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Michel Stefani

Répondre à la question sociale en priorité

14 Juin 2010

La préparation du 35ème congrès du PCF est à présent dans la phase des Congrès départementaux. C'est la dernière étape avant que les délégué(e)s de toute la France se retrouvent au CNIT les 18, 19 et 20 juin prochains.

Au précédent Congrès ordinaire, les communistes dans leur grande majorité, ont fait le choix de continuer leurs luttes pour le changement de système et de société, avec le PCF, en le transformant afin de mieux répondre aux exigences que cette ambition nécessite. Ils ont également convenu de la tenue de ce Congrès extraordinaire, d'étape, pour évaluer la pertinence de leur stratégie de rassemblement et des transformations intervenues ou à venir au plan de l'organisation et du fonctionnement de leur Parti.

Le Conseil national dans ce cadre a mis à leur disposition les documents et les arguments d'analyse s'agissant d'une part du devenir du parti communiste, non pas au sens partisan des choses, mais véritablement comme l'outil dont le peuple, et particulièrement la classe ouvrière, a besoin dans son combat anticapitaliste et émancipateur, d'autre part des leçons que nous pouvons tirer de l'expérience engagée avec le Front de gauche.

Enfin il a décidé d'inscrire ce travail préparatoire dans la riposte quotidienne à la politique antisociale de la droite et du Medef. L'initiative nationale en faveur du droit à la retraite à 60 ans et la défense du système par répartition en en l'illustration la plus concrète du moment.

Inutile donc d'aller en Italie ou en Allemagne chercher l'explication de ce qui se passe chez nous. Nos choix sont radicalement différents de ceux retenus dans ces pays par les camarades intéressés. En Italie, c'est évident, ils ont conduit à une disparition (dilution) des forces communistes organisées au plan national. Ce processus de lente agonie du PCI a été mené, durant une trentaine d'années, y compris par ceux la mêmes qui s'en faisaient les défenseurs patentés.

Comme on le voit, tout peut concourir à la réflexion mais nous devons nous garder du piège d'un retour au modèle, quel qu'il soit, et faire appel avec confiance à la nécessaire inventivité collective des communistes. En ces moments, où la crise du système capitaliste souligne l'actualité de la théorie marxiste, leur objectif consistera naturellement à stimuler par leur engagement militant l'intervention citoyenne et démocratique, le mouvement social et populaire en faveur de transformations progressistes. Dans la pratique c'est partir des fondamentaux plutôt que se faire hara-kiri sur l'autel du libéralisme.

Dans la campagne des régionales avec le Front de gauche, nous nous y sommes employés avec la volonté affichée de changer le rapport de force politique. En revanche, la situation nouvelle que nous avons nettement contribué à façonner, nécessite de réfléchir aux conditions dans lesquelles il est possible de poursuivre sur ce chemin du rassemblement et de l'élargissement du Front de gauche pour confirmer à la fois l'espoir d'une perspective de changement à gauche dans le pays en 2012 et la réussite de la gauche en Corse dès maintenant jusqu'en 2014.

Voila pourquoi, sans se perdre dans les délices stériles d'un cartel d'organisations, le Front de gauche n'a pas vocation à se substituer aux formations politiques qui le composent. Pour cette raison, lorsque nous nous sommes adressés aux électeurs, tous les documents que nous avons imprimés les affiches (6 000 ex), le journal avec nos propositions pour la Corse (80 000 ex), la profession de foi (217 000 ex) comportaient les deux sigles Front de gauche et PCF. Sur le bulletin de vote la réglementation ne le permettait pas mais comme nous ne voulions pas tromper les électeurs nous avons mentionné l'appartenance politique de chaque candidat(e) communiste.

Cela étant la démarche de rassemblement initiée ne se résume pas à sa seule appellation Front de gauche. Elle s'est développée, sur une période de 18 mois environ, à partir du bilan des élu(e)s sortant(e)s à la CTC, sur un contenu politique que des femmes et des hommes de gauche ont coélaboré avec les communistes et en ont été les acteurs à part entière. Nier leur contribution n'aurait eu aucun sens. C'est ce qui fonde notre choix, non pas d'une liste d'ouverture à des syndicalistes et des personnalités... mais d'une liste de femmes et d'hommes, d'horizons différents, incarnant la démarche et son contenu "contre la droite pour réussir à gauche". Au-delà de la liste se sont les milliers de signataires au comité de soutien puis les 13 107 électrices et électeurs qui donnent la dimension de ce que nous avons réalisé ensemble à égalité de droits et de devoirs.

Ce succès enregistré au premier tour vient de l'impulsion que nous avons donnée au mois de juillet 2009 avec l'adresse aux Corses annonçant les Etats généraux de l'Alternative lesquels déboucheront sur les ateliers de l'alternative. Les dirigeants régionaux du PG dont la stratégie consistait soit à appuyer une fusion de la gauche au premier tour soit à revendiquer une place éligible sur notre liste n'y ont pas pris part, à tort.

Il est évident que cette démarche démocratique, amorcée avec la publication de la brochure des deux fédérations et du groupe CRC à l'Assemblée de Corse sur le PADDUC, soutenue par des centaines de rencontres publiques dans toute la Corse, a pu connaître l'aboutissement qu'elle a connu que parce que d'autres nous ont rejoint individuellement et forts de leurs convictions de gauche. Cela a été possible précisément en raison de notre comportement clair, sans arrière pensée politicienne ni volonté d'instrumentaliser, mais en restant nous-mêmes c'est-à-dire communistes, rassembleurs et unitaires, sur des bases transparentes et loyales.

Des camarades ont exprimé des réserves, certains une franche opposition à cette démarche mais justement cette expérience permet de mesurer à quel point la diversité d'opinions, reconnue et acceptée dans notre parti, est un atout. Une opinion, même minoritaire, participe de cette diversité, dont nous disons dans les documents préparatoires du 35ème Congrès, qu'elle est exigeante du point de vue du respect, du fonctionnement démocratique, de la stratégie et des défis qu'il nous faut relever.

Cela implique que l'opinion majoritaire soit respectée et que les conditions de la souveraineté des adhérents soient réunies. Le décréter c'est bien, le construire, avec l'apport de chacun et non le retrait sur un désaccord, c'est mieux. L'annonce spectaculaire du départ de deux cents adhérent(e)s montre qu'il s'agit d'un exercice difficile pour lequel il est plus efficace de réserver ses meilleurs coups à l'adversaire de classe dans l'entreprise comme dans la cité. Et, comme nous avons décidé depuis longtemps, à une époque où notre Parti était beaucoup plus influent, d'en passer par le suffrage universel, le combat révolutionnaire qui est le notre peut se traduire par l'élection de militant(e)s dans les collectivités locales et dans certaines circonstances, lorsque le rapport de force politique le permet, d'y exercer des responsabilités.

La réflexion s'applique également à l'entreprise où nous réclamons des droits nouveaux pour les travailleurs afin qu'ils soient codécideurs des choix qui déterminent leur avenir en définissant celui de leur entreprise. C'est dans cet esprit, me semble-t-il, que les syndicalistes siègent au CESC, dans les Conseils d'administrations des organismes sociaux... L'attaque contre les juridictions prud'homales montre que la droite et le patronat sont particulièrement attentifs au rôle que les représentants du monde du travail et du peuple peuvent jouer, quel que soit le lieu où ils sont élus.

Le déchaînement anticommuniste de l'entre deux tours qui a précédé l'élection du président de l'Assemblée de Corse nous instruit tout autant. Reste qu'il faudra dans la mandature faire la démonstration de notre capacité à exercer des responsabilités dans cette majorité à dominante sociale démocrate. Ici les forces militantes seront déterminantes, communistes, progressistes femmes et hommes de gauche, dans l'action démocratique et populaire, avec les élu(e)s, afin que le programme de la liste du Front de gauche entre en application, sinon dans son intégralité le plus possible, afin que la réponse à la question sociale soit véritablement prioritaire.

Michel Stefani
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