du mieux non pour accepter les pires reculs au nom du réalisme. Sa vision ne pouvait être celle de l’impuissance politique. Les réformes, il les rattache donc à un horizon, pour lui ce sont des réformes révolutionnaires qui préparent et introduisent même au sein du capitalisme des formes de socialisme, de communisme.

Et quand Jaurès perd des élections, il n’en rabat pas pour gagner la fois d’après. Homme de convictions, ce sont elles qui fondent son engagement.

Mais Jaurès n’est pas qu’un parlementaire, il est aussi un journaliste engagé, de la Dépêche du midi, de la petite République, de l’Humanité enfin qu’il fonde en 1904. L’Humanité, qu’il veut socialiste et indépendant, l’Humanité qui encore de nos jours dérange dans le paysage médiatique conventionnel, lui permettra d’intervenir dans tous les débats et surtout ceux relatifs à la paix et à la guerre.

Alors suffirait-il aujourd’hui de revenir à Jaurès pour bien se situer à gauche ? Observons d’abord qu’à gauche, ils ne sont plus très nombreux à s’en réclamer alors que sous les ors de la République le Clémenceau de la répression antisociale et du jusqu’au boutisme guerrier serait la référence la plus juste.

Voila pourquoi Jaurès, se définissant lui-même comme un héritier de Babeuf, reste une référence majeure :

• pour la morale en politique quand celle-ci est souvent disqualifiée aux yeux de nos concitoyens par les affaires Cahuzac, Sarkozy…

• pour la paix quand la guerre redevient le moyen d’assurer les intérêts impérialistes dans le monde

• pour la justice sociale alors qu’aujourd’hui toute réforme est symbole de régression.

Nous voyons ainsi le journaliste méticuleux défenseur des grandes causes. Nous voyons ainsi le militant de chaque instant convaincu de la justesse de ses idées. Alors que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de son vivant, nous voyons ainsi la promesse d’un monde meilleur. Le combat pour l’émancipation humaine passe par cette référence ineffaçable du mouvement ouvrier honneur de la gauche et du socialisme.

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