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Michel Stefani

Entretien avec Michel Stefani Secrétaire régional du PCF : « Il y a ici une captation de la solidarité nationale »

7 Décembre 2021

A quelques mois des présidentielles, Michel Stefani, secrétaire régional du PCF, nous livre son analyse sur cette échéance où la gauche semble en difficulté pour être audible auprès des électeurs. La raison pour laquelle le choix s’est porté sur un candidat issu des rangs communistes, Fabien Roussel. Il nous livre aussi son sentiment sur la situation insulaire sans oublier de commenter le fameux dossier du « contentieux Corsica ferries »…

L’éparpillement à gauche n’empêche-t-il pas de jouer un rôle décisif dans la présidentielle ?

Il faut être objectif le problème ne vient pas de cette échéance mais de ce qui se passe depuis des décennies pendant lesquelles la gauche à peser mais sans faire la politique qui était attendue d’elle. Si la gauche est en grande difficulté pour se rassembler largement c’est avant tout pour cette raison et non du fait de la pluralité de candidatures. Cela étant, nous proposons aux autres formations de gauche un pacte d’engagements pour construire une majorité de gauche à l’Assemblée Nationale. Nous parlons en ce sens avec chacune sans exclusive.

Les scores annoncés relativement bas plaident pour ce rassemblement. Pourquoi ne pas l’avoir fait dès la présidentielle ?

La présidentielle est la clé de voute du système politique dans notre pays. Il s’impose à nous même si nous considérons qu’il faut en finir avec et faire respirer la démocratie. Cependant, nous avons pu mesurer en nous effaçant à deux reprises que cette absence conduisait à une impasse.

C’est un reproche que vous faites à Jean Luc Melenchon ?

En politique on ne fait pas des reproches mais des choix. Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie mais, par exemple en 2017, il a détruit l’union que nous avions faite en Corse pour la territoriale en prétextant qu’il s’agissait d’une « tambouille ». En fait, il ne voulait pas d’accord avec les communistes. « La mort et le néant » disait-il. Quand on veut rassembler on se doit de respecter celles et ceux avec lesquels on veut une union. Ce n’est pas une question de préséance mais d’efficacité politique pour servir l’intérêt général, autrement dit celui des plus fragiles face aux politiques libérales et contre la droite et ses extrêmes.

Vous donnez l’impression de vouloir cultiver votre différence ?

Nous avons des choses à dire que d’autres, dont nous ne contestons pas l’appartenance à la gauche, ne diront pas. Notre volonté est de faire entendre un message fort à celles et ceux qui ont été déçus des renoncements du quinquennat Hollande. Avec Macron, le président des riches, la situation des plus modestes et les inégalités se sont aggravées. Donc notre objectif c’est d’aller chercher ces électrices et électeurs qui aspirent à de véritables changements pour les faire voter aulieu de s’abstenir. Nous n’enlevons de voix à personne nous nous efforçons d’élargir la base électorale d’une gauche de transformations sociales et de réduire la droite et ses extrêmes.

Vous ne craignez pas d’avoir un discours revendicatif ?

C’est un compliment. Nous tenons compte des préoccupations de celles et de ceux qui ne peuvent compter que sur leur force de travail pour vivre : le pouvoir d’achat et l’emploi. Avec Fabien Roussel nous proposons d’augmenter les salaires, de porter le SMIC à 1800 euros brut, de revaloriser les retraites et les prestations sociales. Nous voulons récupérer les 123 milliards attribués aux entreprises sans contrôle ou offerts aux actionnaires en dividendes. Il s’agit de tripler l’Impôt sur la fortune et de créer un impôt exceptionnel Covid sur les bénéfices de plus de 500 000 euros. Pour réindustrialiser le pays il faudra aussi nationaliser les banques comme la BNP, la Société Générale ou AXA. Au niveau de l’Europe nous préconisons un pacte de non austérité en mobilisant 6% PIB soit 900 milliards pour développer les services publics plutôt que de les détruire au bénéfice des low cost. Cela nécessite de changer la réglementation européenne qui le permet avec perversité au service d’intérêts privés, habitués des paradis fiscaux. Quand on voit ce qui se passe avec l’énergie, la santé, les transports et la flambée des tarifs c’est d’autant plus urgent…

A ce propos vous vous êtes exprimé sur le contentieux CdC Corsica Ferries en dénonçant la mise en concurrence, est-ce bien le cas ?

Oui, car depuis le règlement cabotage de 1992 et le Traité de Maastricht ce qui a prévalu c’est la « concurrence libre et non faussée ». Et nous étions les seuls à l’Assemblée de Corse comme à l’Assemblée Nationale et au Parlement européen à combattre cette politique ultralibérale fondée sur le dumping social, fiscal et commercial. Le bras de fer obsessionnel avec l’Etat est un rideau de fumée. Il y a une responsabilité partagée des uns et des autres à Ajaccio, Paris et Bruxelles. Droite, nationalistes, autonomistes, gauche non communiste ne peuvent y échapper. Il fallait détruire « le monopole public » et la SNCM en particuliers, en 2001 avec l’ouverture à la concurrence au départ de Toulon et l’aide sociale pour Corsica Ferries, en 2005 avec la privatisation de la SNCM, en 2007 avec le service complémentaire. Au bout de cette logique la Commission européenne réclame la fin de la délégation de service public et de la dotation de continuité territoriale. Cette remise en cause du droit au transport entre le Continent et la Corse est inacceptable.

Vous n’êtes pas tendres avec des dirigeants de Corsica Ferries.

En ce qui nous concerne, nous n’aurions pas dressé un monument en leur honneur en expliquant qu’ils contribuent « au rayonnement de la Corse et à son développement économique » comme l’a fait la municipalité nationaliste bastiaise. Venir nous expliquer que les 90 millions accordés généreusement par les tribunaux, vont permettre de renouveler leur flotte en rajoute au scandale. Les actionnaires de Corsica Ferries dont les intérêts fructifient en Suisse ont encore tout récemment émargé au dispositif d’aide aux armements français. Après les 170 millions d’euros d’aide sociale ce sont 30 millions de plus qu’ils ont perçus à ce titre. Il est assez curieux que du côté du gouvernement comme de la Commission européenne aucune enquête ne soit diligentée. Ainsi la politique de casse du service public, à l’avantage des low cost, a un coût que les libéraux, dont c’est le choix, répercutent sur l’usager et le contribuable.

Vous ne pensez pas que si la Corse pouvait légiférer il en serait autrement ?

La Corse région métropolitaine dispose de la compétence d’organisation de la desserte publique et d’une enveloppe de 187 millions d’euros chaque année. Le problème ne vient pas du cadre institutionnel mais bien des choix politiques relatifs à la mise en œuvre de la « concurrence libre et non faussée ». C’est pourquoi je ne partage pas l’analyse faite par le Député Michel Castellani qui affirme que ce dispositif n’est pas bon pour la Corse. Il faut au contraire le défendre bec et ongle car il a été arraché de hautes luttes dans les années 60/70 alors que la desserte privée subventionnée était une faillite économique et sociale, pesant sur le cout des marchandises et la mobilité des Corses.

Justement on ne peut pas dire que l’effet sur la cherté des produits ait été probant.

La cherté des produits vendus en Corse ne découle pas de la continuité territoriale qui intègre le franco de port. En 2018 les tarifs de fret ont baissé de 18 % sans répercussion sur le prix. Il en est de même avec les réfactions de TVA prés de 200 millions dont le consommateur ne voit pas la couleur. L’exemple le plus significatif est celui des carburants. Il y a « captation » de la solidarité nationale. L’Inspection générale des finances et l’Autorité de la concurrence l’ont démontré. La levée du contrôle des prix en 1986 et la complicité gouvernementale ont encouragé à ce qu’il en soit ainsi. Des monopoles privés ont pu se constituer. Rubis et le Consortium des patrons corses concentrent et contrôlent l’économie comme jamais. Ils sont les principaux acteurs de cette captation de la solidarité nationale. C’est à cette domination qu’il faut s’attaquer mais ni l’Exécutif de la CdC, ni le gouvernement ne sont prêts à croiser le fer avec ces patrons pour défendre le pouvoir d’achat des ménages. C’est pourquoi nous avons manifesté le 4 décembre à Ajaccio devant la préfecture de Région.

On vous a vu aussi devant la CAB contre la hausse des impôts mais était-il possible de faire autrement ?

Oui, nous avions en effet alerté la population dés le mois d’avril. Avant le vote du budget, il était possible d’éviter la hausse de la fiscalité. Nous avons fait des propositions en ce sens. L’augmentation votée ne se justifiait pas sinon pour rester dans des choix libéraux ignorant la réalité quotidienne des ménages de la CAB. De suite après ce vote honteux le président de la CAB à rencontrer les acteurs économiques en les assurant du maintien des investissements. En Octobre les taxes foncières sont arrivées et le coup de massue est tombé. Augmentation de la TEOM 50 %, création d’une taxe supplémentaire sur le foncier bâti, augmentation de la GEMAPI. Donc nous allons continuer la bataille pour obtenir dès le prochain budget une baisse de la fiscalité.

Propos recueillis par Mo

Le Petit Bastiais n°910 du 6 au 12 décembre 2021

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