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Michel Stefani

Dr Edmond et Mr Gilles enfin la novation...

19 Avril 2014

Fallait-il que le malaise soit grand pour accorder une pleine page du Corse Matin au père fondateur du nationalisme Corse ?

Concours de circonstances ou choix rédactionnel, Edmond Simeoni répond, en page de droite du seul quotidien régional, aux « militants de Corsica Libera » qui interpellent l’opinion publique et singulièrement les électeurs nationalistes sur la démarche impulsée depuis Bastia aux municipales pour l’étendre à toute la Corse.

La victoire de Bastia ce qui n’est pas faux restitue pour partie le pouvoir à ceux qui le détenaient avant ces élections. C’est l’analyse que font les dirigeants de Corsica Libera en dénonçant « la faute politique » que constitue leur mise à l’écart.

Bastia était mal gérée, la CAB aussi. Mais ça c’était avant « le conclave du grand partage ». C’est le miracle de l’autocritique du petit bourgeois. L’UMP côtoie ainsi le PS, leurs dirigeants locaux ayant eu l’aval parisien. Et tout ce beau monde se retrouve sans urticaire dans la majorité des deux assemblées délibérantes, avec des radicaux, des DVG et des nationalistes modérés.

« Tous les scrutins ont leurs spécificités, mais la démarche de fond, c'est celle-là ». Edmond Simeoni confirme sa stratégie. Elle n’est pas nouvelle mais elle est celle du « militant politique qui vit de réalités » pourvu qu’à l’arrivée le « siméonisme » s’impose. Celui qui s’opposait en 1989 à l’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs, explique qu’en 40 ans la nature du combat politique a changé. Quelle perspicacité !

Les revendications qui gagnent inexorablement du terrain élection après élection sont celles qu’il défend depuis : « L'arrêté Miot, l'autonomie fiscale, l'élargissement du statut politique, la notion de résidence, la coofficialité, c'est-à-dire les thèmes fondateurs de l'identité.... ». D’aucun noteront que la particularité de cette approche « non partisane » n’est jamais fondée sur la justice sociale.

Les privilèges fiscaux des gros détenteurs de patrimoine en Corse sont, comme les détournements des réfactions de TVA, intouchables. Voila pourquoi la révision de la Constitution française « est la clé de voûte des évolutions en Corse ». Il s’agit non pas d’augmenter le SMIC en Corse, de construire des logements sociaux, de mettre fin à ces détournements de la fiscalité locale spécifique, mais par la dérogation de préserver les intérêts de la classe des nouveaux riches exposée aux visées prédatrices d’autres plus riches venant du continent ou de l’étranger pour spéculer en leur lieu et place.

« Ni droite ni gauche » l’important est de faire le trait d’union entre ceux qui ne possèdent rien l’immense majorité des travailleurs, des chômeurs, des ménages insulaires dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté et ceux qui ont tout parmi les 1 600 foyers insulaires qui disposent d’un revenu moyen annuel de 180 000 euros. Cette supercherie politique permet d’évacuer la question centrale qui se pose en Corse comme ailleurs celle du juste partage de la richesse créée.

La Corse est bien au dessus de tout mais l’avenir des pauvres ne peut s’y améliorer. Au contraire. « Les victoires idéologiques précèdent toujours les victoires politiques ». La référence est ici maladroite tant il vrai que Gramsci, dans son analyse dialectique des situations révolutionnaires, y compris celle de 1789 en France, voit l’impérieuse nécessité de soustraire les classes populaires à l’idéologie dominante, d’organiser « le parti des opprimés » et de « veiller systématiquement et patiemment à former, à développer, à rendre toujours plus homogène, compacte, consciente d’elle-même cette force »* qu’est la classe ouvrière.

Nul doute, que ceci n’est pas ce qu’entend Edmond Simeoni. la confusion idéologique, volontaire ou pas, qui est la sienne tend à le montrer quand il voit en Laurent Marcangeli « un élu jeune, qui participe de la novation, quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur sa démarche ». C’est donc qu’une affaire de génération. Et dès lors un cadre politique où, une fois le clivage droite/gauche gommé, reste celui de la « réforme » sans la contradiction de classe entre riches et pauvres. Dr Edmond et Mr Gilles enfin la novation...

Michel Stefani

*Antonio Gramsci Cahiers de prison

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