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Michel Stefani

L'Etat doit s'exprimer sur le plan énergétique

23 Novembre 2009

L'adoption de la motion obligeant l'usage du fioul léger pour les centrales thermiques en Corse reflète l'inconséquence de la plupart des élus de l'Assemblée de Corse et pousse y compris à s'interroger sur la qualité de chef de file de la Collectivité territoriale de Corse par les implications régionales auxquelles elle contraint. La boulimie des inconditionnels du transfert de compétences à ici un revers d'autant plus cuisant que l'Etat en profite pour accélérer son désengagement. Certains parlent de stabilité de l'institution on voit bien dans ce cas comme pour le traitement des déchets que le problème réside plutôt dans l'incapacité à faire des choix structurants à long terme. Ainsi l'Assemblée de Corse s'est décrédibilisée en votant une chose et sont contraire 3 ans plus tard.

Alors que la première pierre du GALSI n'est pas encore posée, remettre en cause le plan énergétique et la programmation pluriannuelle des investissements, à plus forte raison par une motion, en donne la pleine mesure. Il aura suffit d'une heure de débat et d'un vote à la sauvette pour renoncer à la politique énergétique définie à la suite de la crise de 2005 après des semaines de réflexions, de consultations, d'expertises destinées à mettre la Corse à l'abri de telles mésaventures. Pour autant, à ce moment là, le bouc émissaire était le directeur régional d'EDF, dont le rôle exagérément surdimensionné, masquait l'accumulation de décisions malencontreuses de l'Assemblée de Corse. L'abandon de la centrale au gaz de Folleli et le plan énergétique de 2001 en étaient. Ajoutées aux critères de gestion libéraux de la direction générale d'EDF, elles rendaient les incidents majeurs inévitables. L'hiver plus rigoureux en sera le déclencheur.

Les grands investissements avaient été ainsi retardés dans la perspective de fermer en 2008 des centrales thermiques unique moyen de production de base. Les élus communistes seuls ont combattu ces choix justifiés par la sous-estimation de la croissance de consommation. La suite est connue et les usagers s'en souviennent. Si cela se reproduit en 2011 2012 ils auront raison de se tourner vers ceux qui ont mis en cause le plan énergétique ce 13 novembre 2008. Dans l'immédiat, si l'Etat les suit, il faut se préparer à un renforcement de l'approvisionnement par câble sans que soient garanties la régularité et la qualité de l'électricité fournie. De plus, les électriciens gaziers ont parfaitement raison de s'inquiéter de leur devenir car l'impact prévisible sur leurs emplois et les emplois induits ne sera pas négligeable. En Corse comme ailleurs la question sociale ne peut être détachée de la question écologique prise dans sa globalité. C'est essentiel pour définir les meilleurs critères d'un développement équilibré respectueux de l'épanouissement des hommes et de leur environnement naturel. Face au réchauffement climatique, partout, les tenants du capitalisme écologique s'affranchissent de cette exigence et prônent la décroissance pour faire supporter aux consommateurs et aux usagers la facture de la dépollution pendant que les gros industriels achètent et revendent le droit à polluer et font des profits sur ce marché.

Dans ces conditions, la course de lenteur du gouvernement aura produit ses effets et la non construction des centrales thermiques exclura de fait l'intérêt d'un raccordement au GALSI. Les auteurs de la motion expliquent que nous serions au temps des énergies renouvelables d'autant qu'elles offrent à plusieurs entreprises locales des débouchés. C'est vrai mais on ne peut, comme ils le font, ignorer que leur production est aléatoire et laisser croire que nous pourrions nous passer d'une réserve disponible suffisante et accessible à tous moments. La situation de la Corse, non interconnectée, oblige à avoir ces moyens de base ou à augmenter la puissance des câbles et refaire le réseau haute tension en conséquence. En revanche, il est erroné, pour ne pas dire mensonger, d'expliquer que les conditions d'exploitations des centrales thermiques seraient identiques à celles des années 70/80 quand Lucciana et le Vazzio ont été mises en service.

Ce raisonnement consiste à considérer que la modernité, les avancées technologiques et scientifiques seraient impensables sur les installations EDF mais acquises pour les avions, les bateaux, les camions ou les voitures dont personne ne demande l'arrêt. L'usage de fioul à basse teneur en souffre, les équipements filtrant font que les rejets polluants et leur toxicité sont considérablement diminués. Le terme de "moteurs propres" retenu dans le plan énergétique portait cette exigence et ne pouvait tromper aucun élu, chacun sachant que tout moteur à combustion par définition pollue comme la plupart des activités humaines. En définitive, l'enjeu est de savoir si la Corse, à l'image des autres régions, est prête à assumer les effets de son développement et donc à traiter ses déchets et maîtriser sa production d'électricité ou le contraire avec l'avantage discutable de faire supporter cette pollution ailleurs, par d'autres populations, sans forcément épargner la Corse puisque la Sardaigne toute proche augmentera, par exemple, la production de ses centrales thermiques pour nous fournir en électricité.

La seule façon d'éviter une nouvelle pénurie d'électricité, c'est de construire les deux centrales pour passer la période transitoire avant l'arrivée du gazoduc. En demander le démarrage au fioul léger implique des contraintes de nature à retarder leur construction et à engendrer des surcoûts, liés à l'usage du combustible et aux emprises de sécurité plus importantes indispensables. Le mot péréquation ne faisant pas partie du vocabulaire libéral, il faudra bien dire qui en assumera la charge. Si l'Etat l'accepte, sans la transférer sur les usagers, tant mieux mais la difficulté due aux retards d'exécution restera entière et EDF devra alors expliquer comment elle garantira la fourniture d'électricité dans les 3 ans. Dans le cas contraire, L'Etat devra faire respecter les engagements contractualisés avec la CTC à travers la programmation pluriannuelle des investissements qui découlent de la délibération de l'Assemblée de Corse du 25 novembre 2005 définissant le plan énergétique. Voila pourquoi, nous demandons à l'Etat de s'exprimer sans tarder.

Michel STEFANI

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