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Michel Stefani

Emmanuelle Degentili, avec modestie, « là où je suis la gauche est présente ».

29 Avril 2014

Les prochaines échéances régionales et cantonales sont déjà là. Bastia est bien devenu le tremplin d’une « gauche moderne » en mal de pouvoir à la remorque de Gilles Siméoni. Emmanuelle Degentili le reconnait implicitement dans une interview au CM du 19 avril ou elle explique comment elle a bénéficié du soutien de Manuel Valls, encore ministre de l’intérieur, pour faire « sauter les carcans partisans ».

Après quoi elle ajoute, avec modestie, « là où je suis la gauche est présente ». Grande victoire du PS deux socialistes siègent au Conseil municipal de Bastia un dans l’opposition l’autre dans la majorité avec l’écharpe de premier adjoint dérobée au PC. Belle prise nous dit-elle, conforme à la démocratie, puisque 55 % des bastiais ont validé la démarche contre « un système »... dont elle fut cependant un des rouages. Mais combien sont-ils à avoir entériné sa trahison de la gauche avec l’UMP ? A ses yeux, « seule une petite poignée de socialistes ne l’a pas suivie ».

Accueillie à bras ouverts par la direction nationale du PS dont elle n’a jamais été exclue, l’esprit de conquête ne lui fait pas défaut, elle attend de Paul Giacobbi « qu’il réunisse les différentes composantes de sa majorité » et ensuite elle verra avec ses amis de la « gauche moderne » Jean Charles Orsucci, Hyacinthe Mattei, Ange Pierre Vivoni et Jean Louis Luciani la stratégie qu’ils adopteront pour les régionales et les cantonales.

En ce sens, au-delà du vocabulaire trompeur, il y a le contenu politique. Dans CM du 18 avril Edmond Simeoni le dévoile. Pour « le père du nationalisme corse » la confusion idéologique est une constante. La vieille lune des « clivages politiques dépassés » ressurgit dans son propos pour s’ouvrir la possibilité d’alliances à géométrie variable et « faire émerger une Corse nouvelle ».

Le schéma est celui de Bastia dit-il. « Tous les scrutins ont leurs spécificités, mais la démarche de fond, c'est celle-là. Il est important que sur une élection présidentielle, et même à l'occasion des législatives, chacun puisse garder sa liberté. En revanche, il faut chercher des convergences très fortes sur des plateformes locales. Les prochaines territoriales vont se dérouler avant tout à partir de l'examen du mandat qui s'achève, du bilan de la commission des affaires législatives et réglementaires, des municipales qui viennent d'avoir lieu, et de toutes les convergences qui ont été dégagées ».

La chute de « la citadelle bastiaise » n’annonce pas, dans ce cadre, « une ère nouvelle » mais plutôt l’acceptation de l’austérité, abritée par des pratiques archaïques, mollement contestatrices du libéralisme. Or, cette question reste fondamentale et indissociable de la question sociale qui implique de reconstruire la gauche pour faire une politique de gauche. C’est un enjeu majeur des prochaines élections européennes du 25 mai. Une seul vote permettra d’exprimer cette volonté celui du Front de gauche.

Michel Stefani

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Dr Edmond et Mr Gilles enfin la novation...

19 Avril 2014

Fallait-il que le malaise soit grand pour accorder une pleine page du Corse Matin au père fondateur du nationalisme Corse ?

Concours de circonstances ou choix rédactionnel, Edmond Simeoni répond, en page de droite du seul quotidien régional, aux « militants de Corsica Libera » qui interpellent l’opinion publique et singulièrement les électeurs nationalistes sur la démarche impulsée depuis Bastia aux municipales pour l’étendre à toute la Corse.

La victoire de Bastia ce qui n’est pas faux restitue pour partie le pouvoir à ceux qui le détenaient avant ces élections. C’est l’analyse que font les dirigeants de Corsica Libera en dénonçant « la faute politique » que constitue leur mise à l’écart.

Bastia était mal gérée, la CAB aussi. Mais ça c’était avant « le conclave du grand partage ». C’est le miracle de l’autocritique du petit bourgeois. L’UMP côtoie ainsi le PS, leurs dirigeants locaux ayant eu l’aval parisien. Et tout ce beau monde se retrouve sans urticaire dans la majorité des deux assemblées délibérantes, avec des radicaux, des DVG et des nationalistes modérés.

« Tous les scrutins ont leurs spécificités, mais la démarche de fond, c'est celle-là ». Edmond Simeoni confirme sa stratégie. Elle n’est pas nouvelle mais elle est celle du « militant politique qui vit de réalités » pourvu qu’à l’arrivée le « siméonisme » s’impose. Celui qui s’opposait en 1989 à l’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs, explique qu’en 40 ans la nature du combat politique a changé. Quelle perspicacité !

Les revendications qui gagnent inexorablement du terrain élection après élection sont celles qu’il défend depuis : « L'arrêté Miot, l'autonomie fiscale, l'élargissement du statut politique, la notion de résidence, la coofficialité, c'est-à-dire les thèmes fondateurs de l'identité.... ». D’aucun noteront que la particularité de cette approche « non partisane » n’est jamais fondée sur la justice sociale.

Les privilèges fiscaux des gros détenteurs de patrimoine en Corse sont, comme les détournements des réfactions de TVA, intouchables. Voila pourquoi la révision de la Constitution française « est la clé de voûte des évolutions en Corse ». Il s’agit non pas d’augmenter le SMIC en Corse, de construire des logements sociaux, de mettre fin à ces détournements de la fiscalité locale spécifique, mais par la dérogation de préserver les intérêts de la classe des nouveaux riches exposée aux visées prédatrices d’autres plus riches venant du continent ou de l’étranger pour spéculer en leur lieu et place.

« Ni droite ni gauche » l’important est de faire le trait d’union entre ceux qui ne possèdent rien l’immense majorité des travailleurs, des chômeurs, des ménages insulaires dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté et ceux qui ont tout parmi les 1 600 foyers insulaires qui disposent d’un revenu moyen annuel de 180 000 euros. Cette supercherie politique permet d’évacuer la question centrale qui se pose en Corse comme ailleurs celle du juste partage de la richesse créée.

La Corse est bien au dessus de tout mais l’avenir des pauvres ne peut s’y améliorer. Au contraire. « Les victoires idéologiques précèdent toujours les victoires politiques ». La référence est ici maladroite tant il vrai que Gramsci, dans son analyse dialectique des situations révolutionnaires, y compris celle de 1789 en France, voit l’impérieuse nécessité de soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante, d’organiser « le parti des opprimés » et de « veiller systématiquement et patiemment à former, à développer, à rendre toujours plus homogène, compacte, consciente d’elle-même cette force »* qu’est la classe ouvrière.

Nul doute, que ceci n’est pas ce qu’entend Edmond Simeoni. la confusion idéologique, volontaire ou pas, qui est la sienne tend à le montrer quand il voit en Laurent Marcangeli « un élu jeune, qui participe de la novation, quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur sa démarche ». C’est donc qu’une affaire de génération. Et dès lors un cadre politique où, une fois le clivage droite/gauche gommé, reste celui de la « réforme » sans la contradiction de classe entre riches et pauvres. Dr Edmond et Mr Gilles enfin la novation...

Michel Stefani

*Antonio Gramsci Cahiers de prison

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La question qui se pose, c'est celle d'un changement de politique.

16 Avril 2014

Conseil départemental PCF 12 04 2014

Introduction à la discussion Michel Stefani

Au sortir de ces élections municipales il se dégage de l’analyse de la campagne électorale et des résultats une situation politique nouvelle et plusieurs enseignements à tirer. Sans pour autant être exhaustif à cet instant, il s’agit de jeter les bases d’une orientation politique les prenant en compte pour parvenir à reconstruire une perspective à gauche. Avant d’y arriver je voudrais souligner la qualité de l’engagement des camarades dans cette bataille difficile. Elle le fut plus que nous l’imaginions, de partout, mais particulièrement à Bastia où nos candidats, notre tête de liste Francis Riolacci, les militants de la section ont mené une campagne courageuse, conforme aux principes politiques aux valeurs de gauche et républicaines. Cette campagne, nous l’avions mesuré avec les incursions d’éminents dirigeants de la majorité régionale, a été d’autant plus rude que les véritables enjeux de l’élection municipale étaient détournés. Il s’agissait d’une part, de faire prévaloir, à travers une personnalisation excessive, une critique caricaturale de l’action de la municipalité sortante, et d’autre part, de centrer le débat à travers une stratégie régionale de recomposition politique autour de la réforme institutionnelle.

Ce sont les lignes forces qui ont structuré la campagne électorale de Bastia, abondamment relayée par la presse régionale, dans certains cas ouvertement engagés au mépris de la déontologie. Il y avait d’un côté, les « corsoprogressites » dans le sens de l’histoire et de l’autre côté, les tenants de l’immobilisme, à fortiori stigmatisés par la dénonciation de l’accord PRG PC datant de 1968. Le « tout sauf Zucarrelli » a prospéré la dessus. Il est toujours intéressant de rechercher nos erreurs, il y en a eu, mais comme souvent on les voit mieux après coup. C’est vrai sans doute de l’impossibilité à obtenir suffisamment tôt une rencontre des trois partis de gauche. C’est également vrai de certaines faiblesses qui, sans parler de rejet, ont permis de travailler l’opinion sur ce mot d’ordre comme la transmission du pouvoir de père en fils...

Il reste que sans une alliance contre nature, l’assemblage composite du second tour n’aurait certainement pas réussi à renverser « la citadelle bastiaise » et surtout l’ancrage à gauche imposé par la présence des élus communistes et d’un parti communiste faisant obstacle aux manœuvres de recomposition politique liées a la réforme institutionnelle. Contrairement à ce qui a été dit, l’imposture politique qui a connu son épilogue avec l’élection de François Tatti par 36 voix à la présidence de la CAB, n’est pas du courage politique mais de l’opportunisme politicien, chargé par les ambitions personnelles, prétendument plus vertueuses que les logiques d’appareils. Dans les faits, la pseudo modernité cache une conception de la politique éculée, fondée sur le non respect des engagements pris devant les électeurs avant le premier tour par les uns et les autres. Gilles Simeoni dénonçait l’ostracisme envers les nationalistes mais il le pratique avec ses alliés naturels de Corsica libera. François Tatti et Emmanuelle Degentile juraient de ne pas l’installer dans le fauteuil de maire, en quelques heures, ils auront oublié. Jean Louis Milani a dit pis que pendre du gouvernement et de François Hollande, il composera désormais avec.

9431 électrices et électeurs ont cependant validé leur démarche. C’est au total 181 voix de moins que le total des voix des 3 listes Simeoni Tatti Milani au premier tour. Toutefois, la liste de gauche de la municipalité sortante progresse de 2082 voix et 12 % avec une participation légèrement supérieure mais un nombre d’exprimés supérieur d’à peine 69 voix par rapport au premier tour. On peut valablement considérer que sans les alliances contre nature, la gauche l’aurait emporté. Le désistement de Jean François Bacarrelli (397 voix au premier tour) en faveur de la liste de Jean Zuccarelli, laisse penser qu’il y a eu un mouvement d’électeurs assez important à l’intérieur de l’électorat de gauche du premier tour provenant de la liste Tatti Degentili.

Alors qu’elle est traversée par des contradictions fortes relatives à la défaite voulue de Jean Zuccarelli par Jean Charles Orsucci, Pierre Chaubon, Emmanuelle Degentili et François Tatti, la majorité régionale ne peut pas ne pas s’interroger sur la lisibilité de sa politique et la place de la droite désormais en position de reconquête de la région avec le concours si besoin de la mouvance nationaliste en tout ou partie. La recomposition politique, validée par les 3 parlementaires UMP s’agissant de Bastia, tend à le démontrer. La mouvance nationaliste modérée est ainsi très courtisée et l’élection de François Tatti à la présidence de la CAB ne s’en départie pas non plus. Sa candidature, présentée non par les élus communautaires de Bastia mais par les quatre maires des autres communes, est significative du sens politique des choses et de l’ultime abandon, pour ne pas dire du coup de grâce, de ceux-là mêmes qui, hier encore, faisaient antichambre. Difficile de ne pas y voir non plus l’accord de Paul de Giacobbi et une contremesure à l’ambition de la droite de reconquête du pouvoir régional voire départemental en Haute Corse.

Belle modernité politique, elle est ici dans ses habits d’or et la moralité politique en berne. La méthode nouvelle est ainsi faite de peu d’élégance et de trahison recyclée. Dans ce voyage peu glorieux, les trois communes de gauche, San Martino, Santa Maria et Furiani ont été ralliées par celle de droite, Ville de Pietrabugno. Les prochaines échéances régionales et cantonales sont déjà là. Bastia est bien devenu le tremplin d’une « gauche moderne » en mal d’exercice du pouvoir régional et à la remorque de Gilles Siméoni. La chute de « la citadelle bastiaise » n’annonce pas, dans ce cadre, « une ère nouvelle » mais plutôt l’acceptation de l’austérité, abritée par des pratiques archaïques, mollement contestatrices du libéralisme. Or, cette question reste fondamentale et indissociable de la question sociale qui implique de reconstruire la gauche pour faire une politique de gauche. En ce sens il ne s’agit pas de génération mais de contenu politique. Nous pourrions ainsi rédiger un manifeste appelant à la révolte civique et sociale des femmes et des hommes de gauche à Bastia et au-delà de celles et ceux qui refusent cette conception de la politique, ce partage honteux du pouvoir, habillé de modernité pour masquer une similitude clanique, renvoyant à un passé prétendument révolu et à un présent baignant dans l’approbation de l’austérité prônée par Manuel Valls.

Dans ce contexte, la chronique de notre mort annoncée a repris de plus belle en Corse et au plan national. Sans entrer dans des comptes d’apothicaires, le nombre de villes majoritairement communistes reste à un niveau qui n’est pas celui d’un parti au bord de l’abîme comme cela fut relater à longueur de colonnes et d’émissions de télé ou de radio. Après avoir assuré la promotion du FN pendant toute la campagne électorale, les mêmes ont fait mine de s’inquiéter des résultats de l’extrême droite quand en définitive 14 villes, et c’est assurément 14 de trop, seront dirigées par des lepenistes. Incontestablement il y a deux poids deux mesures et cela laisse perplexe quant à l’instrumentalisation de ce courant idéologique antirépublicain. Là-dessus s’est greffée une forte abstention, inédite pour ce scrutin, une mobilisation forte de la droite et à l’arrivée un gain massif de villes pour l’UMP largement et l’UDI dans une moindre mesure.

Je parle ici des résultats dans l’hexagone sachant qu’en Corse la participation a été la plus élevée de France métropolitaine sans perdre de vue qu’à la présidentielle Lepen et Sarkozy ont fait respectivement 24 et 31 %. Dans le contexte de rejet de la politique de Francois Hollande cela a eu un impact localement mais il est difficile à quantifier notamment sur Bastia et Ajaccio où le second tour recentré sur la seule question de la majorité municipale nuance l’analyse.

La gauche dans son ensemble a souffert et singulièrement le PS. Si le message des urnes exprime une défiance lourde de la politique de François Hollande il est aussi la manifestation d’une société déstabilisée en perte de repères dans une crise économique et sociale destructrice des fondements démocratiques. Comment pourrait-il en être autrement quand le gouvernement reste sourd aux aspirations populaires, indifférent à la souffrance sociale, et durablement marqué par un renoncement cynique aux engagements pour lesquels François hollande a été élu à la place de Sarkozy. L’intervention de Gattaz, le patron des patrons, l’exhortant à poursuivre dans la voie de l’austérité quelques heures après le dernier bulletin dépouillé, est significative de la dérive du système de plus en plus contrôlé par le grand patronat et sa structure financière. L’inversion du calendrier électoral en 2001 par Lionel Jospin montre désormais des limites désastreuses d’une démocratie représentative en turnover où le sacrifice d’un président de la République tous les cinq ans permet de changer en apparence les choses pour continuer une politique sinon identique proche en de nombreux points essentiels.

La nomination de Manuel Valls dans la précipitation est le signe d’une grande fébrilité et d’une non moins grande incapacité auditive face au mécontentement et à la colère des femmes et des hommes qui souffrent dans les quartiers populaires, sont déçus des abandons de François Hollande auquel ils ont fait confiance pour connaître une amélioration de leur vie. Dans son discours d’intronisation le nouveau premier ministre a présenté la feuille de route de ce « gouvernement de combat ». La décentralisation revisitée n’en est plus une, la casse des solidarités est planifiée, la baisse du coût du travail est encouragée par la suppression des cotisations patronales sur le SMIC, les collectivités locales, communes et départements perdront la clause de compétence générale, devront faire plus avec moins de moyens financiers et humains et préparer leur sabordage. En définitive, quel que soit le pacte de solidarité flanqué au pacte de responsabilité, il n’y aurait qu’une seule politique possible, la même que celle de la droite avant 2012 avec un même objectif, se plier aux logiques ultralibérales de l’Union européenne. Pour équilibrer les 15 milliards d’euros supplémentaires de cadeaux au patronat le « pacte de solidarité » mobiliserait 5 milliards en faveur des salariés. Ce tour de passe-passe exonérera le patronat et les salariés financeront l’augmentation de leur salaire net en voyant diminuer leur salaire indirect. En ce sens c’est une attaque centrale contre tout ce qui fonde la protection sociale en France depuis 1945.

L’alternance aurait du bon, c’est vrai, mais toujours pour les mêmes, ceux dont les comptes en banques bien fournis peuvent traverser les mauvaises périodes sans encombre. Pour ceux-là, l’austérité est un mal nécessaire qui garantit la bonne santé du capital, la bonne tenue des marchés financiers et peu importe si elle se nourrit de la réduction de la dépense publique au détriment des services publics, de la solidarité, de l’emploi, du logement, de la santé, du lien social... Ces élections sont donc le reflet de tout ça et la victoire par défaut de ceux qui affirment des objectifs politiques ultralibéraux contre la nécessité, défendue notamment par les communistes, de promouvoir une société juste et solidaire où la devise, liberté égalité et fraternité ne serait pas galvaudée afin que chacun puisse y trouver sa place et s’y épanouir.

Dans ce contexte le PCF a été pour partie affecté par la débâcle électorale du PS. Cependant, il résiste bien malgré des résultats contrastés selon les départements, par exemple dans les Hauts de Seine, la Seine Maritime, l’Essonne, la Meurthe et Moselle où il ne perd aucune ville. Pour la première fois depuis 1995 il gagne des villes de plus 80 000 habitants avec Aubervilliers et Montreuil en Ile de France et garde Vierzon dans le Cher. Sans échapper totalement à la poussée de la droite, le parti communiste a donc montré une bonne tenue, contraire à l’annonce de son extinction. Précédemment, 184 villes de plus de 3500 habitants étaient gérées par un maire communiste. 46 ont été perdues, 138 gardées et 11 gagnées, cela en fait la troisième force politique en termes de réseau d'élus dans le pays. Il sera certes moins dense non seulement dans les villes à majorité communiste perdues, mais aussi dans les villes qui basculent de gauche à droite où les élus communistes exerçaient des responsabilités dans l'exécutif. Voilà des points d'appui politiques en diminution pour faire face à l’urgence sociale et aux attentes populaires. Le PS perd 177 villes de plus de 3 500 habitants dont 60 de plus de 30 000 au profit de la droite et beaucoup de communautés d'agglomération vont basculer à droite. Le Front national, même s'il n'a pas obtenu tout ce qu'il voulait, l'emporte dans 14 villes. Tout cela aura des répercussions graves pour les populations, en matière de restrictions budgétaires, de logiques d'austérité, d'attaques contre les services publics.

La question qui se pose, c'est celle d'un changement de politique. L'austérité mène l'ensemble de la gauche dans un abîme. Une autre politique est nécessaire mais la réponse de François Hollande après ce 30 mars désastreux, c’est plus de libéralisme, en passant outre la demande d’une grande majorité des électeurs. Il ne se trompe pas, c’est un choix délibéré. Le débat politique à venir, sera inévitablement marqué par les questions de salaires et du pouvoir d'achat, de justice fiscale et sociale, de services publics, de réorientation des politiques européennes. Les élections européennes du 25 mai se distinguent ainsi à plus d'un titre des précédentes. Au cœur d'une crise aggravée aux plans économique, social et politique, la construction européenne ultralibérale est à présent massivement rejetée et sa légitimité contestée. Le mouvement social peut être l'invité surprise de ces échéances. L’euro-manifestation organisée avec succès le 4 avril par la Confédération européenne des syndicats (CES) permet de le penser. Il s’agissait ce jour de demander un plan d'investissements européens, des emplois stables et l'égalité. Le 2 mars à Lisbonne, le 22 mars à Madrid, des centaines de milliers de femmes et d'hommes ont manifesté contre les politiques d'austérité et l'autoritarisme qui l'accompagne. Depuis 2010, les mobilisations se sont multipliées en Espagne et au Portugal, en Grèce, en Italie, en Roumanie, et même en Grande- Bretagne ou en Allemagne. Toutes convergent et exigent un véritable changement de cap, un fort rejet de l'austérité, du dumping social, des attaques contre les droits des travailleurs et la protection sociale. Il ne peut y avoir d’Union européenne durable, dans sa conception actuelle donnant priorité au marché et à la concurrence débridée, au mépris des besoins élémentaires et des conditions de vie de la plus grande partie de la population. Comment les 85 personnes les plus riches du monde peuvent elles accumuler une richesse équivalente aux revenus dont disposent 3,5 milliards des personnes les plus pauvres ! Il y a donc une réelle volonté de ne pas partager la richesse créée, ce qui conduit à un profond rejet, non de l’Europe au sens de la coopération et de l’harmonie entre les peuples, ce qu’elle devrait être, mais de celle de la finance insolente, des injustices sociales et de la guerre.

En France ce rejet était au cœur de la défaite de Nicolas Sarkozy mais son successeur a décidé de poursuivre sur la même voix au détriment de ses électeurs de gauche. L'appel de plus de deux cents personnalités, responsables syndicaux, associatifs et politiques pour la marche du 12 avril à Paris contre l'austérité, pour l'égalité et le partage des richesses invite à l'action et au rassemblement pour reconstruire cet espoir trahi. Une majorité existe dans notre pays pour imposer une politique de gauche. Elle doit reprendre le dessus, se faire entendre. Elle peut mettre en échec le pacte de « responsabilité » dicté par le MEDEF. Les dizaines de milliers de marcheurs qui envahiront Paris créeront l'événement et pour le coup lanceront la campagne électorale des européennes jusque là occultée par les municipales. La débâcle du PS, lors de ce scrutin, moins de deux ans après les élections présidentielle et législative, démontre que la politique menée par le Président et son Premier ministre, non seulement tourne le dos aux attentes de la majorité qui l'a porté au pouvoir, mais aussi provoque le découragement dans l’électorat de gauche. Cela laisse présager une très forte abstention aux élections européennes, alors que nous sommes de plus en plus régis par la réglementation européenne et que se discute le marché transatlantique. En même temps, la diversion classique, faisant la part belle à l’extrême droite, déjà surmédiatisée, préservera sociaux-démocrates, libéraux et conservateurs de la sanction qu’ils méritent.

L'engagement populaire dans le débat politique et la lutte seront déterminants pour faire entendre la voix des travailleurs et des peuples en faveur d’une Europe de solidarité et de co-développement plutôt que de concurrence et de compétitivité. Les semaines à venir seront décisives pour redonner confiance et espoir au mouvement populaire, social et citoyen dans sa capacité à infléchir une construction européenne ultralibérale et va t’en guerre. A nous de démontrer que ces élections sont une étape importante si l’on veut changer le cours des choses et exiger le progrès social, l'emploi, la démocratie et la paix pour tous. Dans un paysage politique sinistré pour les forces de progrès et un contexte des plus inquiétants pour l’avenir des peuples européens, la candidature à la présidence de la Commission européenne d'Alexis Tsipras, portée par le Parti de la gauche européenne (PGE), offre une nouvelle vision de l'Europe et permet d'inscrire dans chaque pays les campagnes nationales dans une dynamique européenne inédite. Luttes sociales et politiques doivent converger dans cette campagne où le peuple pourra reprendre la main.

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Bastia : la moralité politique en berne

10 Avril 2014

Jeudi 12 avril 10 heures 30

Consécration pour François Tatti le voila élu président de la CAB par 36 voix sur 40. Sa candidature présentée non par les élus communautaires de Bastia mais par les quatre maires des autres communes est significative du sens politique des choses et de l’ultime abandon, pour ne pas dire du coup de grâce, de ceux la mêmes qui hier encore faisaient antichambre. Difficile de ne pas y voir non plus l’accord de Paul Giacobbi.

Belle modernité politique, elle est ici dans ses habits d’or et la moralité politique en berne. La méthode nouvelle est ainsi faite de peu d’élégance et la trahison recyclée. C’est du pragmatisme autrement dit « tu es fort je suis derrière toi tu perds je suis avec ton adversaire ».

Dans ce voyage peu glorieux les trois communes de gauche, San Martino, Santa Maria et Furiani ont été ralliée par celle de droite, Ville de Pietrabugno. C’était le bouquet final des élections municipales de Bastia sous le regard attendri de Jean Baggioni, Edmond Simeoni et Laurent Croce.

Les prochaines échéances régionales et cantonales sont déjà là. Entre temps Jacky Padovani aura eu son siège de sénateur. Bastia sera vraiment devenu le tremplin de la conquête du pouvoir régional par les « corsoprogressistes ». Il se dit que Paul Giacobbi préférerait le Conseil général de Haute Corse ou il serait assuré d’avoir une majorité. Cette option aurait l’aval parisien du PS pour, avec Gilles Siméoni, barrer la route à l’UMP et à la droite de Corse du Sud impatiente de laver l’affront subit en 2010...

Un scrutin peut en cacher un autre et la chute de la citadelle bastiaise favoriser désormais des pratiques nouvelles mais néanmoins archaïques et en définitive peu contestatrices du libéralisme. Or cette contestation et la lutte contre la politique d'austérité, sont fondamentales et indissociables de la question sociale et de son intensité qui implique de reconstruire la gauche et de faire une politique de gauche.

Michel Stefani

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Entachée, une… mandature nouvelle s’ouvre à Bastia.

6 Avril 2014

« Une ère nouvelle s’ouvre à Bastia », 40 ans après Aleria, celui que la presse décrit comme « le fils d'Edmond Simeoni, le père fondateur du nationalisme corse », a la gorge nouée par l’émotion en prononçant, ceint de l’écharpe tricolore, son discours d’investiture devant le nouveau conseil municipal.

A l’extérieur ceux qui sont venus assister à l’événement sont moins nombreux qu'au soir du second tour. Les « bandiere corse » sont aussi plus discrètes, pour ne pas dire absentes, signe des temps sans doute pour saluer, pragmatisme oblige, sobrement l’accession du militant nationaliste modéré aux plus hautes fonctions d’élu local qu’il exercera désormais dans la deuxième ville de Corse.

« Ce que les Bastiaises et les Bastiais ont voulu a valeur d’enseignements pour la Corse » l’idéal pour lequel « tant de militants nationalistes ont payé le prix fort » ne peut faire oublier « les erreurs et les excès, trop d’excès sans doute » qui jalonnent cette histoire. Cette victoire à Bastia est aussi le résultat de « cette lutte pour la langue et la culture corses, pour la reconnaissance des droits du peuple corse ». Elle confirme la validité « de la démarche fondée sur l’action démocratique », porteuse « d’un avenir meilleur et d’une société corse apaisée » offerte aux générations futures.

Le message se veut rassurant pour tous mais en posant les prémices d’une autocritique du nationalisme corse il semblait s’adresser particulièrement aux candidats de Corsica Libera qui ont vu la porte du rassemblement se fermait devant eux au lendemain du premier tour.

« Quand on ouvre un chemin il faut faire un premier pas » gageons que le second passera rapidement à une condamnation claire de la violence indépendantiste indispensable dans l’objectif de faire prévaloir définitivement la confrontation des idées dans le débat démocratique. Le peuple corse dans son immense majorité le veut. De même « l’ouverture aux autres » ne peut se concevoir sans un rejet tout aussi clair du slogan xénophobe et diviseur IFF.

En attendant, les élus ont été invités à respecter « la tradition qui veut que le nouveau conseil municipal fleurisse le monument aux morts pour la France mais aussi pour la Corse ». Invite également à rendre hommage à Pascal Paoli le 6 avril pour l’anniversaire de sa naissance « homme des lumières père de la patrie » associé à la devise de « Liberté Egalité Fraternité » partagée dans son universalité « par celles et ceux qui se sont engagés devant les Bastiaises et les Bastiais à servir leur ville dans l’intérêt général ».

Voila comment les symboles de « l’Etat oppresseur et aliénant », sans reprendre le qualificatif ordinaire de colonial, n’ont donc pas été exclus du droit de cité durant cette cérémonie à la fois solennelle et hautement symbolique pour l’institution. C’était important notamment dans ses relations, envisagées de manière « plus partenariale », avec ses voisines et l’Etat sans que ne soit véritablement aborder la question essentielle du rapport à la France.

Bastia dans son « environnement naturel et européen rayonnera sans entrave », par-dessus « les divergences et les différences assumées » à travers « l’union réalisée, sans se renier », pour et sur son seul nom. On aura cependant du mal à croire à la conversion des libéraux de l’UMP en défenseurs des services publics communaux ou du logement social et celle des socialistes en contempteurs de ces nouveaux alliés frontalement opposés au gouvernement et à François Hollande.

Cet aspect politique des choses laisse penser que derrière l’intitulé de liste « Bastia », structurant en surface l’imposture d’une alliance contre nature, le dénominateur commun n’ait été que l’accord de fond sur la politique libérale et sa déclinaison depuis Bruxelles sur tous les tons de l’austérité d’une Europe antisociale de régions désolidarisées et de peuples moins considérés que les marchés financiers.

Pour l’instant le voile persiste mais les partenaires issus du conclave de Bastia promettent une méthode transparente de « rupture avec les pratiques clientélistes et l’opacité dans les marchés publics ». La campagne électorale est terminée mais la dénonciation du système par des allégations calomnieuses persiste malgré la volonté affirmée de rechercher avec l’opposition un travail commun pour Bastia.

Favorisée par une situation financière saine, une pression fiscale gelée depuis 20 ans au bénéfice des ménages, de nombreux projets en cours de réalisation ou à venir, la nouvelle municipalité, indépendamment des contradictions masquées par un caricatural tout sauf Zucarrelli, a devant elle le ciel bleu qui s’expose à ceux qui ont entrepris et réussi un holdup (électoral) parfait.

Tout en étant grisant, c’est la loi du genre, il ne dérogera pas à la règle et réservera des surprises. Les dissonances ne manqueront pas après un tel concert aux ambitions, marqué ici par la trahison des électeurs de gauche et un besoin abusif de reconnaissance personnelle identifiable aux postes revendiqués puis attribués ceux du premier adjoint de la ville et du président de la CAB. Ainsi entachée, une… mandature nouvelle s’ouvre à Bastia.

Michel Stefani

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Chjami e rispondi in Bastia

4 Avril 2014

Quelques heures avant l’intronisation du nouveau maire de Bastia et de la municipalité Nationaliste-Gauche moderne-UMP.

Pierre : Alors tu as vu à Bastia ?

Dominique : J’ai vu

Pierre : C’est un type intelligent Gilles quand même

Dominique : Ah bon pourquoi ?

Pierre : Eh bien il a su faire ce qu’il fallait

Dominique : C’est bien ce que je pensais tu confonds intelligence et cynisme.

Pierre : Non

Dominique : Comment non ! Gilles Simeoni a expliqué qu’il ne fallait pas ostraciser les nationalistes mais il écarte ses alliés naturels de Corsica libera, prend François Tatti qui a dit avant le premier tour qu’il ne le ferait pas maire, Emmanuelle Degentili qui ne voulait pas d’alliance avec les communistes trop critiques a l’égard du gouvernement et enfin Jean Louis Milani de l’UMP soutenu par toutes les instances de son parti dont l’amabilité pour les socialistes est légendaire

Pierre : Tu as raison mais quand même il y a eu un rejet, la dynastie tu comprends, Emile aurait du rester...

Dominique : Je ne comprends pas. Je ne vois pas comment un candidat à 32 % serait rejeté et son adversaire à 32 % comme lui serait adulé. Pour ce qui est des dynasties une seule serait infréquentable à Bastia quand une autre à Venaco, au moins en 2010, était vénérée par les mêmes Tatti et Degentili, quant aux fils et aux filles les donneurs de leçons ne sont pas les mieux placés

Pierre : Vu comme ça

Dominique : Vu comme ça, c’est une victoire sans gloire au mépris des principes politiques construite sur une alliance contre nature, non respectueuse des engagements affirmés et finalement fondée sur une trahison des électeurs de gauche.

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Fr3 Corse Via Stella : la déontologie oubliée du journalisme

3 Avril 2014

France 3 Corse Via Stella fait partie de ces médias qui se délectent à chanter l’oraison funèbre du parti communiste. « Les communistes en Corse : la chute finale ! », tel est le titre retenu par la rédaction sur son site web pour distiller aux lecteurs sa frénétique envie comme s’il suffisait d’une journée électorale décevante pour faire disparaitre des centaines de militants communistes en Corse.

Contrairement à ce qui est écrit il y a des élus communistes dans « les grandes villes » Bastia, Ajaccio et Porto Vecchio au moins 4 et une apparentée. Ils siègeront dans l’opposition et continueront comme précédemment dans la majorité à défendre les intérêts populaires, à combattre la politique d’austérité du gouvernement, à s’opposer à la droite. Effectivement, c’est un aspect non négligeable de ces élections, néanmoins absent de cette caricature de reportage.

Car désormais les élus UMP siègent dans les nouvelles majorités municipales à Bastia et Ajaccio et comme on connait leur inclinaison naturelle à faire dans l’ultralibéralisme et leur aversion par exemple pour le logement social ou le service public communal, on mesure l’importance de pouvoir disposer d’élus de gauche déterminés à faire prévaloir les valeurs progressistes et républicaines de solidarité.

Les élus même diminués en nombre et les militants communistes seront vigilents et combattifs utiles pour agir avec les citoyens avec l’objectif de rassembler celles et ceux qui ont besoin de faire entendre et prendre en compte l’urgence sociale. Pour faire correctement son travail d’information la, ou le, journaliste aurait dû y regarder à deux fois et ne pas écrire que le parti communiste « ne possède plus aucun élu dans une grande ville de l’île » puisque c’est faux. En revanche ce qui n’a été ni dit, ni écrit et qui fait la particularité de ces élus c’est qu’ils reversent leurs indemnités d’élus au parti. Cela a un impact que tout un chacun peut comprendre aisément mais les communistes dans la longue existence de leur parti ont toujours su faire face aux situations les plus difficiles.

On nous réclame une autocritique. Cela semble incongru compte tenu de l’analyse. On peut ne pas partager les arguments mais expliquer qu’il s’agit « d’une ultime conviction ou d’un déni du réel » relève encore de la fiction anticommuniste basique. On la sent poindre d’ailleurs dans cette forme méprisante du propos « le parti communiste qui gardait encore dans l'île un reliquat d'influence notoire issu de son riche passé n'a plus désormais aucun élu dans les grandes villes de Corse ».

Ces journalistes facilement thuriféraires, pour ne pas dire engagés, quand il s’agit d’autres formations politiques devraient sans doute réaliser leur propre autocritique. Peut être y retrouveraient-ils ce qui fait la déontologie du journalisme. Cela est écrit sans amertume même si le résultat des municipales en Corse ne donne aucune satisfaction aux communistes ce que tout le monde peut comprendre aisément mais les incite fortement à reconstruire l’espoir à gauche.

Michel Stefani

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