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Michel Stefani

Rouvrir un espoir à gauche en Corse et en France...

15 Septembre 2015

Michel Stefani « contre la marginalisation de la Corse... »

Pour l’élu communiste à l’Assemblée de Corse la réforme institutionnelle qui s’annonce va conduire l’île à une déroute économique. Il évoque le bilan de la majorité territoriale et parle des prochaines échéances électorales.

Interview parue dans Corse Matin le 13 09 2015

Michel Stefani les élections territoriales auront lieu dans moins de 90 jours. Quel est votre démarche ?

Le 18 juillet nous avons fait la proposition de confier la tête de liste à Dominique Bucchini. Cette proposition a été entérinée. Nous avons également présenté un texte d’orientation politique pour « ouvrir le débat et faire renaitre l’espoir à gauche ». Ce document, tiré à 3000 exemplaires, a été diffusé aux adhérents communistes et au-delà pour rassembler le plus largement possible contre la politique d’austérité celles et ceux qui aspirent à une vie meilleure.

Dominique Bucchini est en campagne, vous aussi je suppose, quelles sont les échanges, les interrogations voire les critiques de vos interlocuteurs ?

Il y a de l’intérêt, une disponibilité réelle pour combattre la politique l’austérité. Face à l’urgence sociale, les chiffres dans notre région sont alarmants, le monde associatif se mobilise, les acteurs du mouvement social, les progressistes aussi. Beaucoup sont prêts à participer à la construction citoyenne d’une alternative, à ce rassemblement porteur d’espoir et de renouveau à gauche en Corse et au plan national. Toutes les régions souffrent, à des degrés divers de la politique d’austérité qui aggrave les difficultés de la rentrée pour le plus grand nombre.

Les indicateurs sociaux alarmants n’est-ce pas quelque part un aveu d’échec de votre majorité ?

Nous n’allons pas faire l’autruche, la fracture sociale s’est aggravée. Quoi qu’en dise José Rossi, l’actuelle majorité a des responsabilités mais ce n’est pas elle qui fixe le smic, les retraites ou les dotations d’Etat…. Les choix de la droite, durant 25 ans, ont fait exploser les inégalités. Il est bien placé pour le savoir. Cela étant, pour redresser une situation si compromise cinq ans c’est peu de surcroit avec l’entrave de l’austérité.

Quelles ont été les avancées que vous avez obtenues ?

Nous étions minoritaires dans une majorité régionale relative. Aucun contrat de majorité ne définissait l’action qu’elle devait conduire après la fusion des quatre listes de gauche en 2010. C’était une lacune. Pour les résultats positifs obtenus, je pense au logement social, à l’économie sociale et solidaire, à la politique énergétique, à la résorption de la précarité étudiante et au développement du service public ferroviaire, à l’amélioration de la couverture sanitaire... nous avons également défendu la création de l’Etablissement foncier et de l’Agence d’urbanisme, indispensables pour l’aménagement et la lutte contre la spéculation et les dérives affairistes et mafieuses. La commission « violences », enfin a permis d’aborder sans détour la nécessité de sortir de cette impasse antidémocratique et douloureuse.

Et le PADDUC ?

Nous y avons contribué de manière précise et argumentée. La volonté de rupture avec le passé y est affirmée. Mais on ne peut en déduire qu’il porte autre chose que ce pourquoi il est prévu dans loi de 2002. Soumis à enquête publique, comme tous les documents d’urbanisme, il est avant tout un outil d’aménagement. En l’état il est meilleur que celui de la droite qui prônait la désanctuarisation du littoral. Nul ne peut prétendre, pour autant, « faire société » à partir du PADDUC. Une fois passée l’euphorie des standings ovations, reste la réalité sociale de la Corse, la cherté de la vie, les petites retraites, le chômage, la précarité, la pauvreté… ce quotidien pour des milliers de nos concitoyens.

Les transports extérieurs ou la réforme institutionnelle ont été des points d’achoppement. Pourquoi ?

Vous pouvez y ajouter la déclinaison des politiques européennes et la distribution des aides aux entreprises sans contrepartie sociale. Dès le début de la mandature, nous avons indiqué, que notre attitude serait autonome et responsable et nous n’avons pas voté certaines délibérations. Concernant le service public de continuité territoriale, elles ont accompagné les low cost avec des effets désastreux pour les opérateurs historiques, en particulier la SNCM. La concurrence déloyale, avérée, produit une augmentation des tarifs, une baisse de qualité du service en fréquences et capacités, une prime au dumping fiscal, social et commercial. Elle menace des centaines d’emplois.

C’est sans rapport avec la réforme institutionnelle...

Si justement, les détournements de réfactions de TVA ou de la Taxe de transport sont aussi des exemples à partir desquels nous voyons bien que la difficulté ne vient pas du cadre institutionnel mais bien de l’ultralibéralisme. Or la réforme envisagée pour la Corse ne vise pas à y déroger mais à l’adapter en anticipant sur les effets attendus des politiques austéritaires. Le statut de résident ou encore le statut fiscal, auxquels nous nous sommes opposés, participent de cette visée.

Pour autant des votes très majoritaires sont intervenus...

Ce n’est pas une raison pour en faire la matrice de la politique insulaire, passer à la trappe le clivage droite/gauche et la consultation des Corses. Nous ne sommes pas dans ces schémas de recomposition politique où dominent la soif de pouvoir et les ambitions personnelles jusqu’à bâtir des majorités improbables comme à Bastia. Notre projet est celui d’une Corse solidaire engagée dans la transition écologique et le progrès social : « A Corsica in cumunu ». La démarche est claire.

Vous vous accrochez au référendum Pierre Chaubon dit qu’il est envisageable...

La consultation par référendum est une exigence démocratique essentielle. Pierre Chaubon ne dit pas cela. Pour lui il est impossible de mettre en cause le vote du Parlement. Il l’envisage, non pas sur la réforme elle-même, mais sur les ordonnances. Cela veut dire que les Corses n’auraient d’autre possibilité que de valider la collectivité unique et le pouvoir unique. Quant à Madame Lebranchu l’avis des seuls élus lui suffit. Et peu importe si en 2003 les Corses ont voté contre. En soi cela justifie un nouveau référendum, à défaut c’est un déni de démocratie.

Vous n’êtes pas nombreux sur cette position sauf Jean Zuccarrelli depuis peu...

J’ai lu que sa position avait évolué sur la collectivité unique. Notre boussole est ailleurs. La récente enquête d’opinion montre que les préoccupations des Corses sont avant tout sociales : logement, emploi, pouvoir d’achat, santé... Nous n’allons pas leur mentir en laissant supposer que la réforme institutionnelle les mettra à l’abri du big-bang libéral des régions traduit par la loi NOTRe et son addendum pour la Corse. Au cœur de la crise capitaliste, il s’agit de formater la France au fédéralisme européen et au marché transatlantique, le TAFTA, livrant l’économie européenne aux firmes industrielles et financières entre autres américaines. C’est la fin programmée de « l’Etat social » et la marginalisation assurée de la Corse.

Vous critiquez la politique du gouvernement Paul Giacobbi la soutient et Emmanuelle de Gentili a reçu l’investiture du PS. Comment la gauche peut-elle se rassembler dans ces conditions ?

La différence entre notre liste et celle de Paul Giacobbi ou celle du PS conduite par Emmanuelle de Gentili c’est que nous combattons la politique d’austérité du gouvernement. Eux la soutiennent et en sont même des faire-valoir. Mais, nous sommes aussi les adversaires les plus résolus de la droite et de l’extrême droite. Enfin, nous ne voulons pas que la comédie bastiaise des municipales se rejoue à la CTC après les territoriales. Nous portons donc ce débat sans déconnecter territoriales et politique gouvernementale afin que les électrices et les électeurs s’en saisissent. Dés lors, l’influence qu’ils donneront au Front de gauche sera déterminante pour rouvrir un espoir à gauche en Corse et dans le pays.

Pour le second tour quelle sera votre position ?

Nous nous réunirons dès les résultats du premier tour connus pour décider comment notre combat contre l’austérité se poursuivra et si cela est possible avec ou sans alliances.

Maria Guidicelli a rejoint Paul Giacobbi. Comment l’expliquez-vous ?

J’ai lu récemment un compte rendu d’une initiative où elle s’exprimait aux cotés de Monsieur Malosse. Selon elle, le PADDUC serait euro-compatible. Est-ce à dire que l’attitude de l’Eurogroupe à l’égard de la Grèce lui fait ni chaud ni froid comme la souveraineté populaire bafouée sans cesse pour maintenir des critères favorables aux marchés financiers et facteurs de misère pour les peuples ? L’explication est peut être de ce côté-là.

Cela vous affaiblit-il ?

N’exagérons rien ! Sa démarche, déjà précédée d’un rapprochement avec Simon Renucci, est néanmoins décevante parce qu’elle intervient après une décennie de travail commun et de combats antilibéraux. Notre sensibilité n’est pas il est vrai le meilleur tremplin des équations personnelles. Nous avons pris acte de son engagement sur la liste de Paul Giacobbi sans renoncer au principe d’ouverture au-delà de telles attitudes individuelles et imprévisibles…

Pour ce qui est de la liste et de vos ambitions vous aviez fait 10 % en 2010...

Le profil se retrouve dans mes propos : utile au peuple, combative et solidaire pour modifier le rapport de force et reconstruire l’espoir à gauche. Nous la présenterons début octobre.

Les migrants frappent aux portes de l’Europe : certains veulent les fermer, d’autres les ouvrir. Le débat est vif qu’en dites-vous ?

L’exigence de solidarité et du devoir d’accueil doit s’imposer face à l’insoutenable inhumanité que le monde capitaliste produit. Il dresse des murs devant la détresse des populations écrasées par les guerres qu’il génère pour contrôler les ressources fossiles, poursuivre la course aux profits des multinationales et vendre des armes. Un autre monde est possible nous le voulons pour la Corse et la France, l’Europe et la planète, à travers un projet, social et solidaire, écologique et démocratique. Cela peut paraître inaccessible mais si nous ne pas poser la question du changement de société et de système à cette échelle, c’est s’interdire localement de dégager une perspective crédible.

Propos recueillis par Yann Monti

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