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Michel Stefani

Pour la bonne compréhension des choses au Chemin de fer de la Corse

12 Février 2013

Les dirigeants du STC m’ont attaqué pour ce qui est du paiement des jours de grève aux agents des CFC engagés dans le dernier conflit. Sur le fond leurs arguments, s’agissant de syndicalistes, peuvent surprendre. Sur la forme, ils auraient du être informés que la même mesure avait été retenue à la sortie du conflit de 2010, mené par le STC, à savoir : 2/3 à la charge de la CTC et le restant réparti pour moitié à la charge de l’exploitant et pour moitié à la charge des agents grévistes.

Quant à la lutte des 145 ouvriers de FEMENIA FABRICATION qui a durée cinq ans. Les propos qui laissent sous entendre que cette entreprise privée, dans laquelle effectivement je militais avant d’être licencié avec 96 autres camarades, aurait été fermée parce que nous étions trop revendicatifs et trop payés sont tout aussi significatifs d’une curieuse conception du syndicalisme. Sans entrer ici dans le détail, mais je suis prêts à le faire si nécessaire, ce n’est pas en raison des salaires, très critiqués il est vrai à l’époque par un patronat local dont on connaît la fibre sociale, que cette entreprise a été fermée mais bien en raison de la politique de déstructuration industrielle du machinisme agricole français dans le cadre du marché européen. Nous nous sommes battus contre cette politique dont on voit encore aujourd’hui les effets néfastes. Cette lutte allait dans le sens de l’intérêt bien compris du pays et de la Corse pour laquelle FEMENIA FABRICATION était une grande entreprise industrielle.

Il m’est reproché également d’avoir œuvré afin que le dialogue social reprenne entre les grévistes (STC, CGT et non syndiqués) et le président de l’OTC. Venant des défenseurs du service minimum en cas de grève je n’en suis pas surpris. Ce faisant, aucune explication n’ait donnée sur le fond du problème. Quand 191 agents signent une lettre pétition dans laquelle ils expliquent n’avoir pas d’information sur le contenu du projet d’accord, notamment sur le titre 7 concernant la rémunération, ce n’est pas Michel Stefani qui les y oblige. Il en est de même s’agissant de la lettre des 7 chefs de services, il y en a 9 aux CFC, dénonçant leur mise à l’écart alors qu’ils devaient être associés conformément au protocole du 4 juillet 2012. Il en est encore de même quand le 21 décembre 126 agents observent une journée de grève puis, un mois plus tard, 110 à 120 se déclarent en grève à nouveau pendant 15 jours. Chacun comprendra que m’attribuer la responsabilité de ces faits est pour le moins excessif.

Plus sérieusement, j’ai essayé de comprendre et d’agir pour sortir du blocage. Mes prises de positions publiques analysées trop souvent en termes de désaccord dans la majorité régionale le confirment. La réunion du CA de la SAEML, le montre tout autant puisque, sur ma proposition, un vote unanime est intervenu demandant la reprise du dialogue social et la tenue d’une réunion mettant toutes les parties autour d’une table. C’est ce qui a été acté au protocole de sortie de conflit entre le président de l’OTC et les représentants des personnels grévistes des CFC. Le STC d’ores et déjà a fermé cette porte c’est regrettable et éclairant. Car il s’agit d’un refus de corriger plusieurs imperfections et inégalités à l’avantage de certains agents alors que d’autres seraient lésés.

Enfin il me semble que la confusion doit être levée entre masse salariale et contribution financière. La première est aujourd’hui de 15.5 M€ la seconde est de 22 M€ est constitue « l’enveloppe constante » versée par la CTC chaque année de la DSP soit 10 ans. Cependant les premières analyses montrent que la mise en œuvre du projet d’accord conduirait à une évolution de la masse salariale d’environ 30 % sur cette période à effectif et euro constants. Devraient s’y ajouter la réparation des inégalités, l’effacement des imperfections et la prise en compte de la mutuelle. Aussi j’ai indiqué que les recettes commerciales, à elles seules, ne permettraient pas de faire face à ces exigences en même temps qu’aux négociations annuelles sur le pouvoir d’achat et les avancements ; à la nécessité d’embaucher pour tenir les objectifs de montée en charge de l’exploitation ; aux dépenses quotidiennes de fonctionnement.

On le voit la question n’est pas, contrairement à ce qui a été déclaré, d’enlever des avantages aux uns, majoritaires, pour en donner aux autres mais d’améliorer ce projet d’accord afin qu’aucun agent ne soit lésé et que l’entreprise puisse fonctionner normalement. Viendrait ensuite le temps où l’Assemblée de Corse se prononcerait pour dire, chiffrage à l’appui, si elle autorise les administrateurs de la SAEML à donner mandat au DG qui est la seule personne en définitive habilitée à signer cet accord en lui donnant force de loi.

Sans verser dans la polémique que d’aucuns recherchent en m’attaquant personnellement, il m’est apparu indispensable pour la bonne compréhension des choses au Chemin de fer de la Corse d’apporter ces quelques éléments d’information à la connaissance des lecteurs et auditeurs de la presse régionale.

Michel Stefani

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« Le monologue de figaro »

6 Février 2013

A défaut d’avoir la perspicacité du détracteur qui signe ce billet d’humeur, je signerai mon commentaire pour la clarté de l’échange auquel les lecteurs du site Unita Naziunale ont droit selon moi. C’est donc sous ce titre « le monologue de figaro » que Monsieur Ghjacumu Petru reconnait avoir vécu un « grand moment comique » en regardant Cuntrastu. Tant mieux ce qu’il écrit à un effet inverse pour le rire comme pour la pensée politique.

Voici ma réponse à Monsieur Ghjacumu Petru

Je ne pense pas qu’on puisse dire que les trois journalistes ont été particulièrement dociles pour me laisser développer mon argumentation. Mais libre à vous de le croire. Vous faites partie de ce petit nombre de personnes qui, incapables de démontrer par une argumentation étayée, leurs propos renvoie la responsabilité de leur inconséquence sur les autres.

Vous trouvez que je n’ai pas répondu suffisamment sur les contradictions de la majorité régionale vous êtes surement attentif aux débats de l’Assemblée de Corse et vous avez, sans doute, remarqué que notre attitude « autonome et responsable », ce sont les termes que j’ai employés, nous conduit à avoir une analyse critique et non binaire de ce que nous faisons en tant que groupe du Front de gauche, l’un des rares qui est encore uni, et ensuite en tant que composante minoritaire de cette majorité elle-même minoritaire.

Nous préférerions mettre en œuvre notre programme mais ce n’est pas le cas. Nous le savions dès le départ en 2010 puisque nous avions constitué notre liste en raison des divergences, existantes avec nos partenaires, que nous n’avons jamais cachées. Nous avons cependant considéré qu’au second tour il fallait s’unir pour battre la droite que nous avions combattu dans toutes les mandatures précédentes et notamment la dernière marquée symboliquement par un PADDUC libéral prônant la « désanctuarisation ».

Vos amis ont sans doute très bien défendu le littoral nous, nous n’en faisons pas une question de relations personnelles mais de droit et d’intervention citoyenne et démocratique. Nous avons défendu et maintenu par notre vote à l’Assemblée Nationale l’application de la loi littoral dans la loi de janvier 2002 et nous continuons a réclamé des moyens pour le conservatoire du littoral. Contrairement à vous je ne connais pas de meilleurs protecteurs de l’environnement et du littoral que l’application de loi littoral et l’action du conservatoire du littoral.

Vous m’avez trouvé stalinien dans le pire des cas ou pâle copie de Georges Marchais c’est généralement le raccourci habituel des militants d’extrême droite. On peut me reprocher d’avoir été trop absent de mon pays d’origine mais cette appréciation ne peut justifier l’incapacité, non pas à interpréter, mais à comprendre certaines choses.

L’expression de la solidarité nationale ne se trouve pas dans une relation de domination mais bien dans un pacte social et républicain celui que reprenaient à leur compte les Résistants comme Jean Nicoli dans le programme du Conseil national de la Résistance pour mettre en œuvre des dispositifs fondés sur un principe de justice sociale selon lequel chacun contribue selon ses moyens pour recevoir en fonction de ses besoins.

La Corse n’a pas connue de situation coloniale au sens où le laisse supposer vos écrits précisément parce que le peuple corse auquel les communistes s’adressaient dès 1939 a été lui-même par son insurrection l’auteur de sa propre libération. Pour croire en cette démarche comme y ont cru les communistes qui l’ont impulsée, il fallait combattre le fascisme véhiculé par les fascistes italiens, allemands et corses. C’est le mérite de François Vittori, Dominique Vincetti, André Giusti, Jules Mondoloni… qui se sont battus également pour libérer la France et y établir une société moderne et solidaire, juste et fraternelle.

Ils étaient anticapitalistes, combattaient la démagogie nationale socialiste des fascistes qui poussaient les travailleurs dans les bras de leurs exploiteurs et dans la guerre.

Vous considérez qu’il suffit de revendiquer ses origines pour gommer les contradictions de classes. Or « le tous ensemble » parce qu’on est tous corses ne situe pas la Corse hors des contradictions qui opposent exploiteurs et exploités, capitalistes et salariés. L’écart de richesse n’est pas une affaire de culture contrairement à ce que vous dites il est le produit d’un système dont l’objet est justement l’accumulation de la richesse entre les mains de quelques uns.

C’est dans le prolongement des combats de la Libération, dont fêtera le 70ème anniversaire cette année, que le Député Arthur Giovonni réclamera la continuité territoriale. Il aura fallu 25 ans de luttes sociales et populaires pour obtenir en 1976, après la faillite des compagnies privées subventionnées, un service régulier moderniser par le roll on roll off pour le fret et les ferries pour les passagers. Une ligne inscrite au budget de la Nation, expression de la solidarité nationale, garantira l’existence d’une flotte à un haut niveau de qualité technique, de sécurité pour le service public.

Il fallait gommer le handicap de l’insularité notamment en raison de la cherté de la vie c’est la notion de franco de port qui a prévalue mais ce n’est ni la France aux « visées coloniales » sur la Corse, ni le « lobby marseillais » qui l’a détournée comme d’ailleurs les réfactions de TVA ce sont bien les patrons insulaires à leur profit et au détriment des consommateurs sans que cela n’émeuve les organisateurs de la manifestation du 9 février pour un statut fiscal dérogatoire dont les prémices sont déjà au cœur de comportement sans scrupule.

Le pavillon panaméen vous gène moins que le pavillon français premier registre. Nous, nous choisissons le second, non pas par esprit nationaliste français, étroitement cocardier, mais parce qu’il s’agit de respect de la réglementation sociale, fiscale et environnementale. Le premier était celui de Corsica Ferries France, avant de passer sous pavillon italien second registre pour des raisons évidentes de non respect de la réglementation et de gros sous.

Le cabotage national « ouvert » comme vous le réclamez au nom de l’Europe que vous préférez visiblement à la France c’est, au-delà de ces avantages liés aux règles de pavillon de complaisance, le versement d’environ 140 M€ d’argent public à CFF pour concurrencer la CMN et la SNCM au départ de Toulon pendant 10 ans.

La SNCM dont vous souhaitez la disparition n’est pas la seule concernée la CMN présente cette année des comptes déficitaires. Vous l’ignoriez sans doute comme les conditions de privatisation de la SNCM par le gouvernement Sarkozy Villepin qui effectivement a été une étape scandaleuse mais décisive dans la casse du service public et de la compagnie nationale parce que l’un ne va pas sans l’autre.

Aujourd’hui si nous nous en tenons aux informations parues dans Corse Matin, cela doit vous réjouir, CFF répond à l’Appel d’Offres de la CTC (nous avons été les seuls à l’Assemblée de Corse à voter contre le cahier des charges précisément parce que nous avions anticipé sur ce fait) et peut selon le journaliste l’emporter. Elle se trouvera alors en situation de monopole à Marseille et à Toulon où l’extension de la DSP était pour les élus nationalistes inacceptable précisément selon eux pour ne pas avoir de monopole.

L’impact sur l’économie locale et l’emploi est évident pour toute personne de bonne foi en Corse comme sur le continent et parfois pour des Corses qui vivent à Marseille depuis très longtemps parce qu’ils y ont été accueillis hors de toute considération xénophobe qui aurait pu pousser les marseillais à dire les « Corses dehors ».

Vous trouvez normal que les gros patrimoines insulaires ne contribuent pas au titre des droits de succession. C’est votre choix. Nous pensons, à fortiori à notre époque, où les inégalités criantes divisent les Corse entre pauvres et riches que cela nécessite, quand ou prétend les réduire autrement que par la compassion ou la générosité supposée, plus de justice fiscale. Il y a cent ans les gros propriétaires fonciers existaient et exploitaient les femmes, les hommes et les enfants, sur leurs terres. Les inégalités entres les uns et les autres étaient évidentes sauf pour vous.

Voila pourquoi derrière le concept « néo colonial » que nous serions « incapables » d’analyser vous masquez en définitive votre attachement à cet ordre établi. Pour nous il faut en changer radicalement par la voie démocratique et citoyenne. C’est pour cette raison que contrairement aux dirigeants nationalistes nous n’avons jamais dit, au moment où la Corse connaissait le plus grand mouvement social de son histoire, en 1989, que la prime de transport réclamée par 20 000 travailleurs excédés par la cherté de la vie, était « une prime coloniale ».

Enfin vous dites ne pas vouloir me demander de parler et d’écrire corse aussi bien que Rinatu Cotti ou Santu Casanova. Vous auriez pu ajouter Simon Jean Vinciguerra ou Jean Baptiste Marcellesi parce que leur combat pour la défense et la promotion de la langue Corse, dont nous nous inspirons, témoigne de l’attachement des communistes à la richesse culturelle, non pas folklorique, qu’elle représente à nos yeux depuis très longtemps et la je rejoins votre analyse : il s’agit tout autant d’ouverture aux autres différents auxquels nous ne dirons jamais « fora » y compris sous couvert de corsisation de l’emploi. Comme vous le savez, plus encore au moment où la Corse compte 17 000 chômeurs, nous nous opposons à ce concept mettant en cause l’unité des travailleurs.

Je reconnais avoir du mal à écrire en corse et le parle imparfaitement mais je ne désespère pas améliorer ma diction pour chanter en corse, en français et d’autres langues encore, les lendemains meilleurs des travailleurs avant tout parce que je suis communiste. Quant à révolutionnaire certains portent une cagoule et prétendent l’être moi je n’en ai jamais portée et avoue humblement qu’être révolutionnaire ne se décrète pas.

Au regard de l’histoire des échecs du socialisme mais aussi de l’état actuel du monde capitaliste, la voie à emprunter pour le changer n’est surement pas la plus facile mais la plus révolutionnaire. La question est de savoir combien nous serons à l’emprunter. C’est les sens des travaux du 36ème Congrès du Parti communiste français qui s’ouvre le 7 février prochain.

Michel Stefani

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