Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Michel Stefani

Des choix qui accentueront les déséquilibres

22 Juillet 2008

Avec le règlement d'aides au tourisme nous touchons à l'un des éléments structurels de la politique de l'Exécutif régional de droite et aux engagements financiers qui en découlent pour la période 2007 2013

Dans un contexte général de baisse notable des dotations de l'Europe et de l'Etat alors que la prochaine contractualisation s'annonce encore plus sévère, ce débat nous propulse par des portes différentes au cœur du PADDUC dont le tourisme, et le tourisme de luxe particulièrement, en constituent la colonne vertébrale.

S'agissant de la politique touristique, cela n'a rien de surprenant, la droite a confirmé ses choix. Les élu(e)s communistes et apparenté(e)s ont confirmé les leurs en s'y opposant. Cette opposition n'est pas de principe, elle s'appuie sur les résultats amers d'une politique qui depuis 30 ans bouche l'horizon avec une aggravation de la précarité et de la pauvreté qui contredit l'optimisme de la droite comme celui du préfet quand ils déclarent en chœur que la "Corse va mieux".

Sans reprendre les notes de conjoncture du Trésor public, il est évident que ce modèle de développement économique exclusivement fondé sur le tourisme, est mauvais. Il faut réorienter la politique de la CTC pour obtenir un développement équilibré dans lequel le tourisme dans toutes ses dimensions et notamment la dimension sociale aurait sa place mais pas au détriment des autres secteurs parmi lesquels le secteur industriel et l'agriculture.

Ainsi la part du tourisme dans le PIB dépasse les 30 % et sa part dans la valeur ajoutée est estimée à 10 % alors que la Corse continue d'importer 12 fois plus qu'elle n'exporte. Il est indiqué que 6 000 emplois directs sont concernés mais cela ne donne pas le chiffre exact des emplois à temps plein alors que 7 000 emplois saisonniers, qui ne se rajoutent pas, contribuent à la forte précarité constatée.

De ce point de vue le dispositif Corse emploi semble peu convaincant d'autant que les dernières dispositions gouvernementales prétendument destinées à dynamiser l'économie vont surtout dynamiter le code du travail et ouvrir plus d'espace au non respect du droit social en terme d'horaires et de contrat de travail.

Nous ne sommes plus aux 35 heures hebdomadaires mais aux 48 avec ça on peut réclamer le paiement des heures supplémentaires et les repos compensateurs, on est sur d'être entendus. C'est bien le "travailler plus pour gagner moins". Sans oublier ici le non respect des conventions collectives bientôt remplacées par la négociation directe entre le salarié et l'employeur avec tout le poids négatif de la subordination. C'est paraît-il du dialogue social.

L'accueil de ces milliers de saisonniers reste du domaine de la pétition de principe. L'absence de maisons des saisonniers et la dure réalité quand il s'agit de se loger, d'avoir accès au minimum sanitaire pour se laver et laver son linge, font leur quotidien. Enfin il y a le salaire, la plupart du temps selon les mêmes règles le SMIC déclaré et le reste en espèce confondant heures supplémentaires et pourboires.

Une fois encore cette politique nous éloigne du progrès social pour "attirer une clientèle dont le revenu médian [serait] de 3 400 € mensuel et la dépense journalière sur place d'environ 50 €". Pour faire bonne mesure, la formation professionnelle, serait mise à contribution en période d'inactivité des saisonniers mais il n'est pas précisé comment et en quelle mesure.

Dans le contexte actuel de remise en cause des droits des salariés, le caractère hypothétique du dispositif est renforcé par l'absence de participation du patronat et d'une véritable politique de sécurité d'emploi et de formation garantissant le parcours d'une vie professionnelle.

Quant au pouvoir d'achat il n'est pas au niveau annoncé sauf pour les plus fortunés. Avec la flambée du prix des carburants qui chacun sait, flambe un peu plus chez nous, comme les prix en général, notre région est la plus chère de France.

Cette cherté de la vie qui n'apparaît à aucun moment dans la réflexion de l'Exécutif régional fait partie des problèmes directement liés à l'activité touristique et à l'inflation très spécifique de la période estivale. Les CCI peuvent faire diversion en criant à la prise d'otage quand les salariés se mettent en grève, elles sont étrangement muettes face à ce problème récurrent.

La cherté de la vie en Corse est insupportable pour les consommateurs et plus encore pour les insulaires dont les salaires sont incroyablement bas. A l'évidence elle dissuade le tourisme populaire comme les tarifs des transports. Outre l'accumulation des taxes et des surtaxes, que les CCI apprécient particulièrement, les augmentations prévues aux OSP, que les élu(e)s communistes et apparenté(e)s seuls ont rejeté, pèseront lourdement dans les trois prochaines années.

Voila comment, l'arrivée de visiteurs à fort "potentiel contributif", c'est la définition qui remplace le mot "riche", est privilégiée. Pour cela il faut "diversifier l'offre", "améliorer la qualité des structures de haut standing" en tenant compte "de trois axes structurants : destination golfique, tourisme d'affaire et de congrès, plaisance et nautisme.

Cette option de "développement endogène" préconisée le 30 octobre 2007 par le Président de la République en implique une autre, la venue des low costs avec à la clef l'accentuation de la logique concurrentielle. En effet l'Exécutif constate que "l'accessibilité aérienne est handicapée par une approche qui s'est trop longtemps limitée à la dimension continuité territoriale" sans "rechercher des flux nouveaux".

Sachant que la Corse dispose d'un maillage portuaire et aéroportuaire "d'un très bon niveau" il serait intéressant de faire la somme des investissements publics réalisés depuis 30 ans pour ensuite évaluer les résultats de ce modèle de développement. A priori le qualificatif de "moteur de l'économie corse" est exagéré.

Cette appréciation est d'autant plus justifiée que, malgré les centaines de millions de francs évaporés avant la recapitalisation de la CADEC, et le "sur-rendement" des engagements de la CTC + 169 % entre 2000 2006, il existe encore "des lacunes en hébergement" et un besoin de "professionnalisation des acteurs". Au demeurant les récentes études montrent toutes que la commande publique soutient à elle seule la croissance insulaire.

Faut-il conforter cette démarche "eu égard aux résultats encourageant obtenus" et surtout aux "mesures de compétitivité et d'attractivité des territoires inscrite dans la contractualisation 2007 2013" ? La réponse ne fait aucun doute c'est non en précisant justement que cette contractualisation selon l'agenda de Lisbonne et de Göteborg consacre la mise en concurrence des hommes et des territoires.

Cette stratégie qui se veut "différenciée dans un environnement compétitif" consiste donc à parfaire l'image du territoire en compétition pour en faire une "destination golfique" non pas avec un parcours 18 trous mais 5 ou 6, à le rendre plus performant en "équipements de remise en forme de tourisme d'affaire et de congrès" et enfin en multipliant les "anneaux de plaisance". Pour cela il convient de "développer l'offre de l'île en hôtels de catégorie supérieure" et donc le tourisme de luxe.

Ces choix accentueront le déséquilibre économique et social qui se traduit par une augmentation d'un côté du nombre de contribuables à l'ISF 1020 plus 110 % en 6 ans et de l'autre par celui du nombre de personnes 20 000 vivant sous le seuil de pauvreté 830 € par mois. Cette politique engendre des effets spéculatifs sur les biens de consommation courante mais aussi sur le foncier bâti et non bâti. Elle suscite des appétits, nourrit des dérives affairistes et mafieuses très préoccupantes. Il faut en changer.

Michel Stefani

PADDUC : Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse

CTC : Collectivité territoriale de Corse

CADEC : Caisse de développement de la Corse

Lire la suite

Six millions d'euros pour les low costs

22 Juillet 2008

A en croire le Canard enchaîné du 2 juillet la Corse se serait "invitée" au Conseil des ministres du 25 juin précisément sur la question des Low costs.

Apparemment le Président de la République aurait perdu son sang froid en expliquant qu'il fallait "casser les lobbies pour libérer les compagnies à bas coût" afin qu'elles puissent se poser en "Corse comme partout ailleurs". Sans déroger à son habitude qui consiste à inverser le sens des mots, les lobbies qui lui sont insupportables sont en fait le service public et dans le cas présent Air France et la CCM.

Le Secrétaire d'Etat au transports lui aurait répondu "Vous l'avez déjà dit lors de votre voyage en Corse nous aurons bientôt des propositions à vous faire". Bien sur il s'agit d'indiscrétion sujette à caution mais nous avons tous en tête ce voyage mémorable en Corse, le 28ème ou le 29ème, et d'un rare mépris pour cette Assemblée.

C'est ainsi que le Président de la République, sans doute troublé par sa rencontre avec les représentants de Chambres de commerce (CCI), s'était étonné, devant les élus de l'Assemblée de Corse, qu'on ne "puisse pas venir en Corse pour 30 €" en insistant sur un usage inadéquat des 187 M € de l'enveloppe de continuité territoriale.

Il avait averti qu'il serait particulièrement attentif à ce dossier, voila donc comment l'Assemblée de Corse était invitée à débattre le 11 juillet, sous un regard présidentiel vigilent, quelques jours seulement après l'adoption, avec un seul avis contre celui des élu(e)s communistes et apparenté(e)s, d'obligations de service public (OSP) qui par l'augmentation des tarifs notamment sur Paris sont déjà une aubaine pour les compagnies à bas coûts.

Il s'agit bien d'une même politique des transports et plus largement d'une politique reposant sur la seule promotion de l'activité touristique avec les limites que nous lui connaissons depuis 30 ans. Indépendamment de l'échec social avec une grande précarité et une pauvreté en augmentation, cela se mesure également à travers les données statistiques de la fréquentation touristique.

En premier lieu cette fréquentation est spécifique avec 30 % de visiteurs étrangers contre 70 % de continentaux parmi lesquels de nombreux Corses qui profitent des vacances annuelles pour revenir chez eux. Autre aspect qui contredit la volonté de faire un pont d'or à ces compagnies très consommatrices de fonds publics, non seulement il y a une chute de la fréquentation touristique étrangère de prés de 10 % en 20 ans, ce qui constitue une tendance lourde, mais celle-ci se porte essentiellement sur l'aérien où depuis toujours la présence charters s'est développée.

Plusieurs compagnies opèrent en effet pendant la période estivale, telles que Transavia, Happag Lloyd, Germanwings, offrant plusieurs rotations par semaine à des tarifs se situant en moyenne dans les 200 euros aller-retour. Jusqu'à ce jour elles n'ont jamais demandé de subvention.

Que se passe-t-il alors ? Pour une courbe de volume qui s'aplanit à 2 400 000 passagers aériens en 10 ans sur lesquels on compte 192 000 étrangers en moyenne. L'Italie l'Allemagne et l'Angleterre représentent l'essentiel. L'Italie arrive en tête avec 40 % mais sans connexion aérienne directe. Sur une distance relativement courte ceux qui souhaitent venir en Corse avec leur véhicule le font en effet en bateau.

On peut toujours le déplorer et comparer la desserte aérienne italienne entre la Sardaigne et le continent italien, la comparaison n'est pas très sérieuse dès lors que la nature des échanges est différente. Le marché domestique entre la Sardaigne et l'Italie se construit à partir d'une population insulaire de 2 millions d'habitants celui de la Corse à partir de 280 000.

S'agissant de l'Allemagne et de l'Angleterre les flux sont stables depuis dix ans. Partant de là, il faudrait "inscrire la Corse dans les courants de croissance des marchés et renforcer la compétitivité de la destination". Tout en précisant qu'il s'agit "d'une des valeurs économiques sûres, sans risque de délocalisation". Or si ce risque n'existe pas celui du retournement de conjoncture demeure et justement nous nous y trouvons.

Il y a une crise internationale qui dure et une baisse significative du pouvoir d'achat. Mis à part Easy jet, Ryannair ou Fly be, les opérateurs à bas coûts n'ont pas de gros moyens et se cantonnent sur des services saisonniers. En ce moment, ils sont particulièrement vulnérables avec l'envolée du prix des carburants qui ne s'arrêtera pas dans les deux prochaines années.

S'il on s'en tient à celui que nous connaissons le mieux parce qu'il a fait acte de candidature sur la desserte de service public, à savoir Easy Jet, l'exigence va bien au-delà des 10 € proposés par billet aller retour émis. Il y a d'abord la période probatoire plus ou moins longue durant laquelle, argent public ou pas, l'opérateur est le seul maître et peut, en fonction des critères de rentabilités qui lui sont propres, décider d'arrêter une liaison du jour au lendemain.

Ensuite, il y a le risque d'OPA sur les lignes les plus attractives du service public avec un risque évident d'optimisation des moyens et comme dans le maritime un double financement qui fait que la Collectivité territoriale de Corse (CTC) paye pour organiser le service public tout en mettant en place parallèlement une concurrence qu'elle finance aussi. C'est ce qui se passe avec la Corsica Ferries qui perçoit 15 à 20 M € par an au titre de l'aide sociale pour faire concurrence à la SNCM et à la CMN.

Du point de vue de l'utilisation de l'enveloppe de continuité territoriale on peut faire mieux surtout quand on explique qu'elle ne suffit plus. S'agissant des low costs ce sont prés de 6 M € sur trois ans qui sont engagés. Les CCI géreront sans apport de leur part, cette compensation de la taxe sur les transports, offerte aux low costs. Présentée comme une opération blanche l'expérience de trois ans non renouvelable à de fortes chances de ne pas l'être sur ce marché stable et étriqué car cette supposition repose sur l'augmentation du nombre de passagers étrangers.

Ainsi, à données constantes, on peut penser que les économies, obtenues sur l'enveloppe de continuité territoriale par l'augmentation des tarifs sur la desserte publique de Paris, serviront à financer pour partie cette politique. Par conséquent, les usagers du service public paieront les avantages concédés aux compagnies écrémeuses de trafic pour une hypothétique amélioration de la fréquentation touristique.

Un "nouveau tourisme" est attendu, nous dit-on, plus "conforme à la réalité du marché", offrant des courts séjours à une clientèle fortunée pour laquelle "l'idéal serait de pouvoir venir toute l'année passer un week-end en Corse" en vivant à Birmingham, Düsseldorf ou Vienne.

Sans revenir sur l'instauration en 1994 de la fameuse taxe sur les transports, que les élus communistes seuls ont combattu, précisément parce qu'elle était injuste socialement et économiquement mauvaise, on peut ainsi apprécier la démarche de la majorité régionale de droite aux commandes depuis 1984.

Michel STEFANI

Lire la suite

34 ème Congrés du PCF

3 Juillet 2008

Contribution au débat
Le Parti demeure l'outil indispensable

L’Assemblée générale des 8 et 9 décembre 2007, première étape d’un processus de préparation extraordinaire du congrès de 2008, s'est conclue par l'adoption à plus de 70 % d'un mandat qui fixe le champ politique dans lequel la direction nationale devra impulsée l'activité du parti. L'heure n'est ni à sa dissolution ni au refus d'une transformation conforme à l'attente des communistes.

Outre les quelques 1300 délégués, ce sont 35 000 adhérent(e)s qui sont intervenus d'une manière ou d'une autre dans cette phase préparatoire articulée autour de plusieurs thématiques retrouvées dans les travaux en ruches au terme de la première séance de cette assemblée. Le mandat adopté en découle avec légitimité.

Le communisme, l'avenir du parti, le combat contre le capitalisme mondialisé, la riposte à la politique de Nicolas Sarkozy, la construction d’un rassemblement, l'ouverture d'une perspective de changement ont été au cœur de cette réflexion individuelle et collective.

Les mouvements sociaux engagés contre la politique de la droite depuis le mois de septembre, comme la crise politique profonde de la gauche ont été souvent rappelés pour souligner l’urgent besoin d’initiatives communistes.

Il s'agit à la fois d'amplifier la riposte et de dégager des horizons nouveaux sans perdre de vue les échéances électorales de 2008 premier grand rendez-vous politique depuis l'arrivée au pouvoir d'une droite sous l'étroite tutelle du Medef.

Ce débat se poursuivra jusqu'au Congrès fin 2008. En définitive, ce processus inhabituel, d'une durée de plus d’un an, devrait permettre de produire l’effort d’élaboration, de création théorique, politique et organisationnelle indispensable à un élan nouveau du combat auquel nous ne renonçons pas.

Au fil de nos congrès, nous avons, en effet tiré, de nombreux enseignements sur la façon dont le communisme a été incarné à l'époque dite du "socialisme réel" par les partis s'en réclamant, comme sur les apports et les échecs de ce qui restera l'un des événements politiques marquants du 20ème siècle.

Pour autant, la réalité aussi dure soit-elle qui affecte plusieurs des anciens partis communistes, n’invalide pas le sens et la portée émancipatrice du communisme. Telle est l'analyse qui se dégage. Dans l’affrontement de classe actuel, en tant que visée et projet de société, sa pertinence est renforcée face au capitalisme mondialisé, aux conditions d'exploitation et d'aliénations qu'il impose aux peuples comme à la planète.

Le défi existentiel auquel nous sommes confrontés à ce moment charnière de notre histoire et de celle de la gauche française, implique une grande créativité politique pour ouvrir des chemins nouveaux, révolutionnaires et démocratiques. C’est à cet objectif que les communistes, majoritairement, se proposent de travailler avec la force que constitue leur parti mais également avec celles et ceux qui partagent la volonté de transformer la société.

Toutes les opinions en présence ont été explorée et le seront encore. Cependant plusieurs délégué(e)s ont exprimé du scepticisme à l'égard de la direction, ont souligné son manque de lisibilité politique et la considère inaudible. Des avis et des prises de position multiples existent. Les interrogations sont nombreuses il faudra de l'écoute et du respect et enfin des décisions.

Les exigences de renouvellement du combat communiste et de l’organisation pour le mener efficacement n'échappent à personne. Néanmoins, les discussions expriment très largement un attachement "politique" des communistes au PCF accompagnée de l'exigence affirmée que d'importants efforts soient entrepris par la direction nationale afin de stimuler son activité et son renforcement.

L'accent a été mis sur la nécessité de travailler les contenus (enjeux de société, mutations du travail, nouvelle logique économique, propriété sociale des services essentiels, des grands moyens de production et d'échange) pour reprendre pied dans la bataille idéologique actuellement dominée par la droite.

Sur les questions stratégiques, le sentiment le plus largement partagé est que la construction politique commencée au début des années 70 avec l'union de la gauche et le programme commun se sont achevés avec l'échec de la gauche plurielle sans que l'expérience ouverte avec les collectifs antilibéraux ne soit plus probante.

Une nouvelle dynamique de rassemblement majoritaire et populaire est à construire "en bas" et "en haut" en appui sur notre objectif politique essentiel de dépassement du capitalisme. Sans quoi nous continuerons à constater que le PS renonce à une transformation radicale de la société et que l'extrême gauche, sans se défaire de la contestation stérile, conduit au même résultat.

Le débat doit donc se poursuivre sans exclure aucune opinion. Nos statuts garantissent cette confrontation démocratique pluraliste. Mais indépendamment de cet aspect réglementaire, il demeure nécessaire d'agir pour maintenir notre unité et parvenir ensemble au bout de ce processus en faisant obstacle aux pratiques sclérosantes des tendances.

Sans crainte des opinions exprimées, quelles qu'elles soient, il s'agit de permettre à chaque adhérent(e) de se prononcer le moment venu en toute connaissance de cause non pas de manière définitive mais pour fixer une ligne politique cohérente et lisible.

Toutes les questions seront ainsi appréhendées dans un esprit d’ouverture et de construction collective, avec la volonté fermement affirmée que les adhérent(e)s maîtrisent de bout en bout le processus et les décisions à prendre en particuliers celles déterminant l'avenir de leur parti.

En prise avec la vie quotidienne, les luttes sociales et populaires contre la droite et sa politique, l’effort d’analyse souhaité accompagnera de la sorte l'élaboration de notre projet en relation avec les salariés et les gens. C'est pourquoi il est prévu de renforcer l'activité du parti dans les entreprises et les quartiers populaires.

Dans ces conditions, il est possible de recréer une dynamique sociale et populaire qui associe engagement communiste et ouverture, proximité populaire et participation institutionnelle, efficacité politique et démocratie. C'est le rôle d'une organisation politique et il est naturel que le Parti communiste français, demeure aux yeux de l'immense majorité de ses adhérent(e)s, l'outil indispensable à la concrétisation de cette ambition.

Michel STEFANI

Bastia le 18 décembre 2007

Lire la suite

Analyse des élections municipales et cantonales

3 Juillet 2008

Le PCF reste la deuxième force de gauche Haute Corse

En Haute Corse le PCF progresse en voix et en pourcentage. La gauche enregistre une forte poussée. La droite subit un revers. Les autonomistes partisans d'un "nationalisme modéré" confirment. Les nationalistes prônant "la lutte armée" reculent.

Les résultats des élections municipales et cantonales indiquent que face aux difficultés de leur vie quotidienne, à la politique de la droite au pouvoir qui les amplifie, en Corse comme dans tout le pays, les électrices et électeurs ont majoritairement porté leurs suffrages sur les candidat(e)s de gauche. Cela se vérifie aux municipales à Bastia où la liste d'union de la gauche est largement en tête, mais également à Furiani, à Biguglia ou à Borgo où les listes d'union de la gauche enregistrent des résultats qui témoignent de la dynamique impulsée par l'accord des trois partis de gauche dès le mois de décembre dernier.

A Bastia l'opération de recomposition politique autour du centre droit et du pôle nationaliste "modéré" a échoué. Les bastiaises et les bastiais ont montré leur attachement à la municipalité de gauche en place depuis 1968. Elle comptera désormais 7 élu(e)s communistes dont 3 adjoints réglementaires et un délégué du maire à Cardo. A Furiani, il y aura 4 élu(e)s dont un adjoint réglementaire et un adjoint spécial. A Biguglia et à Borgo les élu(e)s communistes ou apparenté(e)s siègeront dans l'opposition après les bons résultats obtenus dans ces fiefs de droite avec respectivement 37 % et 23 %. On s'aperçoit ainsi que la dynamique d'union aux municipales n'a pas été entravée par la diversité de candidatures à gauche aux cantonales au contraire et que le PCF a largement contribué au succès de la gauche.

Engagé(e)s dans 9 cantons sur 16, les candidat(e)s communistes ont ainsi rassemblé 3307 suffrages soit 435 voix de plus qu'en 2001 dans les mêmes cantons. Avec une audience à 11,23 %, ils enregistrent en net redressement par rapport à la présidentielle et aux législatives. Sur 7 des 9 cantons l'audience des candidat(e)s communistes se situe entre 9 % et 18,5 %. Un seul canton est sous les 5 % et un autre légèrement au dessus de 6 %. Dans la première circonscription de Bastia, sur les 7 cantons renouvelables la progression est de 1891 voix et près de 7,7 % par rapport au scrutin de juin 2007. Enfin, avec 1377 voix sur les quatre cantons de Bastia (10,88 %) et 2359 voix (14,31 %) sur la Communauté d'agglomération c'est le rôle des élu(e)s communistes et la deuxième place du PCF en tant que force de gauche qui se trouvent confirmés.

Les autres formations de gauche PS et PRG se retrouvaient dans un accord aux cantonales sous l'appellation de majorité départementale. Indépendamment des querelles intestines, notamment sur le canton de Vezzani, du manque de clarté sur le canton de Ghisoni où le candidat de cette majorité se réclamait également de la droite pour battre son adversaire UMP, le président du Conseil général architecte de cette politique retrouve sans difficulté, mais aussi sans principe, sa majorité, avec le gain du canton de Bustanico et la perte de Calenzana,

Dans le canton de Borgo la droite historiquement implantée obtient plus de 60 % des suffrages mais cela n'atténue en rien la bonne tenue des candidat(e)s PS PRG d'une part et PCF d'autre part qui rassemblent 31,8 % des suffrages. Ce bastion de droite, déterminant pour l'élection législative, voit de nouveau l'opposition de gauche contester cette suprématie. Lors du précédent scrutin partiel le PCF été seul à gauche. Sa progression en voix et en pourcentage cette fois ci n'en est que plus remarquable.

Après un début de campagne calamiteux sur Bastia la droite et l'UMP singulièrement sortent affaiblis de ces scrutins. La liste UMP aux municipales recule à 11,5 % soit 4 points de moins qu'en 2001 et le tête de liste se fait largement distancer dans le deuxième canton de Bastia en plafonnant au second tour à 36 %. Cette chute libre sera légèrement amortie par Nouvelle génération qui perd 4 points au premier tour des municipales de Bastia et 16 points au second sans créer de surprise dans les trois cantons de Bastia où cette formation de centre droit était engagée.

Enfin, les candidats nationalistes de Corsica Nazione ne sont pas parvenus à marquer de manière significative cet épisode électoral déterminant au regard des prochaines régionales. Leur liste aux municipales de Bastia subit un sévère recul de 5 points sur le premier tour de 2001 et de 8 points sur le second. Incontestablement la liste PNC/Chjama Naziunale a tiré avantage de cet affaiblissement en se hissant à la deuxième place en tête de l'opposition à prés de 16 % au premier tour, puis 25 % au second soit un point de moins que Nouvelle génération au second tour de 2001.

Plusieurs facteurs ont, semble-t-il, joué avant le premier tour : la déclaration du FLNC recommandant aux "français" de ne pas voter et plus loin dans le temps le fameux incendie de la Collectivité territoriale après une occupation de l'Assemblée de Corse. Dans les deux cas les élu(e)s et candidat(e)s de Corsica Nazione n'ont pas condamné mais justifié ces atteintes grave à la démocratie. Ce positionnement a accentué le sentiment de ras le bol de la violence indépendantiste et de l'impasse dans laquelle celle-ci pousse irrémédiablement la Corse. Après les législatives l'influence nationaliste est certes confirmée mais la mutation disqualifiant les tenants de la "lutte armée" et de l'indépendance s'est elle aussi affirmée.

Les "modérés" n'en sont pas pour autant exonérés de la nécessaire clarification qui doit intervenir sur cette question de l'indépendance, sur les mots d'ordre xénophobes Arabi Fora et I Francesi Fora et également par rapport à la droite sachant que celle-ci n'a pu diriger la Collectivité Territoriale de Corse qu'après avoir bénéficier du vote de tous les élus nationalistes. Ainsi on ne peut vouloir à un endroit s'allier à la gauche pour battre la droite quand par ailleurs ont fait alliance avec elle pour battre la gauche. Sartène en fait la démonstration à l'occasion de ces municipales comme des précédentes.

Une fois encore, dans ces scrutins locaux, les fortes attentes populaires ont été réaffirmées avec l'objectif de vivre mieux, d'ancrer la gauche bien à gauche au Conseil général de Haute Corse comme partout ailleurs. Cependant, la cherté de la vie problème récurrent ici au même titre que la précarité et la pauvreté, se sont mêlées aux enjeux de dimension nationale. Le refus d’augmenter les salaires et les pensions, la remise en cause du droit à la santé, à la retraite, au logement social, les lois liberticides, les attaques contre la laïcité toute cette politique, comme la dénaturation de la fonction présidentielle, ont manifestement pesé comme ils ont donné plus d'élan et de force à la gauche.

La confirmation dans les urnes du rejet de la politique de droite dictée par les intérêts du Medef est un appel à l’action, un encouragement au travail pour construire une véritable alternative à gauche. Les communistes qui se sont mobilisés, pour rassembler les hommes et les femmes en attente de solidarité et non d'individualisme, d'ouverture et non d'exclusion, de démocratie et non d'intimidation, de développement durable et non d'immobilisme, entendent poursuivre leurs efforts en ce sens.

Michel Stefani

19 mars 2008

Lire la suite

A propos des langues régionales

3 Juillet 2008

Déclarations de Dominique Bucchini

Président du groupe communiste républicain citoyen à l'Assemblée de Corse

"Une approche dépassionnée de la question se dessine" (1)

L'Assemblée Nationale a pu enfin débattre de la question des langues régionales. Après des années de crispation il apparaît que la diversité linguistique de notre pays est une richesse, un patrimoine à préserver et à promouvoir au même titre que le français lui-même menacé par l'uniformisation mercantile.

Aujourd'hui plus personne, ou presque, ne voit dans la nécessaire préservation des langues régionales un danger pour la République tant il est vrai que celle-ci souffre plus de la mise en concurrence des territoires que de l'apprentissage des langues régionales.

C'est dans cet esprit que les communistes se sont prononcés dès 1982 pour la co-officialité et l'enseignement généralisé et non obligatoire du Corse accompagné d'un engagement de l'Etat en terme de moyens. De cette façon, nous nous sommes toujours opposés à ce que la maîtrise du Corse devienne l'instrument d'une politique d'exclusion telle que la "corsisation" des emplois.

Une approche dépassionnée de la question se dessine et je m'en félicite, dans ces conditions l'adoption d'un amendement à l'article 2 de la Constitution est possible et par la même la ratification de la Charte des langues régionales par la France.

Au-delà, il faudra une loi donnant aux langues de France un statut et définissant le cadre de leur promotion. Dans ce but, il faut bien évaluer ce que leur revitalisation peut apporter aux rapports sociaux et à l'essor culturel du pays pour définir au mieux l'engagement de l'Etat. À défaut, leur avenir resterait incertain et à terme la part du patrimoine national qu'elles constituent serait définitivement perdu.

Le : 21 05 2008

"Rien ne se construit durablement dans la négation d'une partie de soi même". (2)

La volonté d'inscrire les langues régionales dans la Constitution a connue au Sénat un arrêt brutal. Ce vote crée une situation délicate qu'il faut absolument dépasser pour préserver le patrimoine linguistique de notre pays.  La révision constitutionnelle n'étant possible que dans le cas d'un vote identique des deux Assemblées, il est désormais impératif de rechercher, d'ici le Congrès de Versailles le 21 juillet, une issue pour ne pas briser l'espoir suscité le 7 mai dernier par les Députés.

A ce moment là, le point principal d'achoppement pouvait être levé. Pour cela il fallait amender la Constitution et le débat portait sur la nécessité de le faire soit à l'article 1er soit à l'article 2. Finalement le choix de la Commission des lois de l'Assemblée National sera d'amender l'article 1er.  Tout le monde comprend l'importance du sujet et les interrogations qu'il nourrit, mais je reste convaincu pour ma part que l'unité de la République et l'unité nationale ne sont aucunement menacées ni par ce choix ni par l'autre s'agissant de l'article 2 qui avait ma préférence.

Si effectivement tout le monde s'accorde à reconnaître la nécessité de prendre des mesures pour sauver nos langues régionales, il faudra bien être conséquent et lever l'obstacle constitutionnel sur lequel cette volonté bute. Dès lors, la place où se situera l'amendement ne doit pas devenir un prétexte pour empêcher d'y parvenir.  Dans le cas contraire nous assisterons à l'extinction des langues régionales avec un goût amer car l'expérience nous enseigne que dans toute histoire humaine rien ne se construit durablement dans la négation d'une partie de soi même.

  Le : 24 06 2008

Lire la suite

Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse

2 Juillet 2008

Maria GUIDICELLI : "la loi littoral offre la possibilité de concilier développement et préservation"

Voici maintenant 5 longues années, les travaux d’élaboration du PADDUC étaient initiés…5 années qui ont donné lieu à un « document de travail à caractère provisoire », document que le Président SANTINI a présenté aux conseillers territoriaux le 15 mars 2007, en ayant pris soin de leur préciser qu’il ne s’agissait pas d’un acte formel.

Aujourd’hui, en l’absence de toute nouvelle avancée, nous sommes en droit de nous demander ce qui sous-tend cette lenteur, pour ne pas dire cette apathie, dans l’élaboration d’un document majeur pour le devenir de notre île. (…)

J’ai pour ma part, au nom de notre groupe, apporté ma pierre à l’édifice : 2 questions orales posées les 27 octobre 2005 et 25 juin 2007, et une motion déposée le 24 avril 2008. Le Président SANTINI a répondu avec courtoisie aux questions posées, nous assurant à chaque fois que le document définitif pourrait faire l’objet d’une approbation par l’Assemblée de CORSE à l’issue d’un ultime délai de 8 à 10 mois. Nous l’avons (presque) cru tant il semblait convaincu et déterminé. Hélas nos désillusions sont à la mesure de nos espoirs… La motion, elle, a fait l’objet d’un renvoi en commission…

Une commission de plus, tandis que le temps continue de passer ! A tant attendre, la CORSE a déjà manqué d’importants rendez-vous : en effet la double préparation du contrat de projet Etat / Région et des programmes communautaires, qui couvrent la période 2007/2013, s’est faite en l’absence du PADDUC ; Comment, dés lors, pouvons-nous croire que ces deux documents permettront la réalisation des véritables priorités et objectifs tels qu’ils auraient du être définis par le PADDUC ?

Programmes communautaires et contrat de projet devraient être des outils au service d’un projet de développement global, cohérent, choisi et partagé, projet traduit dans le PADDUC. Au lieu de quoi, l’Exécutif Régional met en application les orientations de Lisbonne et Göteborg et, du coup, nous présente un projet totalement inféodé aux orientations stratégiques européennes et nationales, qui sont, rappelons-le, basées sur la compétitivité et la mise en concurrence des régions. Ainsi, par exemple, la mondialisation nous est présentée, dans le PADDUC, comme une « opportunité nouvellement ouverte » !!! Bref, on le voit bien, le « devenir subi » prime sur le « devenir choisi ».(…)

Cela contribue à renforcer le sentiment d’insatisfaction qui est celui de nombreux corses à la lecture du diagnostic posé par le PADDUC, diagnostic qui recèle de nombreuses contradictions, ambiguïtés voire « contre-vérités » ; A titre d’exemple il nous est indiqué que la Corse « a donné un essor à ses activités économiques » et a connu ces dernières années une croissance du produit intérieur brut supérieure à la moyenne nationale. Pour autant, nul ne peut ignorer notre tissu d’entreprises très émietté, une industrie quasi-inexistante, une agriculture fragile, une activité touristique déséquilibrée sur le territoire et contrainte par une forte saisonnalité…

De la même manière dire que le taux de chômage se maintient au niveau moyen national ne peut être de nature à nous rassurer lorsque l’on sait que la proportion d’allocataires du revenu minimum d’insertion est une fois et demie plus important en Corse que dans la France entière, et que, de plus en plus le fossé se creuse entre ceux très minoritaires qui peuvent profiter de la croissance et ceux qui, n’en bénéficiant pas, sont marginalisés par la précarité.

Par ailleurs, du point de vue de la démographie, le diagnostic fait référence à un « dynamisme démographique », qu’il nous faut cependant relativiser, car ce dynamisme s’explique essentiellement par un solde migratoire singulier, à savoir : une composante migratoire négative pour la population jeune et un apport migratoire important aux âges de la « séniorisation » (plus de 60 ans). Enfin, le chapitre sur la démographie ne souligne pas du tout le déséquilibre Littoral/Intérieur, et cet aspect là est tout juste effleuré.

Quand aux objectifs de développement énoncés dans le projet de PADDUC, ils préconisent, entre autre, un développement de l’économie résidentielle et font la part belle au tourisme, et notamment au tourisme situé sur le littoral et au tourisme de luxe. Dire que l’aménagement du littoral, et donc les modalités d’application de la loi « littoral » constituent une des pièces maîtresses du PADDUC n’est pas « dénaturer le contenu et la portée du PADDUC ».

C’est, au contraire, faire preuve de réalisme et de lucidité car, pour justifier sa volonté d’adapter la loi « littoral », le Conseil Exécutif s’appuie sur un diagnostic largement contestable et sur un projet qui accentue le déséquilibre « littoral-intérieur », ne favorise pas une juste répartition des richesses économiques sur l’ensemble du territoire et effleure à peine des questions majeures pour le devenir de l’île telle que, par exemple, la question de l’habitat et du logement.

Concernant l’argument qui consisterait à dire qu’il faut renforcer la sécurité juridique dans l’application de la loi, il est aisé d’en démontrer le caractère pour le moins ambiguë : ce qui nous est proposé dans le PADDUC, c’est d’élaborer notre propre définition de notions telles que « espaces naturels remarquables », « espaces proches du rivage », ou encore « hameaux nouveaux intégrés à l’environnement ». Ces définitions, par leur degré de précision, seraient donc de nature à accroître la sécurité juridique et nous préserveraient de possibles interprétations des services de l’Etat ou des juridictions administratives.

Parallèlement, on nous explique qu’il y a en Corse plusieurs séquences littorales qui ne peuvent être traitées de manière identique, et donc, on introduit « des éléments de lecture de la loi littoral qui proviennent d’une analyse méticuleuse du territoire ». Et c’est bien là que réside toute l’ambiguïté du raisonnement car sous couvert d’une adaptation à la spécificité Corse et à la singularité des communes Corses, l’objectif est bien d’adapter la loi pour dégager de nouvelles poches d’urbanisation du littoral, au mépris des objectifs de préservation de notre patrimoine environnemental. Je tiens à réaffirmer pour ma part que la loi « littoral » offre la possibilité de concilier développement et préservation du capital naturel de notre littoral, qu’elle permet une urbanisation mesurée et maîtrisée, et qu’il suffit pour cela de s’y tenir !!

Bref, le projet présenté par le Conseil exécutif est en parfaite cohérence avec les propos de Camille de Rocca Serra, qui exprimait dans les colonnes du Monde, il y a quelques mois, sa volonté de « désanctuariser » le littoral Corse…Autant de signaux d’alertes qui nous amènent à nous interroger sur cette « lenteur » dans la démarche d’élaboration du PADDUC ; Y a t'il derrière cette « léthargie » une stratégie délibérée ? Dans ce cas, nous avons toutes les raisons d’exprimer notre profonde inquiétude et nos légitimes attentes. Cette expression, qu’elle s’exerce dans le cadre politique, public ou citoyen, est plus que jamais indispensable.

Le champ démocratique est suffisamment large pour que chacun, (simples citoyens, militants associatifs, syndicalistes, responsables politiques…), pèse de tout son poids dans le débat public dont nul ne doit être exclu. Je suis persuadée, pour ma part, que toutes les formes d’expression démocratiques, qu’il s’agisse de communiqués, échanges, rencontres, débats, manifestes,…, doivent s’additionner, se conforter et se renforcer, pour que l’Exécutif Régional soumette enfin le PADDUC au débat public et politique. Cela ne saurait souffrir de délai supplémentaire !!

Maria GUIDICELLI – Conseillère Territoriale Groupe communiste, républicain et citoyen.

Lire la suite

Schéma de développement économique de la Corse

2 Juillet 2008

Assurer le décollage industriel de la Corse


L'Assemblée de Corse a examiné les orientations du Schéma de développement économique (SDE) présenté par le Président de l'Exécutif Ange Santini. Les 80 M € d'aides aux entreprises étaient au cœur du débat.

 

 

La première phrase du rapport de l'Exécutif est la suivante : "la Corse est en train de changer" et en appui à cette affirmation viennent une série d'arguments saluant le dynamisme de l'économie insulaire avec un taux de croissance du PIB supérieur à la moyenne nationale et de nombreuses création d'entreprises et d'emplois. Début juin le Préfet de Région tenait à peu près le même discours dans les colonnes de la Corse votre hebdo avec un optimisme aussi surprenant car la situation de milliers de femmes et d'hommes est en ce moment particulièrement dramatique. 20 000 personnes vivent en Corse sous le seuil de pauvreté avec moins de 730 € par mois. Ironie du sort ce jour là, à la une du Nice Matin, nous apprenions que la Corse avait enregistré un nombre record de contribuables à l'impôt sur la fortune (ISF) (1020) dans la même période 2001 2077 avec une augmentation de 112 %.

Dans un contexte où la politique gouvernementale de casse du code du travail, des 35 heures, des retraites, de la protection sociale et de la fonction publique avec des milliers de postes supprimés chaque année, les propos de campagne électorale reviennent à l'esprit s'agissant du pouvoir d'achat par exemple ou des plus démunis. L'autre aspect de cette politique qui consacre la mise en concurrence des hommes et des territoires conduit à ce que les marchés financiers et la logique qui les soutient sont de plus en plus consommateurs de crédits et gourmands de dividendes pour les actionnaires. L'argent public se raréfie pour les besoins sociaux alors que la pression sur les salariés s'intensifie.

Le tardif rapport de la Cour des comptes, il faut se souvenir que la droite en 2002 a abrogé la loi Hue sur le contrôle des aides aux entreprises, souligne l'inefficacité de la politique d'aides aux entreprises alors qu'elle représente 65 Milliards au budget de la Nation et des Régions, 1100 € par habitant. De fait, il faut une remise à plat et une réorientation de l'utilisation de l'argent public fondée sur une nouvelle fiscalité des entreprises et une contribution significative des marchés financiers. Selon Ange Santini un peu d'ordre suffirait alors qu'un règlement d'aides avec 18 dispositifs et 50 mesures n'y contribue pas forcément.

Partant de ce constat Dominique Bucchini a proposé, pour plus d'efficacité et de transparence, de créer un Fonds régional pour l'emploi en lieu et place de ces 18 dispositifs et 50 mesures, un groupement bancaire et institutionnel à dominante publique pour le financement, un contrôle démocratique et citoyen s'assurant du respect des engagements pris en terme d'emplois, de salaires et de formation. C'était en 2005. Déjà les effets d'aubaines pour quelques uns soulignaient la nécessité d'un changement de système qui profitait toujours aux mêmes demandeurs soit 250 entreprises. La majorité régionale de droite préférera ne rien toucher.

Pourtant, les notes de conjoncture du Trésor public en 2004 et 2005 alertaient de cette situation. Ainsi, la Banque de France craignait "le retour de comportements de thésaurisation des disponibilités des entreprises… pour reconstituer des réserves de trésorerie dans l'attente d'amélioration de la conjoncture en 2006". Cela est confirmé car un tiers seulement des 80 M€ d'aides distribuées par la CTC (26.7 M €) est identifié "comme ayant été affecté à l'investissement" pour produire 102.8 M€ d'investissement, créer 1500 emplois soit 250 emplois par an en CDI.

De là à dire que nous sommes dans une phase de recul constant du chômage c'est faire semblant d'ignorer la réalité d'une part parce que les méthodes de calculs changent, d'autre part parce que le nombre de chômeurs de longue durée augmente (+18 % en 2005 pour la Haute Corse), enfin parce que l'offre valable d'emploi (OVE) devrait entrer en vigueur. Le salarié ne pourra plus alors refuser une offre sans s'exposer à des sanctions.

Entre 2001 et 2007 la CTC a donc consacré 80 M € soit 13 M € chaque année au développement économique ce qui ajoutés aux dispositifs de baisse des contributions fiscales et sociales des entreprises donne des sommes non négligeables proche des 100 voir des 110 M € par an. On mesure ici l'importance de contreparties en terme de création d'emplois, d'amélioration de la rémunération des salariés et de leur formation.

De ce point de vue les outils d'évaluation font défaut pour disposer d'éléments nécessaires à une vision d'ensemble. La publication d'un bilan sectoriel à chaque présentation de programme n'est pas suffisant. Pour Maria Guidicelli et Michel Stefani "il faut des données précises sur la caractéristique des emplois créés, sur la taille des entreprises, entreprises uninominales, entreprises entre 1 et 10 salariés, entreprises entre 10 et 50 salariés, sur le niveau de rémunération des salariés sur les formations".

La commande publique est une fois encore le moteur de la croissance constatée. Mais la programmation 2007 2013 est également celle des nouveaux Contrats de Projets Etat Région (CPER) et d'une Europe qui réduit considérablement ses concours. La chute brutale prévue en 2014 est inscrite dans les agendas de Lisbonne et de Göteborg sous le signe de la compétitivité. Mot magique selon lequel les territoires sont en compétition.

C'est la fameuse modernisation de l'économie par opposition à la défense des acquis sociaux décrits comme des archaïsmes car nous le slogan "travailler plus pour gagner moins" est devenu le symbole du progrès social. Pour autant, la marche triomphale vers cette "modernité" très libérale rencontre des résistances fortes la dernière en date est celle du peuple irlandais. Manifestement, elle n'est pas du goût des hiérarques de la Commission de Bruxelles qui, de manière très démocratique, envisagent une nouvelle consultation en Irlande avec une seule issue possible le OUI.

Il y a donc l'Europe, le CPER et les différentes politiques adoptées par la CTC s'agissant des axes stratégiques comme les transports, le tourisme, la formation, l'énergie, l'agriculture, qui ont fait l'objet de débats d'orientations… lesquels bien entendus constituent la structure du futur et très attendu PADDUC. L'axe majeur de celles-ci est la poursuite d'une politique régionale qui est en échec précisément parce qu'elle repose sur la promotion d'une seule activité le tourisme et maintenant, le tourisme de luxe.

Le déséquilibre est évident, incontestable, la pauvreté, l'observatoire national indique que la Corse se différencie des autres régions parce que toutes les tranches d'âges sont concernées, la pauvreté donc la précarité, les bas salaires, la flambée spéculative foncière et immobilière sont bien là. Dire qu'il existe des tensions sociales est un euphémisme, il y a une diffuse mais légitime colère face à des scandales comme celui de la vie chère et un réel danger avec des dérives affairistes et mafieuses.

Il faut par conséquent rééquilibrer le développement économique insulaire. Cela passe, selon Pôle régional de gestion publique et de développement économique de Corse "par de nouveaux entrants dans l'appareil de production local, incontestablement sous dimensionné….Un nouvel élan pour assurer le décollage industriel de la Corse…"

Noël GRAZIANI

Lire la suite

Transports et service public

2 Juillet 2008

Dans l'ombre des low costs

Les OSP définissant les conditions de la desserte aérienne de la Corse ont donc été adoptées. Contrairement aux propos de l'Exécutif, après un vote très consensuel, les élu(e)s du groupe CRC ayant été les seuls a voté contre, la situation n'est pas meilleure. Elle suscite même des inquiétudes.

L'Assemblée de Corse a adopté les obligations de service public (OSP) concernant la desserte aérienne de l'île. Le groupe communiste a été le seul à voter contre pour deux raisons fondamentales : la hausse des tarifs et le maintien du ligne par ligne. Les quelques avancées obtenues sur nos amendements concernant les capacités sur Bastia, le contingentement des cabines sur Paris et les garanties sociales pour les personnels, ne permettaient pas de voter pour.

S'agissant des capacités sur Bastia nous demandions 19 600 sièges supplémentaires finalement il y en aura 11 900 pour un différentiel constaté au départ de 74 000 sur Paris et 8 150 sur Nice. Un tel traitement ne se justifie pas, sinon à faire en sorte que les économies n'interviennent que sur Bastia. En tenant compte des taux de remplissage on s'aperçoit que leur stabilité par ailleurs à des niveaux inférieurs n'entraîne pas de baisse des capacités mais une augmentation constante de celles-ci.

S'agissant du contingentement des cabines sur Paris, l'Exécutif proposait de le baisser à 25 %, nous voulions au contraire le relever à 65 % pour élargir les possibilités d'émission de billets aux tarifs les plus avantageux notre amendement a été repoussé puis sous amendé pour en définitive laisser les choses en l'état avec un contingentement à 50 %.

S'agissant des personnels nos amendements on été retenus, ils consistent à inscrire dans la procédure, du début à la fin, un article exigeant des opérateurs qu'ils indiquent, conformément au code du travail, les dispositions sociales qu'ils prendront concernant le renouvellement des contrats de travail dans le cas où le précédent délégataire serait écarté.

Pour ce qui est des tarifs nos amendements consistaient à une évolution minimale de 2 € sur l'ensemble des tarifs hors taxe soit 1.27% au lieu des 9.57 % et une hausse exorbitante de 21.5 % sur le plein tarif Paris Corse. Cette proposition a été rejetée au motif qu'elle coûterait, selon les calculs de l'Office des transports de la Corse (OTC), 11 M € de plus. C'est un aspect déterminant. En effet, plus les tarifs augmentent plus la compensation financière versée aux opérateurs par la Collectivité territoriale de Corse (CTC) diminue. A 3 M€ prés, en incluant la hausse du prix du pétrole on peut se faire une idée du montant de l'économie que l'Exécutif entend réaliser de cette façon. Cette politique tarifaire, dissuasive pour les plus modestes, fera immanquablement le jeu des compagnies à bas coûts et écrémeuses de trafic.

Le plein tarif de Paris vers la Corse augmentera donc de 80 € (21.5 %) et sera porté à 432 € hors taxe en été. De Marseille il augmentera de 12 € et sera porté l'été à 232 € hors taxe alors que de Nice il augmentera de 10 € et sera porté l'été à 232 € hors taxe. Pour le tarif résident il augmentera de 10 € sur Paris et de 2 € sur le bord à bord. Quand aux tarifs dits typologiques ou promotionnels ils augmenteront de 20 € sur Paris pour un prix de billet pouvant atteindre l'été 204 € hors taxe, sur Marseille ils augmenteront de 6 € pour un prix de billet porté l'été à 116 € hors taxe et enfin sur Nice de 6 € pour un prix de billet porté l'été 110 € hors taxe.

Nos compatriotes qui vivent sur le continent protestent à juste raison face à ces augmentations. Or, la meilleure façon de combattre cette injustice était, comme nous l'avons fait, de proposer une autre grille tarifaire et un contingentement élargissant l'accès aux tarifs les plus bas plutôt que de demander l'étude d'une tarification fondée sur les origines corses des usagers.

Ainsi, l'amendement déposé par Madame FAZI, repris par les élus nationalistes pour répondre à l'interpellation de la "diaspora" était voué à l'échec. Sur la forme, parce qu'il était inopérant en ne proposant aucune baisse des tarifs, sur le fond, parce qu'il était contraire aux principes républicains du service public.

Enfin nos amendements remettant en cause le ligne par ligne ont également été rejetés. Avec les amendements sur la grille des tarifs et ceux sur les contrats de travail des personnels, ils faisaient partie des points fondamentaux à partir desquels nous devions déterminer notre vote final. En effet le ligne par ligne est le principe de la concurrence la plus poussée et par conséquent le plus opposé à ceux du service public.

Voila pourquoi nous avons préconisé le groupement fonctionnel de lignes dans cette procédure. Reconnu par Bruxelles dans les transports maritimes pour des dessertes spécifiques, ce dispositif peut s'appliquer en Corse pour peu que la volonté politique de l'obtenir s'affirme en actes. Nous avons montré lesquels apparemment sans être entendus. C'est regrettable.

Finalement, les élu(e)s du Groupe communiste républicain et citoyen ont été les seuls à rejeter les OSP pour la desserte aérienne de la Corse.


Michel STEFANI 

 

Lire la suite