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Michel Stefani

Collectivité de Corse : à qui s’adresse le plan d’urgence et de sauvetage ?

6 Avril 2020

La pandémie du Covid-19 met à nu le système prédateur. Elle donne à vivre en direct les conséquences dramatiques des choix opérés au nom des critères capitalistes dominant.

En ces temps difficiles, les élus de la Collectivité de Corse haussent le ton. De ce point de vue, les critiques adressées au Président de la République, au Premier ministre, au Gouvernement, pour justifiées qu’elles sont, suffiront-elles au sortir de la crise pour ouvrir la voie à un changement radical. Le doute est permis.

Le rapport présenté par le Président de l’Assemblée de Corse interroge de ce point de vue. D’emblée, il y est affirmé : « l’humanité est soumise à des phénomènes qui la dépassent ». Sauf que ces phénomènes ne viennent pas du néant. Ils sont générés par ce système capitaliste, néolibéral, ultra-financier où les États (France comprise) créent les conditions de la captation des finances publiques contributives, au seul bénéfice des sociétés multinationales, GAFA, fonds de pensions, oligarchies financières et autres consortiums…, au moyen des déréglementations dans tous les domaines.

C’est la doctrine de la marchandisation maximale, à coup de privatisations, avec un minimum de normes. Ce capitalisme est, par essence cupide et prédateur, de plus en plus débridé afin d’imposer au monde sa globalisation dévastatrice. Les déclarations du Ministre de l’économie Bruno Le Maire et du Président de la République Emmanuel Macron tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Sans toucher aux dividendes des gros actionnaires, ils maintiennent à la diète salariale les travailleurs contraints au chômage partiel, en profitent, au passage, pour raboter le code du travail et finalement demandent ou ouvriers d’aller aux usines au péril de leur santé.

Dans tous les cas il faudra, demain, rendre des comptes aux citoyens et le faire en toute transparence. C’est indispensable à la démocratie et c’est nécessaire afin de sortir durablement de la crise avec une autre visée sur la société à reconstruire. La Corse n’y échappera pas.

Le communiqué de l’Exécutif, sur les mesures d’urgences de la CdC, outre les demandes de caractère purement sanitaire que personne ne conteste, traduit au plan régional des choix dans l’épure des décisions gouvernementales. La Corse s’est retrouvée confrontée à l’urgence sanitaire, avec un lourd impact de contagion précédent les autres régions métropolitaines. Cela étant comme les autres régions très impactées, elle a rudement ressenti l’absence de moyens humains et matériels indispensables. Les politiques d’austérité imposées notamment aux établissements hospitaliers se sont ainsi vérifiées de la pire des façons.

Ajaccio sera particulièrement touchée. Les trois premiers cas de coronavirus sont diagnostiqués le 5 mars. Outre la fermeture des premiers établissements scolaires, la suspension des réunions publiques de campagne électorale à partir du 8 mars, les prises de positions les plus significatives de l’Exécutif seront formulées après l’intervention télévisée du président de la République le 12 mars et celle du premier Ministre le 14 mars appelant à la fermeture de tous « les commerces non essentiels ». Le report du scrutin municipal sera demandé quelques instants plus tard.

Le 17 mars le président de la République annonce le confinement généralisé pour le lendemain midi. 45 milliards d’euros sont levés, aussitôt, pour « sauver » l’économie du pays. Comme cela leur était demandé, les Régions acceptent unanimement de participer au Fonds national de solidarité à hauteur de 250 millions d’euros, l’Etat pour sa part l’abondera de 750 millions d’euros.

Le Plan d’urgence et de sauvegarde économique et sociale de la Corse de 30 millions d’euros est présenté le 26 mars.

Il se décline en deux volets. Le premier est destiné au soutien des faibles revenus et au renforcement des dispositifs d’intervention au profit des plus démunis. Le second s’adresse aux entreprises pour, face à l’urgence, renforcer les mécanismes d’aide aux trésoreries et faciliter l’accès au crédit bancaire.

Le montant alloué au premier volet est de 2 millions d’euros associés à d’autres dispositifs déjà contractualisés, il totalise 3,2 millions d’euros.

Le montant alloué au second volet absorbe le reste soit 90 % par des apports exceptionnels significatifs associés à des programmes en cours d’exécution et au déploiement du Fonds national de solidarité de 1 milliard. Cela résume la philosophie de ce plan.

Voila comment se décline ce second volet. Excepté le million d’euros destiné à l’ESS, on y trouve le fonds « Sustegnu » spécifique aux entreprises insulaires qui mobilise 6 millions d’euros et pourra être porté à 8 millions d’euros (toutes les entreprises peuvent y souscrire). Par ailleurs, l’ADEC a abondé de 6.2 millions d’euros un fonds géré par la CADEC pour finaliser les prêts de trésorerie (les petites et très petites entreprises dont le chiffre d’affaire est inférieur à 1 million d’euros peuvent y souscrire). Le fonds territorial de garantie doté par le CdC de 4 M€, vise à accompagner le plus grand nombre en garantie sur les prêts bancaires (toutes les entreprises et associations peuvent y souscrire). Viennent ensuite le secteur agricole et la pêche avec un engagement CdC de 600 000 euros et le secteur du tourisme qui bénéficiera d’un soutien supplémentaire de 3.8 millions d’euros venant de l’ATC au titre de la communication.

Au cœur de la crise sanitaire et de ses répercutions économiques, chacun comprend bien que les entreprises soient soutenues et particulièrement les petites et très petites. La transparence permettra de vérifier l’efficience du dispositif. Pour autant, si l’urgence sociale ne disparait pas, comme la cherté de la vie, ces mesures montrent un déséquilibre parlant sur la prise en compte effective de l’aggravation des difficultés quotidiennes auxquelles les ménages populaires doivent faire face en ce moment de crise inédite qui plus encore creuse les inégalités sociales.

Michel Stefani

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