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Michel Stefani

Chemins de fer de la Corse : un choix d'intérêt général

31 Janvier 2017

L’actuel président des CFC s’est étonné de l’exhaustivité de mon intervention lors de la dernière session de l'Assemblée de Corse concernant le rapport du délégataire. Je laisse les lecteurs se faire leur propre idée sur mon propos sachant que l’exécutif pour sa part n’a pas jugé utile de s’exprimer.

La présentation décalée de ce rapport du délégataire est une nouveauté sinon une négligence qui peut laisser croire que celui-ci porte sur l’année 2016 alors que l’exercice concerné est le précédent. C’est d’autant plus regrettable que la SA EML CFC est la seule, s’agissant des sociétés de ce type émanation de la CTC, à satisfaire cette exigence depuis sa création en 2012.

Cela étant on peut effectivement se féliciter du respect en tout point par le délégataire de la volonté émise par l’Assemblée de Corse et la CTC autorité délégante.

Le cadre juridique choisi en 2011 celui de la SA EML, la signature des 3 avenants, l’accord intervenu sur le statut des cheminots, le partenariat avec la SNCF à travers la convention d’assistance, l’étroite coopération avec le service dédié de la CTC font le succès de cette expérience inédite conduite en bonne intelligence avec les services de l’Etat notamment le STRMTG.

Chacun de ces acteurs doit être salué. Inversement vouloir sortir de ce cadre au prétexte de la création de la Collectivité unique serait inutile, l’actionnariat pouvant être modifié, et dommageable précisément parce que ce mode de gestion a fait ses preuves et qu’un transfert à la CTC ne se justifie pas.

La période relativement courte a été celle de la mise en service des AMG en totalité, de l’amélioration des process de maintenance et de leur fiabilité. L’attention portée aux ateliers de Casamozza comme la mise en place d’une gestion rigoureuse et informatisée des pièces de rechange participent de ces performances techniques et industrielles.

Il est important de noter que la sortie de garantie des AMG en 2014 a été sans impact sur la réalisation des retro fit. Effectivement la garantie figurant au marché de fourniture des autorails, passé entre la CTC et CFD, prévoyait de poursuivre la programmation pour porter l’ensemble du parc au bon niveau de fiabilité avec des gains substantiels à attendre sur les provisions de maintenance.

Sur les 50 pannes recensées en 2015 14 seulement ont entrainé des perturbations d’horaires de 9 mn à 2 heures pour 19 000 circulations opérées. Le taux de ponctualité moyen sur l’ensemble des services est de 87 % en sachant toutefois que le conflit fin novembre avec 6 jours d’interruption du trafic atténue le chiffre et se traduisent aussi par une pénalité de 118 000 €.

L’évolution des recettes est liée à celle de la fréquentation en augmentation constante jusqu’à atteindre le million de passagers en 2014, comme à l’optimisation constante du plan transport.

En production cela donne 961 000 trainK, 39 000 000 VoyageursK. La progression est respectivement de + 35 % et + 75 % sur 2011. La nouvelle tarification effective en depuis 2015 a entrainé une simplification et une amélioration des ratios économiques.

Avant cela les critiques fusaient les détracteurs du service public ferroviaire parlaient de faible rentabilité pour dénoncer un cout prétendument élevé pour la collectivité encore récemment le président de la CCI régionale, au Club de la presse de RCFM, expliquait qu’il n’y avait aucun intérêt à donner 400 M€ aux CFC pour 30 emplois.

Indépendamment des chiffres erronés, les résultats, consultables par tout le monde avec ce rapport, soulignent la pertinence d’un choix d’intérêt général au regard de la rentabilité sociale et écologique, des retombées économiques directes qui irriguent l’économie locale à travers la masse salariale 16 M€ et globalement un CA de 27 M€.

L’objectif de dé-saturer le réseau routier en zone urbaine, de désenclaver les territoires ruraux, de sécuriser les déplacements des étudiants qui se rendent à l’Université a été atteint.

L’offre de service adaptée et de qualité sur les grandes lignes et les périurbains positionne désormais les CFC comme l’acteur central du transport public terrestre et collectif pour les scolaires, les étudiants, les travailleurs et les usages particuliers.

Dans le cadre de la loi NOTRe et du transfert de compétence en la matière la CTC dispose en ce sens avec les CFC d’un outil éprouvé pour répondre aux obligations nouvelles qui en découleront.

Ce constat est d’autant plus significatif que la maitrise financière permet, avec le mécanisme de la convention et les outils de gestion mis en place, de restituer chaque année 1.5 M€ à la CTC pour un atterrissage en 2021 conforme aux prévisions et une compensation annuelle moyenne de 20 M€. Cela s’est fait pratiquement à effectif constant entre 2012 et 2015.

On notera également la place de la formation et l’engagement des CFC aux cotés des jeunes étudiants accueillis dans le cadre des contrats d’alternance post bac.

En ce qui concerne la mise à niveau des infrastructures, les engagements et la contractualisation en cours. Les gares de Bastia, Casamozza, Corte, Vizzavona, Mezzana, Ajaccio, Tattone, Ponte- Leccia, Ile Rousse, Calvi ont été ou seront modernisées dans le cadre de la mise en accessibilité sur un calendrier et un financement établis jusqu’en 2024.

Seule ombre au tableau les tergiversations, non imputable aux CFC, qui ont entravé la réalisation du dépot de Bastia et vraisemblablement compromettre cette opération, dont le financement était bouclé, qui aurait un double impact qualitatif sur les conditions de travail et d’exploitation mais aussi sur le paysage urbain.

Pour ce qui est de la mise en accessibilité des gares principales de Mezzana, Ajaccio, Ile-Rousse et Bastia, elles entraient dans le calendrier d’ici 2018. Ces investissements sont destinés à faciliter l’accès notamment PMR depuis la voirie publique et les parcs de stationnement au bâtiment de la gare (salle d’attente, guichet, toilettes) et aux quais.

  • Sur le périurbain d’Ajaccio outre la reprise de la voie les améliorations ont porté sur les Salines, U Ricantu, Cavone, Effrico.
  • Sur le périurbain de Bastia ont été engagés ou effectués la reprise des haltes et gares de Bassanese, de Ceppe, de Borgo, de Lucciana et de Lucciana complexe sportif, de Tragone avec un parking de délestage et de Montésoro partiellement du fait du phasage dans la perspective des travaux du carrefour routier et la réalisation d’ascenseurs.

Dans la cadre de l’aménagement du rond-point de Furiani, après neutralisation du ballast, étaient prévus la réalisation d’un passage piéton sous voies et une reprise des quais permettant entre autres de faire face en toute sécurité à un flux de passagers plus important les soirs de match.

Ces investissements, au même titre que la valorisation des compétences internes notamment par la promotion du jeune encadrement issu des CFC, ont favorisé la dynamique positive constatée.

Pour autant la marge de progression touche ses limites. En l’état il ne resterait que la mise en service d’unités multiples pour doubler les capacités sur certains sillons et l’augmentation du volume du service marchandise qui est à l’étude.

C’est la raison pour laquelle il fallait lancer les investissements stratégiques pour anticiper dés 2015 sur la future DSP de 2022 et permettre au autre saut qualitatif avec :

  • L’extension sur l’ensemble du réseau de la gestion informatisée des circulations et la réalisation de la commande centrale pour voie unique (CCVU) ;
  • La commande de nouveaux autorails adaptés aux services urbains courts éventuellement bi-mode ceux-ci comme les AMG disposant de plancher surbaissés répondraient aux dernières normes d’accessibilités notamment PMR ;
  • L’ouverture de la ligne sur la plaine orientale.

2015 a été enfin l’année ou nous avons fêté les 120 ans de l’ouverture de ligne Ajaccio Bastia le 3 décembre 1894 en mettant à l’honneur sur quelques 1000 m² de façades des CFC plusieurs artistes et leurs œuvres de street-art.

Cette longévité n’a jamais été acquise il a fallu de grandes mobilisations populaires pour empêcher à plusieurs reprises la fermeture du réseau qui a connu des gestions privées calamiteuses et les dommages de guerre.

Avec la création de la SA EML en 2011 force est de reconnaître qu’une dynamique nouvelle s’est imposée dans l’intérêt bien compris du service public ferroviaire des usagers et de la Corse.

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