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Michel Stefani

Emmanuelle Degentile : « les bastiais ont donné les clés de la ville à Gilles Simeoni »

22 Mai 2014

En marge d’une conférence presse pour appeler à voter Vincent Peillon, la première adjointe socialiste de la ville de Bastia s’est exprimée sur l’action de la nouvelle majorité municipale. Ses propos n’ont fait que confirmer le ressenti de nombreux bastiaises et bastiais. Ceux-ci se demandent de plus en plus comment il est possible de passer de la critique virulente à une telle aplasie verbale.

Mis à part le fait que la nouvelle gestion se traduise en ces termes « nous avons des projets puisque nous les avons présentés aux bastiais et qu’ils ont décidé de donner les clés de la ville à Gilles Siméoni ». Nous avons appris que ces projets qui doivent changer la physionomie de la ville (en déshérence pendant 45 ans nous disait-on) sont «le parking de la place St Nicolas et le cinéma de plein air à Toga à l’étude ». Nous voila rassurés même si le conseil municipal n’a pas validé ces études.

Pour la première adjointe socialiste «Il est très cocasse d’avoir des critiques alors que nous sommes en place depuis un mois». Que n’a-t-elle dit ? Elle qui, plus est, fut en charge de l’urbanisme dans la précédente municipalité. Avec un tel raisonnement la critique est justifiée que quand elle vise les autres.

Là où elle mérite une distinction, c’est quand elle reproche la stigmatisation «du maire étiqueté nationaliste» après les incidents survenus le 10 mai à la suite de la manifestation à laquelle il participait conformément «aux idées qui fondent son engagement politique». Pour autant il est assez surprenant d’entendre dire au nom de l’apaisement que «sous la précédente mandature les manifestations ont plus dégénéré». Analyser de cette façon on pourrait penser qu’elle en redemande. En tout cas qui ne dit mot consent.

Dernier point intéressant de cette communication de la première adjointe socialiste, il s’agit du port de la Carbonite un dossier en gestation depuis 2004 à la CTC mais qui, semble-t-il n’est pas bien maitrisé par la Conseillère exécutive. Elle explique en effet « nier qu’il y aurait des transformations c’est mentir aux bastiais ». Elle parle d’or, d’autant que les études qu’elle réclame pour justifier une action statique ont été pour partie réalisées par certains de ses collègues de l’Université de Corse. (Courantologie : Bernard DI MARTINO, Végétation marine : Vanina PASQUALINI, Qualité de l’eau : Antoine ORSINI et Joséphine FOATA)

Le Conseil scientifique indépendant mis en place pour veiller aux atteintes sur le milieu naturel a eu ces études. Le professeur Antoine ORSINI a présenté la sienne le 7 mars 2013 en Commission du développement, présidée par François Tatti, avant que le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) ne donne un avis favorable lequel prévoit des mesures environnementales compensatoires.

Voila où nous en sommes. Sous réserve des résultats complets de l’étude de courantologie et du financement, le moment de la décision ne pourra être indéfiniment retardé par une tergiversation grossière qui laisse croire qu’on peut être pour ce projet à Ajaccio tout en étant contre à Bastia. Les bastiaises et les bastiais attendent autre chose. Il ne suffit pas d’affirmer qu’ils ont donné les clés de la ville à Gilles Simeoni.

Michel Stefani

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Bastia : la nouvelle majorité patauge-t-elle ?

17 Mai 2014

Les quarante cinq premiers jours de la nouvelle gouvernance « Bastia » (Femu a Corsica UMP PS Tatti) n’ont rien montré de significatif. Souvenons-nous de la critique qui prévalait durant la campagne électorale. Le discours était abondant, la critique acerbe. L’un et l’autre sont désormais à l’épreuve de la gestion quotidienne.

Indépendamment des recrutements de cadres administratifs, difficile, dans l’essentiel des actes de la nouvelle majorité, d’en trouver un seul montrant l’innovation qui devait rythmer la vie quotidienne des bastiaises et des bastiais après le 30 mars. Alors, les experts en rumeurs inondent la ville.

La majorité précédente aurait emporté tout ce qu’elle pouvait.

Voila un argument comique comme si le recueil des actes administratifs et les installations informatiques de la ville avaient été subtilisés. Et que dire de la continuité de l’administration assurée par des agents dont chacun reconnait, à juste titre, la disponibilité et la compétence dans l’exercice de leurs missions de service public.

En six semaines, les nouveaux gestionnaires de la ville, jamais en réserve pour expliquer qu'ils sont meilleurs, n’auraient ni trouvé les outils de gestion dans un hôtel de ville qui, même en chantier, se visite en quelques heures, ni non plus pris le temps d’échanger avec ces agents dont la plupart est restée en poste.

Généralement dans ce que l’on appelle l’état de grâce des cent jours, le premier quart est souvent l’indicateur de l’impulsion annoncée pour sortir de la gestion précédente. De ce point de vue chaque jour qui passe, dans la continuité, apporte un démenti au propos abusifs la qualifiant de "calamiteuse".

La nouvelle majorité patauge-t-elle ? C’est la question que se posent, de plus en plus nombreux, les bastiaises et les bastiais.

Michel Stefani

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Les enjeux du scrutin européen du 25 mai

16 Mai 2014

Dans leur majorité, nos concitoyens sont mécontents des choix gouvernementaux et européens qui se confondent, pour répondre aux mêmes objectifs, dans une même politique d’austérité et de réduction de l’investissement public au service des populations. Nous en avons l’exemple le plus probant avec la SNCM et le lâchage du gouvernement.

Voila pourquoi aujourd’hui à quelques jours des élections européennes celles et ceux qui ont voté François Hollande à la présidentielle sont de plus en plus nombreux à ne pas se reconnaître dans sa politique. Leur déception, parfois même leur colère, ils les ont déjà exprimées aux élections municipales. Non seulement le peuple de gauche n’est pas entendu, mais c’est dans la direction inverse de ses attentes que le premier ministre inscrit les choix du gouvernement.

Le MEDEF a du mal à dissimuler sa satisfaction et en redemande. A l’UMP, certains comme Benoit Apparu, voient dans les mesures, annoncées et mises en œuvre, des orientations qu’ils préconisent de longue date. Quant à l’extrême droite, surmédiatisée, elle se frotte les mains. Pendant ce temps, le chômage continue de progresser, la précarité aussi avec, pour ceux qui ont un petit salaire ou une petite retraite, des fins de mois de plus en plus difficiles.

Ce tableau, aussi sombre soit-il, lourd de menaces, n’est pas exagéré. Au Bureau national du PS des voix se sont élevées pour en souligner la gravité. Les ministres écologistes ont quitté le gouvernement. Leurs députés ont voté contre le pacte de stabilité et 41 parlementaires socialistes ont refusé de l’adopter.

Le 25 Mai, un souffle nouveau peut commencer à s’affirmer si se retrouvent dans un même vote les femmes et les hommes qui refusent les politiques nationales et européennes d’austérité dont la principale caractéristique est qu’elles aggravent les difficultés ici comme dans toute l’Europe.

La crise qui, prétendument, épargnait la Corse s’y amplifie avec plus de 20 000 travailleurs au chômage, des inégalités qui font que 1 600 foyers insulaires déclarent un revenu moyen annuel de 180 000 euros quand plus de 60 000 personnes ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté de 977 euros. Depuis presque 30 ans, nous assistons aux détournements de réfaction de TVA, plus récemment au « vol » de la Taxe de transports par les compagnies low cost. Il faut que cela cesse pour rendre du pouvoir d’achat aux ménages insulaires déjà pénalisés par la cherté de la vie et la pauvreté, la précarité et les bas salaires.

Au-delà du maintien de l’enveloppe des fonds européens à 298 M€ pour la période 2014 2020, les injonctions « austéritaires » de la Commission européenne pour ramener le déficit de la France sous les 3 %, demeurent. Elles ne passeront pas au-dessus de la Corse. Seulement 10 % de ces 298 M€ devraient être mobilisés dans le cadre de l’action sociale contre 70 % au titre de la compétitivité.

S’abstenir, dans ces conditions, aboutirait automatiquement à renforcer le poids de l’extrême-droite et de la droite. Or, un progrès de ces forces reviendrait à réclamer plus d’austérité et un recul généralisé de tous les droits accentuant la division du travail pilotée par les riches dans leur seul intérêt spéculatif.

Les députés du Front de gauche, au Parlement européen c’est la garantie que seront votés des textes favorables aux populations, aux travailleurs, aux jeunes, aux femmes, aux retraités et aux agriculteurs. S’ils avaient été plus nombreux les textes de surveillance et de contrôle des budgets nationaux pour les corseter n’auraient pas été votés.

Au sein du groupe de la Gauche unitaire européenne, ils se battront pour mobiliser la Banque centrale européenne en faveur de l’emploi et des services publics démocratisés. Ils agiront contre le dumping social et fiscal, les paradis fiscaux et pour une taxe sur les transactions financières. Ils s’opposeront à la directive scélérate de «travailleurs détaches». Ils porteront un nouveau projet d’autonomie pour les jeunes, l’égalité homme-femme et défendront le droit à l’avortement mis en cause par les droites et extrêmes droites au Parlement européen.

De même la question d’un changement de la PAC se pose du point de vue du respect de la qualité alimentaire et de l’environnement, du maintien des paysans producteurs. Enfin il est indispensable de se donner les forces nécessaires pour mettre en échec le projet de marché de libre échange transatlantique, pour empêcher que nos vies soient sous l’œil des services américains et pour permettre l’émergence d’une politique de planification écologique.

Avec un scrutin à la proportionnelle à un seul tour, chaque voix va compter pour élire des parlementaires du Front de Gauche, pour élire ensuite le président de la Commission. Alexis Tzipras le leader grec de Syriza sera notre candidat. Chaque voix va ainsi compter pour peser franchement du côté gauche et dégager une voie nouvelle pour une perspective neuve en Europe et en France. Le 25 mai, le peuple de gauche peut se rassembler c’est ce que nous lui proposons avec la liste du Front de gauche conduite par Marie Christine Vergiat.

Michel Stefani

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SNCM : le gouvernement brade les intérêts de la France

13 Mai 2014

Dans leur majorité, nos concitoyens sont mécontents des choix gouvernementaux et européens qui se confondent pour répondre aux mêmes objectifs dans une même politique d’austérité et de réduction de l’investissement public au service des populations. Nous en avons l’exemple le plus probant avec la SNCM. Dans une interview au quotidien la Provence, hier, le Ministre Cuvilliez tombe le masque.

L’Etat selon l’expression du Président de la République ne devait plus être un « actionnaire dormant ». C’est chose faite mais son réveil est fracassant pour le service public maritime entre la Corse et le continent, pour l’opérateur historique et l’ensemble de ses entreprises prestataires. Ce sont près de 4000 emplois sur lesquels le gouvernement est en train de faire une croix en Corse et sur le continent.

Comment pourrait-on interpréter autrement ce qui n’est rien d’autre qu’un lâchage ? Laissant « la main à l’actionnaire principal » qui ne veut plus de ce « boulet » et vise « la procédure de redressement » le gouvernement n’est même pas « oisif » il est complice. Pour Frérot et Jaillanac, les patrons de Véolia et de Transdev, depuis que l’Assemblée de Corse a attribué la DSP au groupement CMN SNCM leur rêve est de se dégager du « piège SNCM ».

Ce piège, si piège il y a, il est en fait tendu par tout ce petit monde des affaires au monde du travail. La torpille a été tirée par les dirigeants de CFF puis pilotée à plusieurs mains depuis Bruxelles et Paris au mépris du droit social, des salariés et des usagers du service public, dans la logique libérale du modèle low cost où dominent les dumpings, social et fiscal, constitutifs de la concurrence déloyale. Le gouvernement « s’en remet au privé » pour régler une question qui relève de la responsabilité de l’Etat à l’égard de la Corse s’agissant de la continuité territoriale. Bravo ! Le gouvernement Fillon-Sarkozy a privatisé dans des conditions scandaleuses « ce fleuron de la marine marchande française » le gouvernement Valls-Hollande parachève son œuvre.

Pour le ministre Cuvilliez « ce n’est pas la question des investissements et du renouvellement des bateaux qui pose problème. C'est le fait que la SNCM est sous le coup de deux condamnations de l'Europe qui lui demande de rembourser 440 millions ». Cet argument ne tient pas s’agissant de la première amende de 220 M€ consécutive à la privatisation incombant à l’Etat et pour la deuxième 200 M€ relative à l’exécution de la DSP établie par la CTC. Par conséquent « l’épée de Damoclès » n’en est une que pour faire obstacle au plan industriel permettant justement le renouvellement de la flotte et la pérennité de la compagnie avec huit navires indispensables au maintien de son activité et à la desserte de service publique entre la Corse et le continent.

Par là même, la SNCM est assurée d’une compensation financière de 600 M€. Rares sont les entreprises de nos jours qui ont une telle garantie publique. Le gouvernement ignore cette donnée essentielle et confie aux fossoyeurs de la compagnie la mission de la « faire perdurer ». C’est une provocation ! Car « pour sauver la SNCM et l'emploi maritime qu'elle représente », le gouvernement se devait d’assumer ses responsabilités d’actionnaire et de premier donneur d’ordres publics. Il ne le fait pas et comme pour Alstom et d’autres dossiers essentiels, il brade les intérêts industriels et sociaux de la France.

Le 25 mai, le peuple de gauche peut se rassembler contre cette politique c’est ce que nous lui proposons avec la liste du Front de gauche conduite par Marie Christine Vergiat.

Michel Stefani

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Les coffres des banques et des riches se remplissent du malheur organisé des peuples. En Corse aussi.

12 Mai 2014

Déclaration du PCF Haute Corse suite aux incidents intervenus à Bastia le 10 mai

Quel qu’ait pu être leurs votes, s’agissant du statut de résident ou de la langue voire de la fiscalité sur le patrimoine ou encore de l’inscription de la Corse dans la Constitution à un article désormais au-delà du 72, les élus de l’Assemblée de Corse peuvent aujourd’hui avoir le sentiment d’être l’objet d’une instrumentalisation de la part des dirigeants nationalistes impatients d’un aboutissement dont ils savent qu’il implique une réunion des parlementaires en Congrès pour modifier la Constitution et à tout le moins une modification du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

Force est de constater que cet empressement à voir aboutir ces revendications s’affranchit de l’engagement politique pris, à la demande des élus communistes du Front de gauche, par l’Assemblée de Corse de consulter par référendum les Corses dès lors qu’il y aurait modification de la Constitution. Tout cela prend un certains temps et chacun le sait alors qu’un dialogue est ouvert avec le gouvernement, selon un calendrier approuvé majoritairement par les élus et parlementaires de la Corse, lors de la première réunion tenue sous l’autorité de Manuel Valls et Marylise Lebranchu le 22 novembre 2013. Dans ce cadre, que l’Exécutif de la CTC ait été représenté à cette manifestation interpelle.

Les Corses peuvent eux aussi et tout autant que les élus, s’interroger quand, ils voient à la fin de la manifestation de samedi dernier à Bastia, censée porter la voix de l’Assemblée de Corse des « émeutiers organisés » s’en prendre « aux symboles de l’Etat français qui méprise les droits du peuple corse sur sa terre ». La Poste, les banques, le mobilier urbain, les commerces, les véhicules des riverains ont été saccagés ou endommagés. Tel est le message envoyé et fortement désapprouvé, par celles et ceux qui attendent, non sans impatience depuis presque 30 ans, que les détournements de réfaction de TVA, que les détournements de la Taxe de transports par les compagnies low cost cessent pour rendre du pouvoir d’achat aux ménages insulaires pénalisés par la cherté de la vie et la pauvreté, la précarité et les bas salaires.

La crise qui prétendument épargnait la Corse s’y amplifie désormais avec plus de 20 000 travailleurs au chômage des inégalités qui font que 1 600 foyers insulaires déclarent un revenu moyen annuel de 180 000 euros quand plus de 60 000 personnes ont un revenu inférieur ou égal au seuil de pauvreté soit 977 euros. La réforme institutionnelle ne fait ni le changement de politique, ni l’avancée démocratique lorsqu’elle ignore la question sociale. La Corse est bien placée pour le savoir, après trois statuts, comme le pays d’ailleurs. Les annonces faites par le Président de la République montrent de quoi il s’agit : baisse draconienne de la dépense publique, alignement sur les injonctions « austéritaires » de la Commission européenne pour ramener le déficit de la France sous les 3 %. C’est d’autant plus absurde que cette règle, inatteignable, n’a de sens que pour maintenir à un haut rendement la rente spéculative dégagée sur les marchés financiers sous l’autorité de la BCE. Voila comment, les coffres des banques et des riches se remplissent du malheur organisé des peuples. En Corse aussi.

Bastia le 12 05 2014

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SNCM : L’Etat ne doit plus jouer au mistigri !

9 Mai 2014

Le 12 mai prochain se tiendra un nouveau Conseil de surveillance de la SNCM. Nous attendons de l’Etat qu’il stoppe la course de lenteur et donne enfin une réponse sans équivoque, conforme aux besoins des usagers de la desserte de la Corse dans le cadre de la continuité territoriale de service public ; aux attentes des salariés qui se battent pour l’avenir de leur entreprise et, à présent, de nature à rassurer les entreprises prestataires qui expriment de fortes inquiétudes.

Pour l’heure, en effet nous n’avons vu que peu d’engagement et peu d’intérêt à conforter le plan long terme malgré les efforts importants consentis par les salariés pour conduire au redressement de la compagnie. Les amendes infligées ne peuvent servir d'alibi à une quelconque procédure de "redressement". Ces décisions de l’Union européenne doivent être combattues par l’Etat français qui fut lui-même l’organisateur de la lamentable privatisation de la compagnie en 2005.

Le gouvernement doit prendre position pour stabiliser le capital de la SNCM avec la Caisse des Dépôts et Consignations et imposer le maintien de Transdev. Il ne peut plus tergiverser sur le financement du renouvellement de la flotte et laisser croire qu’il peut y avoir une multitude de scénarios. Un seul permet de conserver les huit navires et d’exécuter dans les meilleures conditions la DSP attribuée par la CTC pour dix ans au groupement CMN SNCM. C’est celui là qu’il doit retenir comme le réclament les organisations syndicales sans perdre de vue que ce choix de la CTC représente une garantie d'un milliard d'euros dont 600 millions d’euros pour la SNCM.

Ce lundi 12 mai, le gouvernement doit montrer sa détermination par des actes clairs et ne plus jouer au mistigri.

Gaby Charroux, député des Bouches-du-Rhône, maire de Martigues

Isabelle Pasquet, sénatrice des Bouches-du-Rhône

Dominique Bucchini président de l’Assemblée de Corse

Michel Stefani, Conseiller territorial de Corse

Jean-Marc Coppola, Vice-Président Région PACA, conseiller municipal de Marseille

Jean-Marc Charrier, Président du groupe communiste au Conseil général 13

Michel Illac, Président du groupe "Pour un territoire solidaire à la CUMPM "

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Mr Freeze est à Matignon

1 Mai 2014

Débat à l'assemblée de Corse sur la programmation et l'utilisation des fonds européens intervention de Michel Stefani.

Le 25 mai montrera, avec les élections européennes, que l’Europe telle qu’elle a été construite et se construit encore aujourd’hui ne répond aux attentes sociales et populaires de nos compatriotes. C’est pourquoi, l’exercice auquel nous sommes conviés à propos de la « stratégie régionale de gestion des fonds européens » est paradoxal. Il s’agit d’établir par la programmation l’utilisation des fonds européens sur les six prochaines années. Ces fonds ont, en principe, une vocation essentielle celle de permettre la réduction des écarts de développement et de promouvoir la cohésion économique et sociale au sein de l’Union européenne. Cette cohérence reste un objectif prioritaire affirmé selon lequel il s’agit de favoriser un développement équilibré et durable, créateur d’emplois, protecteur de l’environnement et réducteur des inégalités de tous ordres, entre territoires, entre individus, entre hommes et femmes, entre générations.

Comment serait il possible, en énonçant ces principes, de perdre de vue ce qu’a été la précédente programmation inspirée par la stratégie de Lisbonne déjà très libérale avec des effets d’autant plus contradictoires que l’enfoncement dans la crise s’est traduit par une accentuation de cette politique. La dépense publique sociale est dans le collimateur le soutien aux marchés financiers outrageusement mis en œuvre. C’est l’austérité à tous les étages Europe Etat région collectivités locales. On nous parle d’un sous SMIC, de travailleurs détachés, de coût du travail pour faire oublier le coût exorbitant du capital. Plus question de taxer les transactions financières ! C’est le règne incontestable du marché et surtout de ceux qui le pilotent dans leur propre intérêt spéculatif. Les inégalités se creusent en Europe, la pauvreté et le chômage y font des ravages dont l’intensité peut se mesurer au regard des révoltes sociales qui après la Grèce éclatent en Espagne.

Récemment, le Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN), constatait « une aggravation des déséquilibres sociaux (…) et l’aggravation de l’impact social de la crise par les mesures d’austérité. Le chômage, la pauvreté et les inégalités atteignent des niveaux record ». La déclinaison de cette politique dans notre pays au lendemain des élections municipales est éloquente. Moins 18 milliards d’euros pour les services utiles de l’Etat. Moins 21 milliards d’euros de coupe dans les budgets sociaux et de la protection sociale. Moins 11 milliards d’euros pompés sur les budgets des collectivités locales.

Mr freeze, est à Matignon Manuel Valls répands son fluide glacial. Pour les salariés du secteur public, comme La Poste ou les hôpitaux, les enseignants ou les employés communaux, les salaires seront gelés. Ils l’étaient depuis 2010 avec le gouvernement Fillon ! Le gel des allocations logement, familiales et d’invalidité va lourdement pénaliser les foyers modestes. Alors oui dans ce contexte cette programmation constitue plus encore pour la CTC un enjeu considérable pour résister à cette politique. Car effectivement elle est « autorité de gestion » de l’ensemble des fonds. C’est une opportunité, à condition de réaliser une gestion cohérente des fonds réellement adaptée aux spécificités régionales, en phase avec des orientations en matière de développement, afin de cofinancer les politiques et les projets avec un objectif central le progrès social.

L’intérêt principal de ce transfert, nous l’avions indiqué fortement quand il s’est opéré, était de permettre à notre collectivité de mieux faire face à la crise, de faire reculer le chômage et les inégalités sociales mieux que lorsque la gestion incombait à l’État central. Une évaluation sérieuse est nécessaire de ce point de vue mais il est vrai que les derniers chiffres du chômage tendent plutôt à une appréciation négative des résultats obtenus. Pour l’instant, on voit bien les contraintes et les obligations envers la Commission, la responsabilité du Président du Conseil Exécutif devant celle-ci ; en revanche, la latitude d’action paraît bien mince tant sont prégnantes les conditions stipulées par les règlements européens. Dans le cadre d’un budget global de la politique de cohésion pour la période 2014-2020, avec 351,8 Mds d’€ ( contre 347,4 pour la période 2007-2013), la France dispose d’une enveloppe de 14, 238 milliards, dont 3,9 au titre du régime transitoire applicable aux dix régions, dont la Corse, sortant de l’Objectif n°1. La Corse bénéficiera d’une enveloppe de 298,3 M€ contre 292,8 M€ pour l’actuelle programmation.

Il n’y a donc pas, contrairement à ce qui avait été avancé ici ou là, de diminution résultant d’une répartition pénalisante faite par l’État français, mais au contraire, une légère progression de 1,87%. Une réduction des dotations sur les fonds européens pour la Corse aurait été incohérente et contraire aux engagements pris à travers la dernière tranche du PEI offrant, sauf erreur, la possibilité d’orienter le PO FEDER sur des actions nouvelles. Cependant, cette progression est due à l’abondement du FEADER (+ 52,30 M€) tandis que l’ensemble FEDER-FSE passe de 137,6 à 124 M€ (sans tenir compte de la non reconduction de l’enveloppe additionnelle exceptionnelle de 33,7 M€ destinée à compenser la sortie de l’Objectif 1). Notre analyse est donc nuancée sur ce plan car cette régression impactera les fonds destinés à l’innovation, aux technologies numériques, à la transition énergétique mais aussi à la politique de la ville, à l’insertion, à la formation, autant de domaines prioritaires comme le montrent les indicateurs concernant la Corse. Nous sommes d’autant plus perplexes que les programmes opérationnels s’inscrivent dans le cadre d’exigences accrues de l’Union européenne ; 60 % des dotations doivent aller aux axes 1 à 4 (recherche-développement-innovation, tic, compétitivité des entreprises, transition énergétique) alors que les actions envers les populations vulnérables dans les territoires urbains et péri urbains sont plafonnés à 10 % des crédits.

L’analyste Antonio GAMBINI note « la concentration sur le taux d’emploi opérée par la commission n’est pas une garantie de cohésion sociale, bien au contraire. La prolifération de travailleurs à statut précaire et sous-payés est aux antipodes de la cohésion sociale, mais fait augmenter le taux d’emploi. La question de la qualité de l’emploi (y compris les salaires) devrait être absolument réintégrée dans la stratégie ». Ce n’est pas le cas. Or, nous avons en Corse un taux d’emploi de 10 points inférieur à l’ensemble de la France, un taux de décrochage scolaire supérieur et un nombre inférieur de diplômes et surtout un taux de pauvreté nettement supérieur. Par conséquent il faudrait pouvoir conduire un effort appuyé sur ces axes 6 et 7. En ce sens, le principe fondamental est que la stratégie régionale soit au service de la stratégie de l’« Europe 2020 » qui prolonge la précédente celle de Lisbonne qui n’avait pas atteint les objectifs assignés : faire émerger l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde afin de parvenir au plein emploi avant 2010. La nouvelle stratégie affiche trois priorités : une croissance intelligente fondée sur la connaissance et l’innovation ; une croissance durable fondée sur une économie plus efficace dans l’utilisation des ressources ; une croissance inclusive avec une économie à fort taux d’emploi favorisant la cohésion sociale et territoriale. Sauf que l’encadrement des politiques sacrifie la question sociale et élude la question fondamentale de la régulation des marchés financiers, indispensable à une sortie durable de la crise. Concentrée sur la « compétitivité », elle ne fait pas non plus progresser la dimension environnementale.

Répondant au vœu des lobbys patronaux, « Europe 2020 » ne fait qu’actualiser la stratégie de Lisbonne, reprenant les formules consacrées « une règlementation intelligente » diminuant « le fardeau administratif pesant sur les entreprises », l’approfondissement du marché unique grâce à la directive « services » (« Bolkestein ») – et appelant à la déréglementation, aux privatisations et au démantèlement des services publics. Cette stratégie, liée aux politiques d’austérité menées conformément au Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) enfonce l’Europe dans la récession et nous la récusons absolument. Cela étant, l’apport des fonds européens est nécessaire au financement de projets voulus par la CTC, et en particulier à la mise en œuvre du modèle de développement inscrit dans le PADDUC pour répondre aux besoins sociaux et des territoires dans le cadre de la politique de la ville, d’actions en direction des étudiants, de soutien à l’orientation, à la qualification, à l’information ; pour prévenir les risques naturels, réussir la transition énergétique et enfin accompagner les entreprises productives.

Dans ces conditions difficiles, l’Exécutif s’est cependant efforcé de prendre en compte les besoins propres à la Corse et propose d’élaborer une stratégie pluri-fonds « visant à favoriser la synergie entre les fonds ». Des lignes de partage –est-il écrit- entre FEDER-FSE et FEADER et Programme de coopérations pourraient permettre de couvrir les besoins du territoire, en particulier « la prévention des différents risques naturels et la lutte contre la vulnérabilité et la précarité des populations ». Nous prenons acte de cette volonté et nous ferons des propositions lors de la session plénière à cet effet. Le document présenté appelle toutefois des réserves qui ne tiennent pas à la volonté de l’Exécutif, dont nous saluons l’action pour éviter les dégagements d’offices, mais aux limites étroites fixées par les règlements des fonds structurels et d’investissement européens. Le Président du Conseil Exécutif s’apprête à négocier le PO avec l’État et la Commission européenne ; nous souhaitons que ce projet puisse évoluer dans le sens d’une plus grande prise en compte des besoins spécifiques à la Corse, en particulier dans le domaine social.

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