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Michel Stefani

Une visite présidentielle trés électoraliste

3 Février 2010

Nicolas Sarkozy est venu en Corse, seule région avec l'Alsace dirigée par l'UMP, pour remettre en ordre de marche un tandem bien mal en point après plusieurs semaines d'une lutte âpre entre Camille de Rocca Serra et de Ange Santini pour déterminer lequel des deux devait supporter l'effet d'un bilan calamiteux pourtant produit en commun au cours de la mandature écoulée. Cette guéguerre pour l'Exécutif aura été, avant tout, un écran de fumée destiné à égarer les électrices et les électeurs qui ont, majoritairement dans l'île, une opinion négative de la politique conduite par l'Exécutif et la majorité UMP emmenée par Camille de Rocca Serra, l'homme de la désanctuarisation, l'un des plus fidèles soutiens à la politique antisociale du gouvernement Fillon.

On retiendra également que la plupart des politiques sectorielles, comme la plupart des budgets ont bénéficié sinon d'une réelle mansuétude des groupes d'opposition en tout cas de votes qui reflètent plus des choix d'opportunité qu'un véritable projet alternatif notamment à gauche. Seul les élu(e)s du Groupe communiste républicain et citoyen ont fait le choix de s'opposer à la droite du premier jour de la mandature au dernier. Ils ont combattu la mise en place de l'Exécutif et voté contre tous les budgets de la majorité régionale UMP, proposé une réorientation de la politique de la CTC en faveur du développement du secteur secondaire, argumenté par des propositions alternatives leur refus des politiques sectorielles la plupart du temps seuls.

Dans ces conditions, il eut été impensable qu'ils puissent se précipiter au palais des congrès d'Ajaccio pour écouter le discours du président de la République sans pouvoir exposer leur point de vue. Ce même raisonnement a prévalu à propos du scrutin de mars prochain, dans la volonté de défendre leur bilan, dont tout le monde reconnaît la consistance. Comme ils l'ont proposé, il était possible, non pas de faire des primaires internes pour départager les leader d'un même parti, mais de permettre l'expression de chaque formation de gauche à travers des listes autonomes partageant l'objectif de battre la droite à partir de l'engagement clair de travailler au rassemblement du second tour sur un projet politique conforme aux valeurs de la gauche.

Face à un chômage en hausse, à une précarité galopante, à une pénurie de logements sociaux grave, à une fièvre spéculative lestée par la dérive mafieuse, à une cherté de la vie d'autant plus insupportable qu'elle se produit sur un détournement des réfactions de TVA, à propos duquel le président de la République reste muet, cette cohérence des élu(e)s du Groupe communiste républicain et citoyen est une garantie pour deux raisons essentielles. Premièrement pour rompre avec 25 années d'une politique régionale de droite désastreuse, deuxièmement pour résister et s'opposer à la politique antisociale du gouvernement sous la tutelle directe d'un MEDEF impatient de revenir sur toutes les conquêtes sociales et démocratiques du Conseil national de la Résistance.

Le président de la République en bon directeur de campagne a fait quelques annonces médiatiques dont la plus spectaculaire est bien sur le GALSI. Pour autant nous n'en sommes qu'aux études estimées à 7 M€ qui correspondent aux prélèvements effectués sur l'enveloppe de continuité territoriale amputée pour la deuxième année consécutive de 3 M€ par décision gouvernementale et modification de la loi de finances. S'agissant du PEI, il fallait engager une renégociation de la part des collectivités locales afin de ramener celle-ci à 10 % et affirmer que l'enveloppe de 2 milliards ne servirait pas à la réalisation du GALSI. Sans cela tout devient possible surtout qu'un super plan d'austérité est en préparation pour réduire le déficit public de la France.

Conscient de l'échec enregistré par ses amis avec le PADDUC, Nicolas Sarkozy n'a pas précisé s'il était pour le maintien de la loi littoral. En revanche il a décidé de changer la loi de janvier 2002 pour inscrire la Corse dans le champ de la contre décentralisation et du renforcement de la tutelle étatique sur des collectivités locales étranglées par le transfert de charge. Partant de là, il propose de modifier les institutions de la Corse et de laisser à la seule Assemblée de Corse le soin de le faire sans indiquer si le peuple sera consulté, comme en 2003.

Il aura fallu trois ans pour entendre, avec un certain amusement, le président de la République reprendre la proposition, tendant à créer un établissement public foncier (EPLF), défendue par Dominique Bucchini et constamment écartée de l'ordre du jour de l'Assemblée de Corse par Camille de Rocca Serra. Ce réveil tardif de l'UMP doit toutefois s'accompagner d'un budget et de prérogatives permettant, avec la Safer, de mener une politique audacieuse susceptible d'étouffer la flambée spéculative. Dans ce cas un premier pas sera fait pour endiguer les dérives affairistes et mafieuses. Un second sera fait avec un plan de construction de logements sociaux.

Alors que reste-t-il au développement durable objet principal de ce déplacement présidentiel, des emplois verts et un départ à la retraite sur deux non remplacé dans la fonction publique, le parc marin sans mesure concrète pour interdire le canal de Corse et les bouches de Bonifacio aux navires transportant des matières dangereuses et polluantes, l'observatoire méditerranéen de lutte et de prévention des incendies dont on ne sait de quels moyens il sera doté... A l'arrivée peu de choses d'autant que la question sociale n'a été évoquée qu'à travers le matraquage des syndicalistes inquiets de la disparition des services publics, de la casse des retraites, de la RGPP... Bref la visite de Nicolas Sarkozy en Corse n'avait aucun rapport avec les élections des 14 et 21 mars. Mais ces dernières ont un rapport direct avec le quotidien de chacun, ceux qui ne sont pas satisfaits de sa politique auront alors un bulletin de vote pour le dire celui du "Front de gauche pour changer en Corse".

Michel STEFANI

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