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Michel Stefani

Territoriales 2021 analyse des résultats :

30 Juin 2021

Renforcer le PCF et reconstruire une gauche sociale influente en Corse

Territoriales 2021 analyse des résultats :

Quels enseignements pouvons-nous tirer de ces élections territoriales de 2021 et de la victoire sans appel des nationalistes avec une Assemblée de Corse qui compte à présent 46 élus nationalistes.

Avant le premier tour la question du pouvoir a écrasé totalement les enjeux du scrutin laissant complètement hors débat celle du bilan de la majorité sortante. Au second tour la campagne, encore plus courte, s’est résumée à savoir si Gille Simeoni réussirait à détenir les clés du pouvoir seul. La réponse est désormais connue, il a gagné son pari : il est le premier « roi de Corse ».

En 2017 les deux listes nationalistes totalisaient, au premier tour, 62 000 voix. En 2021 les quatre listes enregistrent au premier tour un gain de 15 500 voix. Avec 20 500 voix les indépendantistes dépassent les 15%. Corsica Libera rate la qualification de quelques voix. En gagnant prés de 3000 voix Core in Fronte atteint les 11 000 voix et franchit la barre des 7%.

La droite unie ne progresse, pour ce premier tour, que de 200 voix pour dépasser les 33 000 voix obtenues en 2017 par les deux listes engagées alors. Quant au FN il progresse de 1460 voix, c’est trop, mais c’est encore très loin des 24 000 voix des européennes de 2019. En même temps cela interroge sur la porosité idéologique des électorats en fonction des scrutins sans perdre de vue les messages racistes et xénophobes qui persistent et polluent nos murs.

Pour ce qui est de la gauche, s’il on reprend les résultats de 2017 on s’aperçoit que, ce que certains classent à gauche sans dire la LREM, ce sont 5500 voix qui ont été perdues par la liste ayant reçu le soutien du mouvement radical dans sa diversité comme du gouvernement. En Corse comme ailleurs le rejet de la politique gouvernementale a sans doute pesé. Les positions de Jean Charles Orsucci favorables en 2014 à l’élection de Gille Siméoni maire de Bastia rendaient aussi peu crédible son discours de gauche.

Les écologistes en totalisant 5000 voix n’ont pas renouvelé le score des européennes 4 fois supérieur grâce au soutien des nationalistes en général et de Gille Simeoni en particulier à EELV. En se positionnant à gauche ils ont occupé l’espace sans toutefois réussir à s’extraire du « partenariat privilégié » avec Femu a Corsica. Le vote utile l’a emporté au détriment de l’ancienne conseillère exécutive Agnès Simonpietri.

Le PS sans prendre de position est resté englué dans son alliance municipale bastiaise et un soutien plus ou moins assumé de plusieurs de ses dirigeants à Gille Simeoni au nom de l’autonomie sinon de leur vision « décentralisatrice » dans la perspective d’un « post nationalisme » devenant selon eux possible dans ce contexte politique nouveau.

L’effacement des repères

Sur fond de recomposition politique, d’effacement des repères droite gauche, la confusion a favorisé le basculement d’une partie de l’électorat issu de la gauche dans le vote nationaliste dit modéré face à la revendication indépendantiste. Les indépendantistes se renforcent également, non sans avoir introduit une forte dose de social dans un discours traditionnel dénonçant, avec des marqueurs identitaires répétés, « l’invasion » de la Corse et le mépris de l’Etat à l’égard de la représentation politique insulaire.

Dans ce contexte très particulier 4279 électrices et électeurs ont fait le choix de voter à gauche pour la liste « Campà megliu in Corsica Vivre mieux en Corse » présentée par le PCF. Ce choix que nous leur proposions était celui de la clarté et de la cohérence pour reconstruire une gauche de transformation sociale influente en Corse.

Ce résultat, en recul de 2500 voix par rapport à 2017, est en progression de 1000 voix par rapport aux européennes. Contrairement à ce que d’aucun laissent entendre ici ou là nous avions parfaitement conscience du défi auquel nous nous attaquions. En 2017 la liste de rassemblement conduite par Jacques Casamarta pour Inseme a Manca et le PCF reculait déjà de 2700 voix par rapport aux scores des 8 candidats PCF FI aux législatives dans les 4 circonscriptions. Sans oublier la crasserie de JL Mélenchon et son appel masqué à voter nationaliste, cette union n’avait pas permis de retrouver ces 9500 électeurs à quelques mois près.

La volonté d’ouvrir une perspective pour louable qu’elle soit ne peut être perceptible que si elle repose sur un travail de fond et une organisation de proximité utile quotidiennement à celles et ceux qui aspirent le plus à des changements sociaux et sociétaux leur permettant de vivre mieux.

Notre résultat n’est pas bon et il implique d’avoir une analyse sur les raisons qui le structurent même si notre campagne était juste sur un fond de classe et dans l’ensemble bien perçue. Nous avons fait du combat contre les inégalités qui minent la société insulaire le cœur de notre démarche. Nous étions les seuls ainsi à identifier clairement les raisons politiques et sociales de la précarité et de la pauvreté et à mettre en cause les racines économiques et politiques qui les produisent comme les dérives affairistes et mafieuses.

42 % d’abstentionnistes

Ce combat n’avait plus d’échos dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse. Néanmoins ce constat que d’autres ont pu faire n’a pas suscité le sursaut attendu à gauche au-delà des nombreux témoignages de sympathies reconnaissant la constance et la cohérence de l’action politique des communistes. On peut imaginer ainsi que parmi les 42 % d’abstentionnistes se retrouvent beaucoup de celles et de ceux qui auraient pu faire le choix de voter pour la seule liste de gauche qui portait les intérêts populaires et incarnait par sa composition le monde du travail et de la création.

Cette abstention on le sait est à l’avantage des sortants en Corse comme dans tout le pays. A cela s’ajoute, l’hégémonie nationaliste dans le rapport de force politique qui contribue à boucher la perspective d’une alternative. L’espoir à gauche s’en trouve d’autant plus affecté que ceux qui longtemps s’en sont réclamés ont montré aucune réticence à se lancer à droite ou encore chez les nationalistes.

Durant des semaines, les contraintes sanitaires étant, les manœuvres politiciennes ont étouffé notre démarche sincère, resituant le clivage droite gauche. Presque invisible, peu audible située par les médias à l’extrême gauche elle devenait inutile. Le résultat nettement en retrait de l’objectif fixé s’explique ainsi en partie, malgré nos efforts pour entrer en campagne au plus tôt en associant notamment Inseme a Manca. Le refus de ses dirigeants de participer à l’union que nous leur proposions a pu accentuer cette campagne sur le thème de « l’isolement des communistes ».

Absents de l’Assemblée de Corse, à plus forte raison depuis la collectivité unique, nous avons été à l’écart des délibérations, même si nous avons pu, sur les questions centrales, faire connaitre nos positions, notamment sur la cherté de la vie, les transports, les ordures ménagères, le logement social, la santé, les services publics ou les questions sociétales…

Pouvoir s’exprimer, à l’Assemblée de Corse, « matrice de la vie politique locale », avec un groupe à l’intérieur ou sans mais à l’extérieur n’a pas le même impact. L’influence de la force communiste dés lors n’est pas anodine son affaiblissement se ressent au-delà de notre implantation et de notre capacité à développer des batailles souvent saluées pour leur justesse comme par exemple contre la hausse de la fiscalité ou la cherté de la vie.

Sur Bastia et Ajaccio au deux tours 1 électeur sur 2 n’est pas allé voter. L’examen des résultats notamment dans les bureaux des quartiers populaires confirme le décrochage et le défi posé afin de reconquérir cet électorat populaire qui ne trouve pas dans la chose publique et la politique les réponses à ses attentes.

La conquête de Bastia en 2014 par une coalition hétéroclite mêlant la droite, les nationalistes, le PS et d’anciens radicaux de gauche aura été déterminante dans celle du pouvoir régional en 2015 par les nationalistes. 6 ans plus tard, au terme d’une mandature et d’un bilan, marqué par de nombreux échecs, la recomposition politique s’est opérée à l’échelle régionale comme les élections sénatoriales le laisser entrevoir notamment en Haute Corse.

Pouvoir unique et clanisme

L’analyse des résultats par commune le démontre sans ambigüité. On note également une participation nettement supérieure dans le rural et un nombre significatif de communes qui placent en tête le président sortant du Conseil Exécutif. Le clanisme si souvent dénoncé par les nationalistes a retrouvé avec eux dans l’exercice du pouvoir unique une nouvelle jeunesse et une efficacité incomparable.

Voila comment le second tour de ces territoriales a pu aussi déboucher sur une élection de l’Assemblée de Corse quasiment monocolore avec 46 élus nationalistes. 68% des électeurs qui ont voté le 27 juin ont voté pour un candidat nationaliste, soit prés de 40 % des inscrits. Gille Simeoni progresse de plus de 15 000 voix et dépasse les 55 500 voix (23.7 % des inscrits). Il franchit donc la barre des 40 % qui lui garantit la majorité absolue seul. Jean Cristophe Angelini à 15% perd plus de 6000 voix et ne retrouve pas les 27 000 voix totalisées au premier tour par sa liste et celle de Corsica Libéra. En revanche Core in fronte gagne 5480 voix au second tour et à plus de 16 700 voix dépasse les 12%. La droite avec 43 700 voix et une progression de 10 000 voix au second tour s’efforcera de tenir son rôle et Laurent Marcangeli celui de premier opposant ou de meilleur second à 32 %.

Ce résultat ne peut être dé-corrélé de la centralisation des pouvoirs d’une part politique avec la collectivité unique d’autre part économique avec le Consortium des patrons corses les deux agissant en interaction au détriment de la démocratie et du progrès social. Dès le dimanche soir, en s’appuyant sur leur succès les vainqueurs de ces territoriales ont revendiqué une nouvelle réforme institutionnelle : autonomie de plein droit et de plein exercice, statut de résident, transfert de la compétence fiscale…

Alors qu’en 20 ans une infime minorité s’est considérablement enrichie quand un nombre grandissant de ménages populaires, de jeunes, de retraités venait grossir les rangs des précaires et des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, on voit bien que les multiples réformes institutionnelles et notamment la collectivité unique n’ont a aucun moment permis de faire reculer les inégalités.

Le combat pour la justice sociale et fiscale est loin d’être terminé. Il est celui d’une gauche qui ne renonce pas aux valeurs fondamentales qui sont les siennes : la défense du progrès social et écologique, de la solidarité et de la laïcité, de la fraternité et de l’antiracisme. On pourra compter sur les communistes pour mener ce combat et ce faisant rétablir les repères droite gauche. Avec le renforcement du PCF, il permettra de reconstruire sur une base nouvelle une gauche influente en Corse et présente sur le terrain des luttes contre les inégalités, l’extension de la pauvreté, la captation de la solidarité nationale par une minorité favorisée, pour la défense des services publics, l’augmentation des salaires et le logement social, un autre développement économique et environnemental…

Michel Stefani

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