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Michel Stefani

Pour un bilinguisme assumé

2 Août 2011

On ne peut prétendre qu’il soit urgent de s’attaquer à la fracture sociale, pour la réduire, et ignorer la réalité économique, la diversité sociale et culturelle, l’histoire du territoire sur lequel elle se développe.

La place accordée aux langues dans la société est un enjeu essentiel de cette réflexion et de l’action qui en découle. Une double dimension apparaît, touchant à la sphère publique et à l'individu, lui-même au cœur de celle-ci, en tant que citoyen. La langue, instrument de communication avec les autres est en même temps, dans une certaine mesure, le révélateur de son identité souvent complexe.

Ce paradoxe souligne le caractère aberrant de la logique marchande qui pousse à la standardisation linguistique et culturelle quand la prise en compte de la diversité est constitutive de richesse intellectuelle, collective et personnelle. D’où l'affirmation : "langues communes oui langue unique non", tant le plurilinguisme est un avantage pour l'épanouissement de l'individu.

Par contre, le sentiment de perte d'appartenance sociale et la frustration de ceux qui n'ont pas accès à la formation, à l'information et aux échanges, se conjuguent et trouvent dans la politique gouvernementale actuelle, politique de division et de stigmatisation de communautés entières, un exutoire dangereux proche des thématiques Vichyssoises.

La précarité, l’isolement individuel conduisent au rejet et au repli face à un système qui broie les hommes, leur statut social, leurs origines. Le passé et les valeurs "ancestrales" deviennent, parfois à tort, de nouvelles références pour des rapports sociaux, dans certains cas non laïcs, fondés sur une conception ethnique voire communautariste.

Aujourd'hui le bilinguisme doit s'inscrire dans un projet sociétal dont la caractéristique essentielle serait l'ouverture face à ces risques terribles. Par cette affirmation, d’un bilinguisme assumé et respectueux de notre diversité comme de notre histoire, il s’agit de poser dans la sérénité les conditions d’un débat fécond pour préserver et promouvoir la langue corse sans pour autant diviser celles et ceux qui ont choisi de vivre en Corse quelle que soit leur origine.

Nous pensons particulièrement aux travailleurs et au respect des règles qui, pour limiter les risques de discrimination dans l’emploi et le déroulement de carrière, sont établies avec le code du travail, le statut de la fonction publique, les statuts des agents des entreprises nationales, les conventions collectives. En conséquence, nous rejetons l'idée de la sélection à l'embauche par la maîtrise de la langue pour "corsiser" l'emploi.

Dans le prolongement de la proposition de loi 2321 des députés communistes déposée en 1984, nous nous sommes appuyés sur les travaux de notre compatriote, sociolinguiste mondialement reconnu, Jean Baptiste Marcellesi, pour proposer en 1985, la co-officialité et sauver le corse en préservant le bilinguisme franco corse.

La brochure, publiée à l'appui de cette proposition, était intitulée "Pour une politique démocratique de la langue" précisément parce que depuis l'édit de Viller Cotterets les langues de France ont peu à peu été occultées par une politique d'uniformisation au bénéfice du français. Ainsi valorisé, l’identique est devenu facteur de dépossessions à plus forte raison quand la volonté politique signifie : "même langue et mêmes façons de penser" sur fonds de rentabilité et de productivité capitalistes.

De fait la langue minorée est aussi celle du peuple. La République une et indivisible, l'unité de la Nation ont souvent été les arguments développés pour justifier une politique fondée avant tout sur des enjeux économiques et des données démographiques. Or, dans les deux cas, nous voyons que les exigences capitalistes d'un monde sans entrave pour la spéculation financière menacent des Etats entier non la diversité linguistique.

La société française est transformée pour l'adapter à ces règles de la mondialisation capitaliste imposées à l'homme, au mépris de son propre avenir et de son environnement, en vantant les mérites d'un individualisme forcené pour mieux détruire les principes de solidarité donc du vivre mieux ensemble.

Il est significatif d'entendre à l'Assemblée Nationale le ministre Besson clore la discussion ouverte en 2008 avec la réforme de la constitution, sur la question de langues régionales par un refus de mettre à l'ordre du jour l'adoption d'une loi offrant un cadre juridique plus complet et fiable que la loi Deixonne de 1951. On se souvient également du refus de Jacques Chirac de ratifier la Charte des langues régionales, pourtant signée par la France en 1999, au motif que le Conseil constitutionnel jugeait plusieurs clauses contraires à la Constitution.

Sur le plan des principes, le Conseil a estimé que la Charte conférait des droits spécifiques et "imprescriptibles" à des "groupes" de locuteurs, à l’intérieur de "territoires", ce qui portait atteinte aux principes constitutionnels d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français.

Dire qu'un peuple existe parce que sa langue existe est aussi faux que d'affirmer le contraire. Devant l'Assemblée de Corse Paul Bungelmi insistait en 1983 sur la nécessité de "prendre en compte le fonds commun à l'identité corse et la diversité et surtout admettre le caractère évolutif de l'homme en qui le nouveau et la tradition se mélangent dans un mouvement qui fait que l'identité culturelle se crée toujours au présent."

La France, précisément parce qu'elle est celle des Lumières, se doit à la fois de préserver son exception culturelle et en ce sens de consacrer les moyens, humains techniques et financiers, nécessaires à une réelle promotion des langues et cultures régionales.

Pour cela il faut stopper la politique de suppression massive de postes dans l'Education Nationale. Il faut également, engager la modification de la Constitution et l'adoption d'une loi indispensable pour donner aux langues de France un statut et aux cultures régionales un cadre permettant à long terme une véritable promotion et un plein épanouissement.

Enfin, il faut évaluer ce que leur revitalisation peut apporter aux rapports sociaux et à l'essor culturel du pays et définir au mieux l'engagement de l'Etat. À défaut, leur avenir resterait incertain et à terme la part du patrimoine national qu'elles constituent serait définitivement perdue.

Définie dans un cadre national de responsabilité publique, cette politique serait d'autant plus efficace qu'elle afficherait une ambition décentralisatrice forte donnant aux régions la capacité d'adapter les objectifs communs aux particularités de chacune d'elle.

L'enjeu, c'est effectivement, à nos yeux, de fonder, dans la reconnaissance et la connaissance de l’autre, une société généreuse, solidaire conjuguant la citoyenneté, l'épanouissement de la personne et la dignité humaine. Force est de reconnaître que nous en sommes pas là. La politique gouvernementale y est pour beaucoup.

Michel Stefani

 

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De la présence des entreprises nationales en Corse

2 Août 2011

A la veille de leur départ en vacances les élu(e)s de l’Assemblée de Corse étaient appelés à délibérer sur plusieurs dossiers importants notamment deux concernant le transport aérien et le Chemin de fer de la Corse (CFC).

Les domaines sont différents mais la configuration comparable dans un cas il est indispensable qu’Air France, dans le cadre du partenariat avec Air Corsica, puisse continuer à desservir la Corse dans l’autre la présence de la SNCF doit être confirmée pour ne pas connaître la fermeture des CFC.

 

On peut naturellement s’interroger sur les raisons qui ont conduit à ce que la desserte aérienne sur Paris soit déficitaire de 14 M € après versement de la compensation financière due aux opérateurs en l’occurrence Air France et Air Corsica et de la même façon pourquoi la SNCF demande 50 M € la où les services de la Collectivité territoriale en prévoit 30.

 

Les enjeux sont essentiels dans les deux cas et cette connaissance nécessaire pour orienter la décision des élus comme pour gérer le budget de la CTC et l’enveloppe de continuité territoriale cette ligne au budget de la nation affectée au financement de la desserte de service public de la Corse sous l’autorité de l’Office des transports (OTC).

 

La compensation financière versée aux compagnies aériennes est prélevée sur cette enveloppe alors que le financement de la gestion, déléguée, des CFC est assuré par le budget de la CTC. Or ni l’enveloppe de continuité territoriale gelée depuis deux ans donc en recul, ni le budget de la CTC ne permettent dans le contexte de crise et d’austérité gouvernementale d’imaginer une amélioration sensible sans une révision de cette politique.

 

C’est une exigence précisément au regard de la responsabilité de l’Etat à l’égard de la Corse. Il est en effet le garant du niveau d’implication des entreprises nationales en Corse. En ce sens il ne peut se désintéresser de cette situation et contribuer à ce que la SNCF et Air France restent pleinement en Corse.

 

Inutile de cacher que pour la desserte aérienne il est impératif que la CTC redéfinisse une politique qui prenne ses distances avec la logique libérale d’aiguisement de la concurrence. C’est elle qui a prévalue en 2008 avec plus de liberté commerciale sur les tarifs et à l’arrivée une baisse de fréquentation des lignes de service public au bénéfice des low costs appelés à écrémer les lignes les plus profitables à leur convenance. 

 

50 000 passagers de moins avec un coupon moyen à 80 € c’est une perte recettes de 4 M €. Inversement c’est une aubaine pour les low costs qui oublient par ailleurs d’honorer leurs obligations fiscales à l’égard de la Corse et sociales à l’égard des travailleurs.  

Et comme l’expérience montre que le marché de la Corse reste stable cette politique est encore plus mortifère pour le service public et les opérateurs historiques Air France et Air Corsica récemment recapitalisée à hauteur de 12 M € par la CTC qui en est l’actionnaire majoritaire.

 

S’agissant des CFC on mesure, avec l’incertitude qui entoure la mise en service de tous les autorails de nouvelles générations, la difficulté à surmonter un obstacle inattendu, donc la marge de manœuvre financière, alors que la modernisation doit se poursuivre avec le système de cadencement des trains sur les voies offrant une gestion plus efficiente du réseau et des trafics avec une plus grande sécurité pour les usager.  

Cependant l’amélioration des recettes, aujourd’hui réduites par la défaillance des trains AMG, ne suffira pas pour garantir ces investissements évalués à plus de 20 M€ et donner aux cheminots le statut qu’ils réclament à juste titre. Parler de développement durable pour la Corse c’est forcément parler chemin de fer sans lequel un aménagement respectueux de l’environnement ne peut s’envisager véritablement.  

Dessertes urbaines et suburbaines de Bastia et Ajaccio ouverture de la ligne de plaine orientale pour mettre Porto Vecchio et Calvi à une heure trente et une heure quinze de Bastia, transporter des passagers et des marchandises sur ces axes à fort potentiel de développement c’est à cela qu’il faut penser en l’inscrivant au PADDUC dans le cadre de l’intermodalité des transports souhaitée.  

Pour cela il faut des moyens, c’est vrai, mais des moyens il y en a pour peu que l’argent public abondamment distribué aux banques ne leur serve plus à alimenter la frénésie spéculative des opérateurs agissant sur les marchés financiers.  

La crise financière et son impact montrent la supériorité de l’intervention publique sur le privé et le besoin crucial d’une grande politique publique ancrée à gauche. Seule la puissance publique, en se dégageant des contraintes de la rentabilité à court terme du capital, peut mettre en œuvre et soutenir sur la longue durée des programmes majeurs en réponse aux besoins humains sociaux et environnementaux.

Dans la phase électorale qui s’annonce de la présidentielle et des législatives ce sont ces questions et enjeux qu’il faut placer au centre du débat parce qu’ils se rattachent directement à ceux de l’emploi à statut, des salaires décents et du service public à la population.

 

Michel STEFANI

 

 

 

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