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Michel Stefani

Un modèle énergétique innovant

29 Juin 2015

L'Assemblée de Corse a débattu avant de l'adopté à l'unanimité moins une abstention le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour la Corse. A cette occasion Michel Stefani est intervenu au nom du groupe des élu(e)s communistes et citoyens du Front de gauche.

Ce projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) constitue la déclinaison opérationnelle pour la Corse des orientations de la politique énergétique issues du projet de loi relatif à la transition énergétique et la croissance verte et ce avant même l'adoption de la loi. La Corse, comme d'autres territoires non interconnectés, est appelée à établir ses propres priorités pour les périodes 2016 - 2018 / 2019 - 2023. La première période portant prioritairement sur le volet électrique dont plusieurs actions sont déjà engagées et pour lesquelles des résultats concrets peuvent être obtenus rapidement.

Cette PPE s'appuie sur le bilan de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité établi par EDF gestionnaire du réseau et de la distribution en Corse. Elle intègre les orientations du Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE) notamment en faveur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. L’Assemblée de Corse a adopté en 2005 un Plan énergétique pour la période 2005-2025 complété en 2007 par un Plan de développement des énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie (2007-2013). Ces délibérations, consécutives à la crise énergétique 2005, ont retenu comme fondement de revenir à une juste appréciation de la croissance des besoins et de la maitrise de la demande en énergie (MDE), alors que le précédent plan énergétique a moyen terme, adopté en 2001, reposait sur une sous estimation de celles-ci au point de rendre la crise inéluctable comme l’indiquait le rapport Leteurtrois.

Pour éviter que cette expérience ne se renouvelle la sécurisation de la production et de l’approvisionnement électrique redeviendront une priorité dans la PPI 2005 2016. Un chapitre sera consacré à la Corse, son axe principal consistait à établir un mix énergétique reposant sur le trépied : énergies renouvelables, production thermique centrales de Lucciana et du Vazzio, interconnexions câbles SACOI et la SARCO. Ce plan a atteint en grande partie ses objectifs grâce aux investissements lourds réalisés ces dernières années et au développement important des énergies renouvelables, mais la sécurisation de l’approvisionnement électrique de l’île à court et moyen terme n’est toujours pas garantie en raison du retard enregistré dans le renouvellement de la centrale du Vazzio. Cet outil de production mis en service en 1983 ne permet plus de satisfaire aux exigences de fiabilité et de disponibilité requises. De plus, la disponibilité de la ressource en eau affectée par les effets du changement climatique et la diversité des usages augmente cette fragilité.

Le projet de Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) du comité de bassin Corse, met en lumière les incidences majeures auxquelles il faut s’attendre avec des modifications des régimes des cours d’eau, des volumes disponibles moindres et un stockage devenant plus aléatoire. Concernant le bilan du programme 2007-2013 relatif aux énergies renouvelables, établi par l’OREGES de Corse, le gain énergétique estimé serait de plus de 115 GWh dans la dernière année du programme et une réduction des émissions annuelles de près de 67 ktep CO2. L’ensemble de ces actions ont générées plus de 217 M€ d’investissement dans l’économie « bas carbone » sur le territoire pour près de 40 M€ de subventions attribuées, soit un effet levier de 5, ce qui est loin d'être négligeable.

La consommation d’énergie électrique a évolué de manière conforme aux prévisions du plan de 2005. Les puissances appelées à la pointe en période hivernale évoluent depuis 2005 conformément aux tendances prévues. Toutefois ce plan n'avait pas anticipé la pointe estivale qui complique pour l'équilibre du système et qu'il convient de prendre en compte. Néanmoins la priorité donnée à la réduction des consommations en électricité par rapport aux autres sources d’énergie, via les programmes de financement des partenaires (CTC, l’ADEME, EDF, l’UE) et qui se poursuivront jusqu'en 2020 contribuent à diminuer ces consommations de près de 100 GWh par an (2007-2013).

En matière d'efficacité énergétique, les actions envisagées devront permettre d'atteindre l'objectif moyen de réduction de 50 GWh électriques chaque année avec comme cibles prioritaires la rénovation énergétique des bâtiments, l’éclairage public, le développement des réseaux de chaleur alimentés par des énergies renouvelables et la récupération de la chaleur « perdue » et les transports. Concernant la rénovation énergétique des bâtiments, le programme régional d'efficacité énergétique (PREE) qui va dans le bon sens nécessite des préalables, le développement de méthodologies, de l'ingénierie financière et d'une organisation des acteurs avec un service régional de l'énergie qui mette son ingénierie technique notamment au service des collectivités, ce qui manque fortement aujourd'hui.

Le PREE pourrait en 2023 réduire la facture de 5 M€ et être créateurs de nombreux emplois sur l’objectif fixé à 3000 logements rénovés. Cependant, dans un souci d’efficacité sociale, ces mesures doivent bénéficier en priorité aux personnes en situation de précarité énergétique, soit 20 000 ménages en Corse. S'il est indiscutable que l'énergie est un bien commun donc public qui devrait être à la disposition de tous, la rénovation énergétique des logements pour ces personnes demeure indispensable. Ces ménages supportant en plus le prix élevé de l’essence en Corse où les réfactions de TVA ne sont pas répercutées sur le consommateur. Le renouvellement de 30 000 points lumineux (sur les 70 000) et le développement de réseaux chaleur à Ajaccio, Bastia, Corte et Lucciana participeront pour une bonne part à l’économie recherchée sur la consommation d’énergie.

Les transports sont le principal facteur aujourd’hui de cette consommation d'énergie avec en corollaire l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc développer une alternative à la voiture individuelle et rationaliser le transport de marchandises par la route en tirant le meilleur avantage des infrastructures portuaires et de leur disposition favorable à une réduction des trajets. Sans résumer la question à ce seul moyen de transport, force est de reconnaître que le train offre la possibilité de réduire l’usage de véhicules routiers en zones urbaines particulièrement mais pas seulement. La fréquentation en hausse constante sur l’ensemble du réseau confirme la capacité à désenclaver les territoires ruraux et à désaturer les axes routiers urbains. L’attrait des usagers pour ce mode de transport en commun souligne la pertinence des choix d’investissements retenus pour ce faire. Au delà de la rénovation des haltes des gares et de la voie, l’extension de gestion informatisée des circulations, la réalisation d’une portion de voie nouvelle ouvrant la porte de la plaine orientale, et l’achat de nouveaux autorails mieux adaptés aux parcours urbains permettront d’améliorer considérablement l’offre de service public.

Le rapport souligne la nécessité d’augmenter la capacité de stockage des produits pétrolier et de mieux répartir ces derniers sur le territoire afin d’assurer une meilleure distribution. On ne peut que souscrire à cela tout autant qu’à l’objectif de garantir la sécurité de l’approvisionnement. La diversité des produits est indispensable mais la substitution du gaz naturel dans plusieurs usages (production électrique, transport en commun et véhicules individuels) en remplacement du fioul doit rester une priorité.

La centrale électrique d’Ajaccio doit à présent être construite. Nous nous félicitons que le site d’implantation ait été retenu à côté de l’actuelle centrale du Vazzio. L’écart, surtout l’été entre les besoins en Corse-du-Sud et la puissance disponible, impose la réalisation de ce nouvel outil plus efficace moins polluant susceptible d’équilibrer la production entre le nord et le sud est de renforcer la sûreté du système électrique. La consommation électrique en Corse telle qu’elle se répartit sur le territoire notamment du grand Bastia et du grand Ajaccio rend impératif d’y localiser les moyens thermiques de production pour garantir le bon fonctionnement du système. Tout doit être fait désormais pour que la nouvelle centrale du Vazzio soit opérationnelle avant fin 2023. Comme celle de Lucciana pour la région bastiaise cette installation fonctionnera au fioul léger en attendant l’arrivée du gaz naturel. C’est la encore une bonne chose. Le cycle combiné, retenu, amène une flexibilité de fonctionnement permettant de répondre à la fois aux besoins de base et de pointe. Par contre, cette technologie ne devra pas servir des objectifs de réduction de postes.

Le bois-énergie et le solaire thermique notamment ont un rôle important à jouer comme énergie de substitution aux énergies fossiles pour les usages liés au chauffage et à la production d’eau chaude sanitaire, en limitant l’accroissement des besoins de production d’électricité associés. Concernant la grande hydraulique, les projets identifiés dans le SRCAE sont ceux :

- du Taravo (ouvrage de l’Olivese à vocation mixte d’hydroélectricité et d’alimentation en eau brute pour environ 36 millions de m3) ;

- de la Cinarca (ouvrage de Letia à vocation mixte d’hydroélectricité et d’alimentation en eau brute pour environ 10 millions de m3) ;

- du suréquipement de l’aménagement du Rizzanese.

Nous notons avec satisfaction que les études de faisabilité de ces aménagements devraient être conduites dans le cadre de cette programmation et financées par la CSPE au bénéfice de l’application de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. Le panel d’énergies exploitables, reposerait outre la rénovation de l’interconnexion et les deux centrales d’Ajaccio et de Bastia, sur les énergies thermiques, les énergies électriques à puissance garantie et sur leur stockage ce qui implique effectivement de mettre en place les modalités de financement de ces projets tout en structurant les filières.

Concernant l’énergie stable, il est justement prévu de développer encore la petite hydraulique, la grande hydraulique, le bois énergie et les bio-déchets ainsi que le photovoltaïque et l’éolien avec stockage.

Concernant l’énergie intermittente l’objectif visé de déconnexion au-delà de 35 % nous semble trop ambitieux en fonction de la limite d’acceptation du réseau. Cette prudence est justifiée par deux facteurs : les évolutions climatiques et les incertitudes qu’elles font peser ; la problématique du tarif de rachat et sa répercussion sur la facture des usagers. De même nous ne voudrions pas que le principe du trépied énergétique soit déformé au fil du temps, par l’augmentation de la puissance délivrée avec les interconnexions, en une source d’approvisionnement unique ramenant au scenario ICO. En dix ans, EDF aura consacré près de 350 millions d’euros d’investissements pour améliorer le réseau de transport et la distribution. Le premier avec plus de 900 km de lignes le second avec plus de 10 000 km.

On peut apprécier ici les mécanismes de la solidarité nationale et le rôle moteur de la commande publique dans la croissance économique de la région avec une CSPE à 250 millions d’euros annuels, et des investissements majeurs comme les centrales de Lucciana et le Rizzanese qui dépassent les 600 millions d’euros. En outre cette compensation permet dans le cadre de la péréquation d’avoir des tarifs identiques à ceux du continent indépendamment des surcouts générés ici par les moyens de productions spécifiques.

Dans une période de crise aussi profonde, avec tant de chômeurs ces chiffres significatifs, méritent d’être rappelés parce qu’ils permettent de souligner l’intérêt dans les dix prochaines années de voir sortir de terre la centrale d’Ajaccio, les trois ouvrages hydrauliques précités et réaliser le projet Cyrénée.

Ce dernier, reliera la centrale d’Ajaccio à celle de Lucciana l’approvisionnement des deux centrales étant assuré à partir d’une barge positionnée en mer en plaine orientale. Cette perspective présente plusieurs avantages. En effet, le fioul, et en particulier sa composante dite « domestique » ou « légère », est appelé à devenir une ressource rare et convoitée, créant des situations d’approvisionnement critiques et une hausse non maîtrisée du coût de fonctionnement des centrales ; a contrario, les réserves connues de gaz naturel permettent d’envisager un avenir serein et un coût de fonctionnement maîtrisé sous réserve de la souscription de contrats d’approvisionnement à long terme. De fait, il y aura une amélioration notable de la qualité de l’air la perception et la conversion des moyens de productions thermiques de la Corse engendrera, à niveau de consommation équivalent, une réduction d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité. Par contre nous sommes réticents au développement des compteurs intelligents, dont les radiofréquences sont classées « cancérogènes possibles » depuis le 31 mai 2011 par le Centre International de Recherche sur le Cancer. En outre le coût de leur déploiement dépasse largement les économies réalisées.

La PPE avec son cadre juridique désormais fixé permet de dégager une perspective positive par cet ensemble de réalisations projetées et constitutives d’un modèle énergétique innovant plus sobre, moins polluant, créateur d’emplois et plus proche des territoires.

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