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Michel Stefani

Michel Stefani : « Non au budget et à la compagnie régionale »

13 Avril 2016

Le conseiller territorial réitère sa demande d’un référendum sur la collectivité unique et se prononce contre une compagnie régionale, qui selon lui ferait passer le nombre d’emploi en Corse sous la barre des 300.

Interview de Jean Marc Raffaelli parue dans l’édition de Corse Matin du 13 04 2016

Les élus territoriaux de droite ne seront pas isolés dans leur opposition affichée au projet de budget proposé jeudi à la session de l’Assemblée de corse par la majorité nationaliste. Les groupe des élus communistes au nombre de trois campe sur la même position. Parmi eux, Michel Stefani, secrétaire de la fédération du PCF de la Haute Corse, fait part à son tourdes es intentions. Un veto à la fois économique et politique…

Votre groupe votera-t-il le budget proposé par la majorité territoriale ?

Non. Car c’est effectivement au budget, acte essentiel de la vie de l’institution, que s’apprécie la politique proposée et à partir de cette appréciation que se détermine le vote. S’agissant du premier budget de la mandature nous ne pouvons pas ne pas tenir compte du débat que nous avons eu durant la campagne électorale, et depuis le 15 décembre, puisque nous nous sommes opposés, arguments à l’appui, aux choix préconisés par l’actuelle majorité.

Camille de Rocca Serra considère que le Conseil exécutif mène la collectivité dans le mur, pensez-vous comme lui ?

Le tout est de savoir de quoi il est question sur la politique de transport, la collectivité unique, le statut fiscal, le soutien à l’économie, la réduction de l’emploi public… Camille de Rocca Serra tient des propos proches de ceux de la majorité nationaliste. Ce n’est pas notre cas. Par exemple, nous voulons plus de service public, nous demandons le maintien de la DSP maritime, qu’il soit mis fin aux détournements des 250 M€ de réfactions de TVA, nous sommes pour taxer les gros patrimoines insulaires, nous réclamons que les 80 M€ d’aides aux entreprises servent l’emploi, les salaires et la formation et pour cela la création d’un fonds régional unique gérer en transparence et démocratiquement.

« La transparence ne nous effraie pas »

Le fer du groupe libéral est ici porté contre le recours à l’emprunt, certes important mais qui pourrait s’expliquer par la mise à jour du passif…

160 millions d’euros d’emprunt, 65 millions d’euros en lignes de trésorerie, c’est nettement plus important que l’exigence indiscutable, à laquelle nous sommes favorables, consistant à honorer les engagements antérieurs, qu’il s’agisse des entreprises des communes ou des associations en attente pour les unes du paiement de leurs prestations pour les autres de pouvoir tenir leur programmation et de réaliser leurs projets.

Comment est-il possible que vous n’ayez pas vu ce passif se constituer ?

Nous sommes quelques uns dans l’hémicycle, majorité et opposition confondues, dans ce cas. Néanmoins, les propos, allant jusqu’à qualifier d’insincères certains documents budgétaires, auraient du conduire l’Exécutif à saisir la Cours de discipline budgétaire. En ce qui nous concerne cette transparence ne nous effraie pas. Nous assumons ce que nous avons voté, pas ce qui relève exclusivement du pouvoir de l’Exécutif. Nous avons été loyaux. Indépendamment de cela le vice institutionnel ainsi mis en relief est d’autant plus préoccupant que la collectivité unique devrait reposer sur une organisation identique.

Mais quelles sont les marges de manœuvre quand la volonté affichée est de soutenir les investissements et l'emploi. Que faut-il sacrifier ?

Si nous tenons compte de la programmation pluriannuelle, tous programmes confondus, proche des 4 milliards d’euros, du montant des arriérés inscrits en dépenses pour 25 millions d’euros en fonctionnement et 50 millions d’euros en investissement, c’est bien au-delà de ce à quoi il était raisonnable de s’attendre. Quant aux sacrifices, aucun problème, ils y sont : priorité donnée à l’effort de redressement des comptes publics en un mot à l’austérité, départs en retraite non remplacés, recherche d’excédents sur la dotation de continuité territoriale au détriment du service public…

« Pour nous la France est plus qu’un pays ami »

Ferez-vous vous même des propositions ?

Nos propositions sont connues nous les avons développées dans notre projet « A Corsica in cumunu », elles visent à combattre les inégalités et la cherté de la vie, la pauvreté et la précarité, à créer de l’emploi productif et augmenter les salaires, à défendre et développer les services publics… et comme pour nous la France est plus qu’un pays ami nous réclamons plus de démocratie local dans le cadre d’une solidarité nationale accrue, du respect des principes républicains et des valeurs universelles de liberté d’égalité et de fraternité.

Ce mardi encore le président de l'office des Transports communiquera sur la compagnie maritime régionale. De votre côté, vous vous méfiez des opérateurs privés, n’est-ce pas dépassé ?

Au contraire, nous dénonçons la casse de la continuité territoriale à travers celle de la délégation de service public. Faire échec au plan industriel validé par la juridiction commerciale, c’était l’objectif de la manœuvre frauduleuse du patronat local. L’ouverture illégale de la ligne Corsica linéa, au mépris de la clause de non concurrence, le processus de faillite ainsi organisée de la MCM, les derniers tripatouillages fusionnels des deux compagnies : c’est beaucoup et nous nous étonnons que le parquet du pole financier de Bastia n’est pas encore ouvert une information à ce sujet.

Qu’est ce que vous entendez par tripatouillages fusionnels Sur quels motifs ?

D’abord la remise en cause de l’autorité du Tribunal de commerce puisque une des clauses des la reprise oblige le repreneur à rester présent au capital des la société à hauteur de 51 % pendant deux ans. Ensuite parce qu’on fait revenir un candidat qui a été écarté. Le procureur de République Brice Robin a parfaitement relevé les obstacles à une telle fusion sur ces deux aspects. Rarement une telle situation a eu lieu et le silence de l’Etat équivaudrait à une forme de complicité.

On a quand même repeint la coque des navires en rouge, ce qui devrait quand même émouvoir le communiste…

Peut-être mais ce n’est absolument pas mon cas, la couleur est belle mais l’avenir lui se teint de noir.

« Un service public de continuité territoriale en miettes »

Dans ce contexte, la proposition de l’Exécutif, d’accélérer la création de la compagnie régionale n’est-elle pas la solution ?

Avec la création de cette compagnie, amputée de la desserte de l’Afrique du Nord et cantonnée à la portion congrue d’un service public de continuité territoriale en miette, le nombre d’emplois maintenus en Corse passerait sous la barre des 300. Ils étaient 650 en 2013. Inversement le plan industriel qui résulte de la décision du tribunal de commerce permettait que la CTC entre au capital de la compagnie MCM, une fois son avenir stabilisé, comme notre groupe l’avait proposé en septembre 2015 dans une motion rejetée alors par l’ensemble des autres groupes. Le schéma que nous proposons c’est celui de la DSP, de la compagnie avec ses 903 postes préservés pour rayonner, au-delà de la Corse, en Méditerranée.

Etes-vous aussi sceptique que la droite sur la création de la collectivité unique dans les délais ?

La droite n’est que sceptique. Nous nous sommes contre et dans tous les cas de figure nous disons que les Corses doivent être consultés par référendum.

Si la collectivité unique se fait dans les délais la gauche aura-t-elle le temps de se reconstruire ?

Avant cette échéance il y aura la présidentielle et les législatives qui vont être déterminantes. C’est un véritable défi tant la déception suscitée à la fois par la politique du gouvernement, les renoncements de François Hollande et incontestablement la lisibilité de la politique de la précédente majorité, font obstacle. Avec 25 000 chômeurs les attentes sont fortes et les réponses marquées du sceau de l’austérité ou encore uniquement d’ordre institutionnelle sont ressenties à juste raison comme négatives ou inopérantes au regard de l’urgence sociale. Ce chantier est devant nous et les communistes ne sont pas de ceux qui renoncent. Le tout est de définir les objectifs.

Avec ou sans Paul Giacobbi ?

Avant de parler des personnes nous préférons parler de contenus politiques, de démarche de rassemblement et de pratiques.

Propos recueillis par Jean Marc Raffaelli

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